dimanche 6 décembre 2015

Les Perret par le dessin, par la maquette



 - Dis donc Alvar, ton grand-père avait aussi des cartes postales plus anciennes, celle du dessin de l'église du Raincy par exemple.
 - Oui, j'ai vu ça. Il devait en acheter aussi sur les vide-greniers mais cela m'a toujours étonné.
 - Tu as vu, celle-ci est une carte de remerciements pour un don fait pour la construction.
 - Quelle année déjà la construction de cette église ? me demanda Alvar.
Toutes les cartes étaient étalées, bien alignées sur la grande table. Je poursuivais avec Alvar et Jean-Jean l'exploration de la collection de Jean-Michel Lestrade.
Jean-Jean chercha sur son téléphone portable et trouva immédiatement la page Wikipédia sur l'église et commença à nous la lire rapidement, par petit fragments distribués par la capacité de son pouce à faire glisser la page sur l'écran minuscule de son téléphone.
 - Au début du XXème siècle, Le Raincy, dont la population de 10 000 habitants... C'est dans ce contexte que l'abbé Félix Nègre, qui est curé doyen du Raincy depuis le 26 juillet 1914, veut faire construire une nouvelle église dédiée à la Vierge dans laquelle serait commémorée la victoire.... La première pierre a été posée le 30 avril 1922....
 - Attends ! Attends un peu Jean-Jean ! Qu'est-ce que tu viens de lire ?
 - Euh, ba quoi... au début du XXème...
 - Non, non tu as dit un nom... repris-je.
 - Ah... C'est dans ce contexte que l'abbé Félix Nègre...
 - Oui ! C'est ça ! Regarde un peu ! Incroyable ! Regarde qui a signé la carte postale de ton arrière-grand-père....




Tous les trois penchés sur le verso de la carte postale nous observions alors que celle-ci était bien signée de ce nom, Félix Nègre qui remerciait son correspondant, un certain M. Jacquet pour une offrande faite pour la construction de l'église.
 - C'est incroyable David ! Non ?
 - Oui, Alvar, mais j'ai un doute sur la réalité de cette signature. Enfin ce que je veux dire c'est que c'est bien une écriture mais regardez bien, l'adresse est écrite autrement et la signature est un peu coupée en bas. Et puis... la régularité de l'écriture, son appui me font penser qu'il pourrait s'agir d'un autographe imprimé en série puis adressé individuellement aux donateurs par une secrétaire ou quelque chose comme ça...
 - Ah ? Tu crois ? C'est décevant rerpit alors Jean-Jean, c'est un faux ?
 - Non, Jean-Jean, on ne peut pas dire ça, c'est juste un mode de communication, tu vois. Imagine le nombre de cartes qu'aurait dû adresser Félix Nègre ! Ils ont trouvé ce moyen pour personnaliser les remerciements tout en s'épargnant un travail fastidieux. Il ne faut pas négliger aussi ce mode de relation avec les donateurs. C'est même intéressant, cela dit certainement un grand nombre de donateurs.
 - Mais c'est qui ce monsieur Jacquet ? demanda alors Jean-Jean. Quelqu'un de la famille ?
 - Non, je ne crois pas. Je demanderai tout de même autour de moi si par hasard on n'aurait pas un Jacquet dans la famille.
 - Tu vois Alvar, à part ce détail, cette carte postale pose d'autres questions. Remarquez que le nom des frères Perret n'est pas donné ni même le nom du dessinateur de ce dessin de la façade de l'église du Raincy. La carte postale donne peu d'informations solides.
 - Ouais, d'ailleurs il est vachement beau ce dessin. J'ai tort ou bien ça me fait penser à celle du Havre, tu sais papa, celle qu'on a vu l'an dernier ? Observa Jean-Jean.
 - Saint-Joseph ? Oui tu as bien vu. Surtout le haut. Tu as raison. J'aime bien quand tu es capable de ce type d'observation. Tiens, d'ailleurs...
 - ... Oui, regardez, cette carte postale de Saint Joseph, en voici une, dans la collection... Elle est aussi très curieuse...
En effet, à l'autre bout de la table, était posée une carte postale de l'église Saint-Joseph qui avait une particularité, car...........................................


