lundi 16 février 2015

I am so purple !

La revue de mode Purple Fashion Magazine me fait l'honneur de me recevoir dans ses pages.
En effet le dernier Volume III du printemps vient de sortir et la rédaction de cet énorme pavé dédié à la mode et à l'art m'a demandé un texte pour un article illustré des photographies de Gianni Oprandi, photographies faites à Créteil autour des Tours de Grandval.







Je vous donne en français le texte ci-dessous pour les personnes qui ne pourraient pas lire l'anglais, car, toute la revue est dans cette langue.
Cette revue fait une large part bien évidemment à la Mode avec de nombreux articles incroyablement illustrés de photographies superbes dans une mise en page et une qualité d'impression remarquable qui fait que, sous la main comme sous l'œil, c'est immédiatement un objet d'un luxe inouï qui est reconnu. Mais Purple Fashion Magazine aime aussi l'architecture moderne et contemporaine en l'utilisant comme décor, comme lieu de shooting pour des articles ou des publicités mais aussi donc, pour des articles analysant pour eux-mêmes les lieux.
La publicité pour Ermenegildo Zegna est à ce titre remarquable de la manière dont on peut reconnaître un espace. J'ai immédiatement reconnu derrière la fiction des mannequins et de la narration amusée de leur espace, le toit du Parti Communiste Français d'Oscar Niemeyer ! J'avoue que cela est assez drôle cette reconnaissance par le Luxe de l'un des objets architecturaux les plus éloignés sans doute par sa fonction de cet univers.









Il y a aussi un article sur la Villa Savoye dont les photographies sont de Olivier Zahm. La Villa Savoye sert de fond à un article nous montrant la nouvelle collection Hugo Boss. Ici l'objet architectural est bien mis en relation avec les vêtements et leurs coupes, quelque chose souvent de délicat et qui n'éteint ni l'architecture, ni les vêtements ce qui est pourtant la difficulté du genre. La promenade architecturale est réussie et un hommage appuyé à Saul Steinberg est toujours bien venu !
Un autre article se déroule à la Fondation Maeght...
Mais ma joie, au-delà de mon article, c'est que je suis voisin de l'un de mes photographes favoris, Wolfgang Tillmans dont j'admire tant le travail. Alors, même si ce frottement n'est que de hasard, laissez-moi croire quelques minutes que je côtoie le photographe !
La revue contient également des articles sur l'art contemporain comme John Armleder, Gabriele Orozco ou encore Laurence Weiner et Claude Rutault. Les amoureux du naturisme se régaleront d'un article sur l'île du Levant mais la revue contient surtout des articles sur la mode cela va de soi. L'article sur la collection hommes du Printemps avec des photographies de Mattias Karlsson est juste incroyable. Il y a plus de 500 pages en tout donc... Bonne lecture !
Je remercie la rédaction de Purple Fashion Magazine pour sa confiance.
Luxe, calme et volupté... D'une revue qui est si proche d'un livre d'Art.
Bien à vous.

Purple Fashion Magazine
Volume III Issue 23, Printemps 2015
25 euros




























Voici la version originale de mon texte sur Grandval largement remaniée :

Dans son extraordinaire Guide d'architecture contemporaine en France, publié en 1970, Dominique Amouroux parle de l'opération de Créteil par Gérard Grandval en ces termes : " Immeubles pétales de G. Grandval simple décoration de façade qui cache mal la pauvreté des cellules intérieures..."

Dominique Amouroux avait raison. Pourtant, ces immeubles sont devenus des icônes de l'architecture des grands ensembles et des villes nouvelles, dans une confusion certaine entre spectaculaire et modernité, réalité des positions architecturales et emblèmes monumentaux.
Que peut-on y faire et surtout est-ce démérité ? L'histoire de l'architecture est ainsi faite que l'intelligence (et même la poésie) du Mirail à Toulouse ne sont  pas reconnus (et même détestés) alors que des effets de façades par leur design traversent l'histoire et prennent par leur magie bucolique un sens.
Il ne faut pas lutter contre cette histoire et se réjouir pour l'un en regrettant pour l'autre. Il faut croire que la puissance d'image en architecture fait autant son succès que son intelligence conceptuelle et que, pour ceux qui vivent là, également, la valeur monumentale, celle d'un signe urbain reconnu est également une chose importante.
On habite aux Choux de Créteil et cela suffit à habiter quelque part. Tout le monde se fait une image de ce lieu particulier dont les balcons en forme de pétales qui m'évoquent bien plus les feuilles du Ginkgo Biloba que celles des choux devaient supporter une végétalisation qui ne fut jamais réalisée. La crainte d'un entretien mal assuré par les habitants et le coût ont eu raison de ce désir. Une tour fanée n'aurait pas été supportable ! Restées debout, vides de l'âme bucolique qui devait les habiller, les tours de de Monsieur Grandval ont atteint le statut d'icônes. 
Pour ma part, je préfère sans doute comme Dominique Amouroux le génie de Jean Renaudie qui réussit pour du logement social à offrir dans ses plans des appartements ayant parfois plusieurs terrasses végétalisables.

À notre époque où l'on nous ressert le mur végétal comme panacée face au souci urbain, où l'on croit que l'architecture parce qu'elle est habillée d'une broche verdoyante est plus acceptable, il est bien possible que le refus même de végétalisation des tours de Mr Gandval, par un curieux effet elliptique, en ait valorisé le statut d'aïeule de l'architecture verte. Les grands ensembles s'entouraient de parcs qui aujourd'hui font de l'œil aux aménageurs urbains avides de densité, mais très peu de programmes incluaient dans leur programme une façade végétale dégoulinante comme les lianes sur les ruines des gravures de Piranèse. Monsieur Grandval rêvait d'une image. Il a sans doute réussi. Et les coquilles vides de ses balcons de béton ont sans doute dans leur beau dessin donné le change à ce refus du vrai vert.
Alors, en me promenant à Ivry-sur-Seine, en regardant les terrasses en friche ou cultivées de certains appartements de Monsieur Renaudie, je me dis qu'il n'y a pas de morale en histoire de l'architecture. Il n'y a que notre désir de reconnaître, de nommer, de situer.

Et au jeu des nominations, les Étoiles de Monsieur Renaudie brillent, excusez-moi, toujours un peu plus que les Choux de Monsieur Grandval que, par ailleurs, j'aime comme on aime une image.
David Liaudet

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