samedi 3 décembre 2016

Mettez-moi la paire

Il suffit de dire Nancy pour que les yeux des aficionados de l'architecture se mettent à briller soit du côté de l'Art Nouveau soit du côté de Jean Prouvé. Et c'est bien normal.
Mais voilà, il se pourrait bien que de Nancy, nous puissions aimer aussi ce genre de machine :





Car, voyez-vous, j'adore cette architecture internationale, égale, parfaitement à l'image de ce que l'on attend d'elle : droite, haute, de verre, un peu articulée, s'excusant de Malevitch, un rien ennuyeuse mais tellement, tellement rigide, implacable, tombant du ciel tout en tentant d'y retourner et surtout parfaitement attendue.
On imagine derrière les volumes qui la fondent, derrière les jeux entretenus de leurs articulations, derrière l'implantation sans vergogne, une ambition affairiste dont le brutalisme serait financier, géré par un promoteur, avant d'être géré par des architectes. Si cette architecture n'a pas échoué malgré ses grandes faiblesses c'est sans doute aussi que nous en aimons justement ses défauts, surtout quand elle fait des images au lieu de faire des lieux de vie.
Devant ce genre de machines architecturales, j'hésite toujours entre la joie immense de la puissance des volumes dans le réel, leur géométrie vivante, la douceur du roulement des ascenseurs et l'ennui d'une architecture épuisée dont la seule vraie définition est un rapport adéquat entre une surface au sol minimum et une hauteur maximum : fabrication immobilisée de casiers.
Mais quelle beauté ! Oui, quelle beauté !
Surtout quand les éditeurs et les photographes de cartes postales s'en emparent pour redresser les verticales, égaliser le ciel bleu, tenir l'ensemble dans le cadre. Bon Dieu ! Que les parallèles du bord de la carte postale tiennent bien celles de la construction ! Et dans ses façades de verre, se reflète le bâtiment lui-même, comme pour prolonger sa propre orthogonalité. Miroir mon beau miroir...
Cette carte postale des éditions Estel ne nomme pas son photographe mais nous donne le nom des architectes : Jacques Binoux et Michel Folliasson.
Ces derniers nous le connaissons bien sur ce blog. Nous en avons déjà beaucoup aimé la Préfecture de Bobigny dont la Force Impériale nous laisse croire que Dark Vador lui-même pourrait en avoir inspiré les plans.
Nous regrettons surtout le beau et radical projet de Tour Pleyel dont pourtant nous reste cet exemple visible ici.
Mais voilà que le hasard des recherches me permet de lire deux fois cette très belle tour Thiers, ce très bel Architecton.




Vous avouerez que la proximité des points de vue est stupéfiante et que seuls les premiers plans permettent de lire les différences. Une plus grande proximité pour la seconde ainsi qu'un léger décalage vers la gauche. Nous sommes également plus bas sur la seconde image. Le premier plan s'encombre de garde-fous et de plantes en folie offrant ainsi le végétal nécessaire à une belle composition attendue du genre carte postale !
On aimera que cette Tour Thiers soit encore debout et belle, toujours plantée au cœur de Nancy sans que quiconque n'est eu la saugrenue idée d'un remodelage ou d'une transformation. On s'amusera juste que la Google Car nous offre, sur sa belle façade rectiligne, quelques courbes involontaires.
Tour Thiers, reste là, droite, immense, éperdument imperturbable !
Sois l'implant moderniste dans la ville, sois sa valeur, sa force, sa rigueur.
Tour Thiers, deviens le mètre-étalon, la grille indiciaire de la ville, celle de toutes les comparaisons. La folie parfaite de Binoux et Folliasson !







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