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René Fernez aidait Jean-Michel à ranger ses affaires dans le coffre de la Traction. La nuit fut courte car les deux jeunes ingénieurs avaient refait le monde de l'architecture en dégustant à petites lampées un délicieux whisky échangé à des soldats américains sur base au Havre contre des bouteilles de mauvais Bordeaux.
Il était temps de partir, de regagner Paris.
 - Encore merci, Jean-Michel pour le dépannage. Et tenez, c'est pour vous un petit souvenir.
 - Oh merci ! Elle est belle cette carte ! C'est la maquette de Saint-Joseph !
 - Oui, comme ça vous l'emporterez avec vous !
 - Elle est où cette maquette ? On peut la voir ?
 - Ba, franchement, j'en sais rien ! Personnellement je ne l'ai jamais vue. Mais on trouve les cartes sur les tourniquets en ville.
 - Mais c'est bien le dessin définitif ?
 - Oh oui, ça y a pas de doute, elle sera bien comme ça même si on a encore du boulot !
 - Alors... René... Bon courage et merci pour votre accueil et remerciez encore votre épouse pour le repas.
 - Pas de souci. Faites bonne route jusqu'à Paris. Soyez prudent ! On se reverra sans doute sur un autre chantier !
 - Souhaitons-le ! Souhaitons-le ! Je reviendrai avec la famille lorsque l'église sera terminée.
Jean-Michel secoua sa main pour dire au-revoir puis disparut dans un petit nuage de poussière.
Jean-Michel cala la carte postale sur le tableau de bord. L'église Saint-Joseph, ainsi coincée sur le pare-brise faisait comme une mascotte automobile, un bouchon de radiateur décoratif. Pendant tout le trajet jusqu'à Paris, elle serait exactement le point de mire du regard de Jean-Michel. Elle serait le point par lequel toutes les lignes fuyantes de la route sembleraient venir vers le regard de l'ingénieur.



samedi 5 décembre 2015

Rouen Panorama XXL, n'y allez pas

Sur les quais de Rouen, un immense silo fait injure à la ligne de la ville et à l'architecture industrielle et efficace du Port autonome.
On fut surpris de la construction d'une telle masse et on reste perplexe quant à son esthétique dont le seul effort est un dégradé de bleu sans doute pour qu'elle se fonde dans le... gris de plomb du ciel normand.
Si on aurait pu aimer (et si on aime) une architecture puissante et solide, ici il s'agit bien plus d'une imposition que d'un brutalisme. Une promenade dans la très belle zone portuaire aurait pu permettre aux concepteurs de ce Panorama XXL de comprendre comment une architecture simple peut être belle quand elle est à l'écoute de sa fonction.
Car cet énorme cylindre tendu de bleu outragé est un panorama "artistique" et "culturel" puisque mis au point par un artiste, Yadegar Asisi, qui nous explique sérieusement lors de la présentation de son œuvre que les "artistes sont plus près de la vie que les scientifiques" (oui... on rigole) et que donc ce que l'on va voir est un bien une vue composée tentant de rendre une impression et non une réalité.
Ben voyons...
Déjà on peut émettre un doute sur ce postulat surtout lorsque l'on comprend que l'artiste fait des clichés, les découpe, les recompose, peint dessus un peu pour faire genre et nous donne à voir non pas un superbe panorama à 360 degrés peint mais une espèce de toile tendue sur laquelle ce montage photographique fait sous Photoshop est simplement imprimé au jet d'encre.
Mais pour voir quoi ?
La forêt amazonienne.
Si le sujet en soi n'est pas en cause, après tout on peut avoir le désir de comprendre et saisir cet objet spatial, ici la déception est au rendez-vous. Car, alors que l'on promet une sorte de vertige, de perte au milieu d'une forêt, on est surtout écrasé par un volume de béton occupant le centre dudit cylindre et qui empêche littéralement de se baigner dans l'image, image d'une pauvreté de profondeur de champ assez inédite. L'image possède ce "creux" de netteté à peine supérieur aux bâches imprimées actuelles qui recouvrent maintenant nos chantiers. L'autre erreur est de nous faire pénétrer le cylindre par le bas et donc de sentir en premier l'espace du cylindre, l'architecture de la tour et en aucun cas, cette perte quelconque de repère ou ce bain d'image.
On ajoutera que les postes de vision sont toujours entrecoupés par le design affligeant des garde-corps et de la structure et que les enfants ont la chance de voir le dit Panorama XXL derrière le dessin d'un grillage... Si, en plus, une musique tonitruante et ridicule vient vous avertir que c'est le jour puis que c'est la nuit et que, attention, la forêt c'est mystérieux, on est plus dans une œuvre artistique, ni même à la foire Saint-Romain (que la mairie de Rouen a osé laisser partir) mais dans un objet inutile, grotesque, ridicule quant à ses objectifs et à sa fonction.
N'y allez pas.
On espère vivement que cette attraction disparaîtra bientôt des quais de Rouen et que, rapidement cet espace retrouvera sa tranquillité visuelle faite du superbe entrechoquement des objets industriels du Port autonome maritime et de sa ville.
On pourra aussi regretter que dans une région rouennaise qui a vu naître l'un des pionniers du cinéma panoramique, on puisse aussi mal lui rendre hommage. Je pense en effet que l'elbeuvien Raoul Grimoin-Sanson, inventeur génial du cinéma à 360° qu'il appela Cinéorama et qui proposait dès 1900 un voyage en ballon lors de l'Exposition Universelle de Paris aurait bien rigolé devant autant de prétentions et d'inefficacités visuelles. Alors si la Région et la Métropole de Rouen soutiennent ce genre d'initiatives privées, donnent des permis de construire pour de si pathétiques constructions, elles feraient mieux de s'occuper de ne pas détruire son Patrimoine architectural et contemporain qui, lui, se meurt de jour en jour. C'est le choix du mauvais spectacle contre l'histoire.
Au fait, je vote demain.






