mardi 18 octobre 2016

ANRU dégage !



On appelle ça une barre, certains parlent de muraille.
J'aime immédiatement sa puissance et sa radicalité.
Rien ne me fera changer d'avis même pas les difficultés que vous me décrirez ou la nostalgie joyeuse à laquelle vous êtes attachés.
Je l'aime comme présence sourde, inévitable, incommensurable.
Parce que l'architecture ici raconte son programme, raconte la politique qui l'engendre, raconte les errements mais aussi les certitudes, raconte enfin le sens unique du construire.
Ça pousse comme un gemme pousse sur la roche sous la haute pression, ça pousse comme une cristallographie, ça pousse au loin l'horizon.
J'aime l'égalité exprimée dans sa grille. Horizontale, verticale, horizontale, verticale et aux points d'intersections soit le nœud des forces, soit le trou des percées.
J'aime l'idée de hauteur, la vue depuis.
La vue depuis.
Toujours oubliée celle-là, la vue depuis.
J'aime la géométrie, j'aime le bruit du tire-ligne sur le calque comme un sport de glisse le long du té et du réglet. Ziiiip.
J'aime me perdre dans les étages, me tromper d'entrée, savoir que mon appartement est le même que 2000 autres. J'aime savoir partout où sont les toilettes, la cuisine. J'aime lire facilement l'évacuation des eaux sales, suivre des yeux, depuis l'extérieur la mécanique intérieure des câbles électriques. J'aime pouvoir compter les plaques de béton, les voir tomber du ciel suspendues à des grues.
La grue chemine et lâche à son pied sur la perspective infinie de son chemin la muraille, la barre.
J'aime cette photographie retouchée, retravaillée, découpée pour plus de netteté. J'aime le tendre des couleurs apposées au pochoir, comment fidèlement on a mis du rouge sur les toiles des stores.
J'aime cette ponctuation : point, ligne, plan.
J'aime la politesse de son expédition, de son adresse.
On appelle ça une barre, certains parlent de muraille.
J'appelle ça un lieu, une idée, une machine, une urbanité.
J'appelle ça de l'architecture.
Et j'aime aussi cette résistance :
https://paris-luttes.info/gennevilliers-contre-la

Gennevilliers, ImmeubleS, Rue Victor Hugo, éditions Pi, expédiée en 1967 sans nom de photographe ni d'architecte.
On notera alors même qu'il n'y a qu'un seul immeuble que l'éditeur y ajoute un S ce qui dit sûrement quelque chose.






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