dimanche 4 décembre 2016

Les aveugles au Royaume de Dieu

On a déjà ri des ambitions photographiques d'artistes en mal de sujet, croyant le tenir alors même qu'ils ne font qu'effleurer une histoire qui les dépasse, d'ailleurs au sens propre comme au sens figuré.
Voilà que l'on me signale un autre cas, celui d'Éric Tabuchi d'ailleurs sur le même sujet, les églises modernes. Déjà... Cela pourrait suffire...
À croire que les photographes plasticiens ne savent pas s'inventer d'autre gibier dans leur safari sur ces utopies qu'ils croient éteintes alors qu'elles ne leur demandent rien et surtout qu'elles sont bien vivantes.
Allez lire cet article. 
Vous noterez d'emblée qu'aucun architecte n'est crédité pour ses architectures. Faudrait surtout pas avoir à remercier quelqu'un.
Une fois encore, le photographe se pose comme un inventeur au sens étymologique du terme. Une fois encore, c'est comme si, enfin, grâce à son regard acéré sur le monde, nous pouvions découvrir le Patrimoine Architectural d'Art Sacré du XXème siècle. Une fois encore, on tente d'opposer l'Église et la Modernité, de feindre l'étonnement de ce rapprochement.
Une fois encore... on se marre devant cette fausse naïveté attendrie.
La photographie plasticienne n'arrête pas pour une grande part de ne pas savoir quoi faire de l'héritage de l'objectivité des Bernd et Hilla Becher. Il semble que beaucoup de photographes assez mauvais ont vu dans cette objectivité un moyen aisé de faire une photographie simpliste et ont confondu originalité d'un point de vue (et du regard) avec une typologie qu'ils croient, de plus, originale. Comme par hasard, ce désir de typologie, de collections, se pose toujours sur une architecture dont ils confondent le Vintage et la Modernité, oubliant à la fois de cadrer les usages et les histoires, vidant les lieux comme pour mieux nous faire croire à une froideur objective qui n'est finalement qu'un manque total d'originalité face à des objets dont ils ne désirent finalement que nous chanter leur surprise devant leur réalité. Mais surtout cela est le signe d'une méconnaissance totale de l'histoire de ces objets tant sur la raison de leur existence que sur leurs modes constructifs ou architecturaux. Pire, je crois même que de cette connaissance, ils s'en foutent car après tout ce qui compte c'est bien comme au safari, d'abattre la bête, de poser à côté et de former un terrain, une typologie comme ils disent dont ils seraient les inventeurs.
C'est un athée qui vous parle.
Alors, je le répète : Vatican 2 ne vous a pas attendus pour admettre sa modernité architecturale car, simplement, voyez-vous, amis photographes plasticiens, la révolution de Vatican 2 est celle de la transformation radicale d'une cérémonie demandant donc, dans la continuité de ses signes et de ses pratiques un renouveau des formes et de ses lieux.
Le XXème siècle fut celui, du moins en France, d'un immense chantier d'expériences, de tentatives, d'explorations qui ne sont pas le fait seulement d'architectes débridés par l'époque mais aussi par l'acceptation et même le désir d'une église catholique capable de remettre en jeu ses modes de partages.
Pour rire avec Giscard d'Estaing, vous n'avez donc pas chers amis photographes plasticiens le monopole de la modernité. Vous ne faites que découvrir une histoire qui a maintenant plus de... 50 ans et dont la critique et l'histoire ont donné déjà de nombreuses études critiques, de nombreux ouvrages que vous n'avez certainement pas encore lus. Avez-vous, au moins une fois dans votre vie assisté à la cérémonie ? Bienvenue dans notre monde ! Il n'est jamais trop tard pour aimer la Modernité et tenter un peu d'en comprendre les formes mais aussi les objectifs. La construction des églises modernes...................................
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...............Et puis... Merde... Tiens ! Je ne vous ferai pas de leçon, je ne vous offrirai pas l'occasion d'un reader-digest des livres à lire, des articles à analyser. Si vous êtes suffisamment suffisant face à ce sujet, tant pis pour vous. Je me range du côté de Claude Parent, allant anonymement vivre les messes à Sainte Bernadette-du-Banlay pour voir si son architecture fonctionnait, je me range du côté de Guillaume Gillet qui offrit l'élan du béton aux gestes de la Messe (dont vous, vous ne connaissez rien et dont vous vous moquez comme d'une guigne), je me range du côté des croyants, des fidèles, des curés de campagne, des associations œcuméniques qui font vivre quotidiennement ces lieux au-delà bien souvent des appartenances religieuses, ouvrant les espaces parce qu'ils furent conçus dans leur révolution pour être ouverts au moins autant que vous êtes... fermés à leur sens et leur histoire.
La photographie des Becher est documentaire. Seulement et totalement. Elle est une photographie d'amour avant la disparition, et son objectivité est un hommage distant à la fois à la masse mais aussi à ceux qui l'ont construit, vécu et parfois qui y ont souffert. Bernd et Hilla Becher voulaient garder ce qu'ils avaient connu. Ils voulaient que cette charge puissante d'un monde en disparition puisse être offert à tous. Ils n'allaient pas en chasse, ils allaient en partage. La photographie est un acte fort qui dépasse la capture. Elle ne confond pas l'image et le piège neutralisant.
Photographier ce n'est pas capturer.
Allez... ce n'est pas grave. Vous avez le droit, tous les droits, même celui de ne pas savoir. Ce qui est grave c'est refuser d'apprendre.
Alors, comme c'est dimanche, que j'écoute la messe sur France Culture, que j'en aime tous les dimanches la faiblesse attendrie des mauvais chanteurs des chœurs, les sermons qui parfois me font bondir ou soudain, une altérité puissante et une miséricorde joyeuse et gratuite, ce qui devient rare dans notre époque de Charity Business, je vous offre, chers amis photographes, l'occasion une fois encore d'aller vous goberger sur la Modernité de l'Église Catholique et sur une typologie populaire qui ne vous a pas attendu pour faire un inventaire qui, lui, est modeste et joyeux, car à l'usage de tous, offert pour quelques centimes, prouvant la dignité et l'accès de ces lieux à la fierté de tous ceux qui les habitent. Regardons des cartes postales :