Ici, on sent bien comment le spectateur est parfaitement "baigné" dans l'image...





Et ici, on voit parfaitement comment le jeune public aborde ce Panorama XXL au travers d'un grillage...








Pour rappel, voici des images extraites du très passionnant ouvrage de Raoul Grimoin-Sanson le film de ma vie, images qui, elles, donnent à rêver et à aimer le cinématographe, le monde, les regardeurs :


 


dimanche 29 novembre 2015

Maisons Bulles en page

Raphaëlle Saint-Pierre m'a envoyé son dernier ouvrage Maisons Bulles, architectures organiques des années 1960 et 1970 et je l'en remercie vivement.





On connaît bien cette auteure sur ce blog et on sait le sérieux de son travail. Ici, l'ouvrage s'insère dans la très belle et didactique collection des Carnets d'architecture publiés par les éditions du Patrimoine ce qui est déjà, en soi, une certitude de qualité.
Nous ne sommes pas déçus : c'est un beau mais surtout très enrichissant ouvrage que nous livre là Raphaëlle Saint-Pierre sur un mode de construction qui a connu une apogée puis un oubli et enfin un renouveau surtout par le goût de notre époque pour les utopies rétro-futuristes.
L'ouvrage nous livre d'abord une étude générale sur les conditions de l'arrivée de ce mode de construction, de ses techniques et de son histoire pour ensuite nous proposer des portraits des acteurs les plus représentatifs de cette histoire si particulière de l'architecture. On y retrouve donc nos vieilles connaissances : Pascal Haüsermann et Claude Costy, Antti Lovag, Pierre Székely et Henri Mouette, Jean-louis Chanéac et enfin Jacques Couëlle.
Le livre est abondamment illustré de photographies superbes des œuvres achevées ou de leur construction ainsi que des plans et des dessins des architectes. On peut ainsi comprendre les différences de conceptions mais aussi d'univers de tous ces architectes qui, parfois, travaillent pour un cercle agrandi des amis et de la famille ou parfois ont un désir plus radical, plus politique de transformer vraiment l'architecture. À part l'expérience écourtée de Douvaine, les questions de la collectivité, du logement social mais aussi de l'urbanisme semblent peu travaillées par ces architectes, du moins il semble surtout que ce mode de construction n'ait pas réussi à vraiment s'y imposer et à trouver des terrains et des opportunités pour atteindre vraiment des échelles supérieures à celle de la villa.
À ce titre, Pierre Székely et Henri Mouette (mes chouchous !) s'en tirent bien avec leur centre de vacances de Beg-Meil.
On pourra aussi rester un rien circonspect sur la personnalité, euh... riche... de Jacques Couëlle dont la révolution architecturale reste surtout sur la peau des constructions plus que sur leur méthode et même leur architecture. On pourra aussi voir que le dessin, au sens d'une ligne qui détermine des espaces, n'est pas par tous aussi bien partagé. Chez Lovag, la courbe se lisse, devient bulle, tendue alors que chez d'autres la vision est plus celle, un rien râpeuse, d'une grotte ou d'une concrétion comme chez Kalouguine à Angers.  Et même si parfois, j'avoue être un rien repoussé par les délires de maisons en forme de cosses de petits pois ou les portes d'entrée en vulve, il est certain que cette période a réussi à tenir sa promesse d'un mode de vie et d'habitat renouvelé même si, on peut se demander s'il ne s'agit pas plus d'"habitologie" comme le dit Anti Lovag que d'architecture.
C'est donc un beau livre et surtout un livre passionnant pour saisir cette période et ce mode constructif. Ce que l'on appelle un indispensable.
Il semble bien que maintenant, de livre en livre, Raphaëlle Saint-Pierre soit en train simplement de faire une œuvre.

