samedi 8 octobre 2016

Brasilia avec un Z



Jean-Michel Lestrade avait quitté le groupe, enfin, il avait surtout laissé l'écart se creuser entre lui et eux, un peu comme une vague abandonne sur la plage le petit morceau de branche. Il se retrouvait donc là, sous le ciel immense de Brasilia, l'œil ouvert sur les formes affirmées de Niemeyer.
Jean-Michel regardait l'échafaudage qui se glissait sous la coupole inversée du Congrès et donnait l'impression que c'était celui-ci qui arrondissait le bord comme la main d'un potier serre la terre sur une assiette. Jean-Michel se vit alors sans aucune peur ni même sans aucune question se diriger vers cet échafaudage. Puis simplement, il passa le pied puis la jambe puis le corps tout entier dans la structure. Il devint une petite araignée dans une toile de tubes métalliques. Arrivant enfin à la petite échelle posée au sommet, il se décida à poser le pied sur la construction. Sa solitude se brisa d'un coup car il trouva au milieu de l'immense cercle deux ouvriers, spatules en main, en train de boucher quelques aspérités. Les deux ouvriers ne furent pas surpris, ne bougèrent que la tête pour accueillir l'intrus. Finalement, cette indifférence troubla Jean-Michel Lestrade qui s'attendait à être repoussé. Sans doute que son costume, son attitude avaient pu le faire passer pour quelque autorité ayant droit à cette promenade. Jean-Michel marcha sur le bord de l'immense disque et comme le bras du tourne-disque, il finit, en une spirale délicate, par terminer sa course au centre, à genoux avec les maçons, regardant ce qu'ils étaient en train de faire. On ne se parla pas ou peu, on se sourit, on se redressa, on regarda le ciel et les nuages posés sur une couche de l'atmosphère plus dure qui aplatissait leur base. Le vent était terrible et le bruit toujours lointain comme si les sons de cette ville finissaient eux-aussi toujours par se perdre, ne sachant plus à qui s'adresser. Jean-Michel vit alors au loin un petit troupeau joyeux et désordonné. C'était bien son groupe qui soulevait un petit nuage de poussière rouge. Soudain, Jean-Michel comprit la distance qu'il y avait eux et lui. Il comprit cette différence. Il pensa alors à sa solitude, toujours amie, toujours nécessaire, toujours joyeuse, toujours source d'énergie pour retrouver les autres. Il pouvait alors mieux les écouter à son retour.
 - Eh bien Jean-Michel ! Vous nous aviez perdu ? demanda l'un des deux guides qui accompagnait la petite troupe d'architectes français à Brasilia.
  - Non, non, je crois bien que c'est vous qui avez perdu quelque chose, répondit Jean-Michel avant, dans un enthousiasme délirant, de raconter à ses amis son aventure vécue sur le plat d'une des plus belles formes du Monde.




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 - Tout un mois ! Non, ce n'est pas raisonnable Jocelyne et tu le sais bien. Je ne crois pas que je puisse faire ça et laisser l'agence alors même que je termine les chantiers de Royan et que...
Jocelyne coupa net Jean-Michel.
 - Justement ! Tu auras fini ! Regarde bien les dates ! Tu auras fini à Royan. Et Nikos t'a dit qu'il n'aurait les plans du chantier de Marly que deux semaines après c'est même toi qui m'avais dit que nous pourrions envisager de profiter de cette quinzaine pour partir un peu. Tu repousses ce chantier à venir avec Nikos qui est déjà au courant et tu peux partir c'est facile écoute !
 - Et je te laisse seule avec les garçons ? Pendant un mois !
 - Mais je ne suis pas seule, je suis avec Yasmina. Je lui ai parlé hier et nous sommes d'accord, c'est important pour toi d'y aller. C'est un beau voyage et tu le mérites. Tu n'as presque pas arrêté depuis la création de l'agence. Non, non, tu vas y aller et s'il le faut, j'irai moi-même chercher les billets. Ça te fera du bien d'être tout seul et de nous oublier un peu et surtout de ne plus être sur le feu des coups de fil.
 - Je sais pas... Enfin, bon oui, le programme est alléchant, surtout le Congrès à Brasilia mais c'est cher aussi, 600.000 francs tout de même et on doit changer la voiture et...
 - Tu viens d'être payé pour tes chantiers, la maison tourne, la voiture attendra la rentée. La Traction fera bien un mois de plus ! Et j'ai fait mon petit héritage. Tu vois, tout est calculé, j'ai tout calculé avec Yasmina, j'ai appelé Nikos. Même les garçons sont au courant que tu vas partir un mois.
Jean-Michel reprit le programme dans ses mains. Dans sa tête, il lisait la liste des architectes indiqués : Marcel Breuer, Pietro Belluschi qu'il ne connaissait pas ou encore la superbe et énorme agence Skidmore, Owings et Merrill dont la force le faisait rêver. Mais surtout, Jean-Michel regardait la petite ligne qui affirmait que ce voyage au U.S.A pouvait être combiné avec le Congrès de Brazilia, Brasilia écrit avec un Z. Il entendit alors la voix de Jocelyne.
 - Oui Mademoiselle, je voudrais BAL 59-41, oui 41. Merci.
Jocelyne tendit le combiné à Jean-Michel qui entendit une voix lui dire :
 - Riss et Compagnie, Bonjour Monsieur, que puis-je faire pour vous ?

Par odre d'apparition :
 - carte postale de la chambre et des édifices du Congrès, Brasilia, éditions Colombo non datée, Sans nom de photographe ni même d'Oscar Niemeyer, l'architecte.
 - prospectus, Fonds Lestrade, merci ne ne pas dupliquer sans autorisation de la famille Lestrade.


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