Cette carte postale des éditions Iris nous montre l'église "La Grâce de Dieu" de Caen. Les éditeurs, eux, nous donnent même le nom des architectes, messieurs Marcel Clot, François Dupuis, Paul Huet, Guy Morizet. On notera que l'éditeur précise également que Marcel Clot est aussi urbaniste. On identifie bien sur cette carte postale les effets de Vatican 2, donnant à la fois des formes simples et reconnaissables qui offrent à la fois un lieu de culte mais aussi des espaces de réunions. On aimera comment le photographe a cadré ainsi, laissant bien le bâtiment raconter ses qualités et son programme sur une terre tout juste retournée et laissant voir aussi le quartier sortant de terre. La grande simplicité des formes fait notre joie. Certainement que Rond, Carré, Losange pourraient participer à un atlas des formes.
Entrons :



Oh ! Regardez Monsieur Fouillet ! La belle photographie ! Remercions ensemble les éditions Artaud d'avoir fait votre travail il y a... 50 ans... Et d'avoir laissé les couleurs modernistes chanter leurs tons, leurs valeurs, leurs forces dans un espace vide dont les reflets du plafond suffisent à mon plaisir. Comment ne pas comprendre et admettre qu'ici les architectes ont composé une mise en scène de la messe en fabricant au fond, à la place de l'autel, un écran venant contraster avec les couleurs et le sombre de l'espace ? Et cette modestie du photographe de ne pas être nommé, ajoute aussi à mon plaisir et à mon désir d'encore plus, lui, le remercier.
Je vous offre cette autre occasion :



Cette fois c'est une carte postale un rien étrange puisque produite par le journal Ouest France. On y voit encore à Caen, l'église "la Grâce de Dieu" en construction. Entre parenthèses, l'éditeur nomme "Gosset" et je pense qu'il s'agit du photographe. Mais quelle est la raison profonde de cette carte postale en noir et blanc ? Sans doute, une carte commémorative de l'histoire du quartier. Quel beau document en tout cas, nous montrant une église en chantier comme nous avons déjà aimé en voir souvent sur ce blog.



On peut même s'amuser à retrouver le point de vue du photographe de la première carte et surtout comprendre que l'église fut construite en dernier dans ce quartier moderne.
Alors à votre objectivité, je préfère celle de la Google Car. Elle n'est pas feinte, elle n'est pas simpliste. Et lorsque son objectif photographique cadre par bonheur un grand mur aveugle de l'église, je me dis que cet aveuglement est une réponse parfaite à d'autres.
Vivement une belle exposition montrant l'une à côté de l'autre, les photographies de messieurs Fouillet et Tabuchi afin que leur objectivité soit enfin subjective.

Enfin, je remercie vivement Daniel Leclercq pour cette donation de cartes postales. Merci Daniel !
À la Grâce de Dieu !






1 commentaire:

  1. Je vous trouve bien dur envers le travail d'Éric Tabuchi. Sa démarche reste intéressante même si incomplète pour un passionné d'architecture. il faudrait quand même vérifier dans son ouvrage si il cite les architectes car on ne peut pas se fier entièrement à un article de Vice. Personnellement j'aime la vision subjective que l'artiste apporte sur ces églises et si il les rend populaires : tant mieux! Ensuite, libre à chacun (et là j'en fait parti) de s'intéresser d'avantage aux bâtiments, sa date de construction, qui en est l'archi, si d'autres édifices ont été érigés sur le même plan etc…

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