Noël arrive !
Faites-vous plaisir et soyez généreux !

Maisons-Bulles
Architectures organiques des années 1960 et 1970
Raphaëlle Saint-Pierre
éditions du Patrimoine
isbn : 978-2-7577-0439-4
25 euros
Merci de commander votre livre chez un libraire indépendant.
Quelques pages pour vous mettre l'eau à la bouche :









samedi 28 novembre 2015

C'est l'heure exquise

 
















Absolument vouée au gris.
La barre tourne un rien, mollement, gentiment, comme pour faire semblant d'être une œuvre, de rompre avec le rectiligne chemin de grue à moins que la grue ait glissé sur une plaque de verglas.
On ne sait.
J'ai cherché qui était l'architecte en vain. Nous sommes à Aulnay-sous-Bois devant la cité du Pont David, rue Jules Princet. J'ai cru y retrouver la cité Emmaüs de l'ATBAT mais non, rapidement cela déçoit un peu.

Pourtant les détails sont beaux, la grille est bien dessinée. Les grandes baies rapprochées sans balcon sont découpées dans un carré offrant une fenêtre haute et une en bandeau comme pour marier Le Corbusier et Perret. On note l'absence de balcon. Pourtant, aussi, un parc se donne à voir. Puis suit une alternance de minuscules ouvertures percées, deux en haut, une en bas. Cage d'escaliers ?
Je ne sais.
Le photographe des éditions CAP a attendu le vide. Il a attendu l'heure exquise. Celle qui vide l'architecture de ses utilisateurs. A-t-il vraiment attendu ? A-t-il fait simplement le constat d'une non-utilisation de ce parc par les habitants ? On notera d'ailleurs que ce parc est réduit à une prairie coupée ras comme celle du jeune militaire entrant à la caserne. Ça fait froid autour des oreilles mais c'est facile à entretenir et ça tient mieux le béret.
À gauche un arbre réussit un peu à placer ses feuilles et à droite lui répond une autre barre venant clore l'image.
On la retrouve ici, sur cette autre carte postale :



















De même vouée au gris, la carte postale CAP fait la démonstration parfaite d'un romantisme sombre comme une peinture de Poussin reprise au lavis par Victor Hugo.
Ici, c'est Hugo qui gagne car, étrangement, un grain épais vient couvrir une partie de la photographie. Difficile d'en déterminer la cause. On note aussi un peu de retouche, l'image semble comme nettoyée, poncée surtout pour son sol.
Est-ce la présence d'une petite fille qui cause cette perturbation de l'image ?
Comme souvent les enfants sur les cartes postales des cités et du Hard French, cette fillette trouve une distance entre elle et le photographe. Être là mais ne pas être le tout de l'image. Il faut lui garder une neutralité tout en l'animant, ne pas faire un portrait mais signaler une présence.
Toujours tenter d'entendre le dialogue entre le photographe et l'enfant :
 - Oui, si tu veux, mets-toi là mais pas trop près. Voilà, ne bouge pas, ne t'approche pas. Oui oui tu seras sur la photo avec ton chat.
Reprendre sa voiture, développer les films, les retoucher un peu, les éditer en cartes postales et finalement, pour les restes des jours, des années, dans un grain gris, maintenir l'enfance à jamais.
C'est l'heure exquise.









