dimanche 24 août 2014

S'en tenir à Caro

L'Art Sacré du Vingtième Siècle a vu son champ élargi par des architectes prônant la synthèse des arts, réalisant tout, du mur porteur aux vitraux comme Le Corbusier à Ronchamp ou des artistes invités comme Matisse dans sa chapelle à Saint-Paul-de-Vence. On a l'habitude ici d'évoquer ce champ créatif large et à l'imagination formelle inépuisable.
Il existe pourtant un lieu en France qui a su avec une ambition incroyable réinventer l'intervention d'artiste dans une église. Ce lieu s'appelle le Chœur de Lumière, il est situé à Bourbourg dans le Nord et l'artiste qui y fut invité n'est rien moins qu'Anthony Caro !
J'avoue que malgré mes expériences maintenant assez larges, j'ai rarement vu une telle ampleur, une telle générosité et surtout une telle qualité. Bourbourg est maintenant un spot incontournable pour tous les amoureux de l'Art Sacré contemporain et pour tous ceux qui se passionnent sur l'aménagement d'un lieu chargé d'histoire. Car ce que réussit Anthony Caro c'est bien de ne pas tomber dans l'écueil d'un écrasement par le lieu hautement symbolique. Il fallait faire un travail de couture, de délicatesse sans que ni le lieu d'origine ni l'œuvre de l'artiste ne gagnent l'un sur l'autre et sans avoir peur aussi d'affirmer une position.
D'abord on peut voir à l'extérieur une superbe sculpture qui donne le ton de la puissance sculpturale d' Anthony Caro. Parfaitement en relation avec l'architecture, offrant circulation, point de vue, choc des matériaux, la sculpture est d'une force belle et délicate. Le dessin en est remarquable.
Mais vient ensuite l'église et l'aménagement du chœur. Je le dis tout de suite car cela est maintenant rare, l'accueil est chaleureux, la dame présente est d'une gentillesse infinie, expliquant sans relâche mais tranquillement son lieu. On sent une fierté de ce travail de médiation et c'est très plaisant sans être pesant. L'intervention d'Anthony Caro n'apparaît pas tout de suite et on peut même passer à côté d'une partie du mobilier si on n'est pas attentif, mais vite, passant le jubé de verre, chaussons enfilés sur les chaussures pour ne pas abîmer le sol et les volumes, on découvre une œuvre incroyable !
Commençons, car c'est l'objet de notre blog, par regarder ce lieux au travers des cartes postales dont le photographe est John Riddy :



Contre l'abside de briques claires, une immense sculpture est posée sur le sol de béton blanc. Massivité des matériaux, fausse naïveté des représentations, la terre modelée en force comme à coups de poings s'accroche sur un portique solide, indestructible. On va bien nous raconter une histoire. Cela donne le ton.



Mais, immédiatement, ce qui vous prend c'est l'une des deux tours de bois massif, solides comme des constructions défensives qui sont construites entre les colonnes sans jamais y toucher ! On aimerait y voir deux bunkers de bois. L'escalier vient vous chercher et vous invite à monter et parcourir cette architecture dans l'architecture. Voici un brutalisme de bois admirable ! Offrant points de vues multipliés et découpant à l'envi des fenêtres sur le Chœur de Lumière, les deux tours sont construites avec un soin, avec une qualité de charpente incroyables... La main caresse autant que l'œil, on n'arrête pas de jouer avec les niveaux, d'être surpris de ces minuscules lieux, de ces deux vigies solides, quelque chose entre l'attaque d'un château fort ou la visite du Merzbau !
On perçoit alors l'ampleur du travail d'Anthony Caro. On voit là-bas déjà le baptistère et le Chœur lui-même ! Allons voir !



Une superbe forme blanche, comme une coquille d'escargot ou le début tronqué d'une tour de Babel, est placée au centre de la plus grande abside. Il s'agit des fonds baptismaux qui permettent des baptêmes par immersion totale ! Comme cela doit être joyeux ! Contrastant dans sa blancheur virginale avec le travail de bas-relief inscrit dans les niches, il est bien dans sa forme et son symbole, le lieu principal de ce Chœur de Lumière. Quel dessin là aussi ! On tourne autour produisant grâce au dessin la sensation d'un mouvement. Pas de doute, cela vit, bouge, accompagne le visiteur. Tout est juste : la qualité du blanc de sa matière et son échelle. Ni trop grands, ni trop étriqués, les fonds baptismaux sont comme les deux tours une architecture. On peut alors regarder les magnifiques bas-relief qui, dans une sorte de matité discrète, sans luxe ostentatoire, offrent par leur matériaux solides un bestiaire joyeux et même drôle parfois comme avec sa pieuvre ou sa tortue en terre cuite. On s'étonne à nouveau que l'ensemble soit emboîté sans jamais toucher directement les murs. Quelle conscience de l'espace ! Quelle délicatesse ! Partout la lumière tombe, égale, douce. Parfois des ombres viennent et on nous indique qu'il faut venir le matin pour jouir d'un autre spectacle. On reviendra donc le matin, un jour...
Ainsi, réussissant le tour de force de fabriquer un espace entre sculpture, design et architecture, Anthony Caro au-delà des questions liturgiques qui ne nous concernent pas tous, nous offre une expérience spatiale et lumineuse, graphique et iconographique d'une qualité digne des plus grands lieux d'Art Sacré.
Avant de vous montrer des photographies que j'ai prises, je tiens aussi à vous signaler de ne pas louper dans votre visite le Centre Anthony Caro dans lequel vous pourrez mieux saisir encore par des maquettes le travail de mise au point de l'artiste. C'est aussi un lieu d'expositions temporaires et l'accueil est aussi très chaleureux. La ville de Bourbourg est aussi très agréable à arpenter à pied. Bourbourg c'est certain, sera votre prochaine expédition.
Pour préparer votre visite :
http://www.tourisme-gravelines.fr/fr/decouvrir/art-contemporain/choeur-lumiere/
http://www.tourisme-gravelines.fr/fr/decouvrir/art-contemporain/ciac/





















































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