mercredi 25 novembre 2015

Comment j'ai rencontré Alvar

En 2012, la ville de Royan avait organisé un colloque autour de l'œuvre de Jean Prouvé. Nous avions la chance d'y assister dans le Palais des Congrès, à l'intérieur de la grande salle composée des panneaux si caractéristiques de l'ingénieur et qui faisaient, avant la pose de la façade de verre,  la séparation entre le dedans et le dehors. Ici, depuis mon siège, je voyais parfaitement ces panneaux, tentais de les compter en m'interrogeant sur leur couleur noire, me demandant si cette couleur était d'origine lorsque, soudain, un type d'à peu près de mon âge, accompagné d'un beaucoup plus jeune vinrent s'asseoir dans la rangée juste devant moi.
Pris dans ma contemplation de la salle, je ne pus tout de même qu'être surpris par leur conversation. Je compris rapidement qu'il s'agissait d'un père et de son fils, celui-ci étant prénommé Jean ou Jean-Jean selon que le père semblait agacé ou heureux de ce qu'il avait à lui dire. Ils parlaient tous les deux des futures études d'architecture du jeune homme, le père voulant ici convaincre son fils de la pertinence de sa venue et de son écoute de ce colloque. Jean-Jean arborait un magnifique T-Shirt Metallica très usé dont j'ignorais si cette usure était due à la fréquentation régulière par le jeune homme des concerts de Hard Rock ou bien à un effet d'impression pour le rendre vintage. J'observais aussi une longue cicatrice descendant du lobe de l'oreille gauche vers l'arrière de son cou.
Un accident ?
Le père, assez chic mais sans ostentation, laissa à sa gauche sur le fauteuil libre une casquette italienne, son appareil photographique Sony et le très beau guide sur l'architecture de Royan écrit par Antoine-Marie Préaut. Je remarquais que ce guide avait de nombreuses pages écornées, ce qui me fit presque mal mais je compris que le père devait s'en servir vraiment comme un guide et, plus tard, cela me fut confirmé.
 - Ça sera pas trop long ?
 - Ça n'a pas encore commencé Jean, tu peux être un peu patient deux secondes ?
 - Ça finira vers quelle heure ?
 - Tu sais lire ? Tiens regarde sur le programme.
 - Oh purée ! Non ! Une heure ?
 - Mais qu'est-ce que tu as de si pressé à faire ? Tu peux me le dire ?
 - Ba, à la mer, on nage, on fait du surf... Tu vois des trucs de jeunes quoi ? Regarde cette salle y a que des vieux à ta conférence...
 - Ce n'est pas MA conférence mais bien plus la tienne. Qui a voulu faire des études d'architecture ? Toi ou moi ? Tu crois pas qu'apprendre quelque chose sur Prouvé sera intéressant pour toi ?
 - Ouais ouais, mais bon, là ça fait trois jours qu'on se tape les villas et j'aimerais bien faire autre chose.
 - Chut ! Tais-toi, ça commence.
Je vis alors l'adolescent sortir de son sac à dos un gros carnet qu'il feuilleta un moment pour y trouver une page blanche. Vautré littéralement dans le fauteuil rouge, il avait un étrange tic. La tête appuyée sur sa main gauche, son index tapotait régulièrement sa cicatrice pendant que la main droite prenait des notes et faisait des croquis des diapos projetées. Finalement, il fut extrêmement attentif à la conférence jusqu'au témoignage d'une des filles de Jean Prouvé.
 - On s'en fout non que son père il était gentil avec les ouvriers ?
 - Tu peux le penser Jean-Jean mais cela dit aussi des choses sur la relation de ce type avec le monde et l'achitecture, tu crois pas ?
 - Mouais... enfin, moi je sais toujours pas en quoi c'est un génie.
 - Je suis d'accord avec toi, affirmai-je alors.
Je ne sais pas pourquoi mais par cette phrase, je m'étais permis de prendre part à leur conversation. Jean-Jean se retourna et regardant son père :
 - Tu vois je suis pas le seul à le penser.
 - Pardon je n'aurais pas dû intervenir mais je suis très intrigué par les beaux dessins de votre fils.
 - Ah ? C'est gentil... mais il ferait bien mieux d'être plus attentif, cela serait utile pour son avenir. Mais vous avez raison, il dessine bien celui-là.
 - Celui-la ? En voilà une manière de parler de moi ?
 - Oui Jean-Jean, j'avoue que tu as raison !
 - On sort ?
Jean-Jean était déjà debout et ramassait ses affaires, au même instant la conférence prit fin et on eut l'impression que c'était Jean-Jean qui déclenchait ainsi sa clôture.
 - Pardon, David Liaudet.
 - Lestrade, Alvar Lestrade et lui, vous le connaissez, mon fils
 - Bonjour.
 - Bonjour  moi c'est Jean-Jean.
 - Je vais faire la visite de Notre-Dame, vous y allez aussi ?
 - Oui, mais... peut-être tout seul finalement...
 - ...Non, non je vais venir aussi,  Papa ! Ça, au moins ça va me plaire comme architecture. Et Papy il m'a fait la démonstration, je veux voir ça, comment ça marche.
Nous sortîmes donc tous les trois, Jean-Jean me permit de regarder ses dessins superbes. Je lui fis des compliments. Il me donnait des détails, là la déception du tracé de son ombre, ici une proportion un peu ratée ou encore ce qu'il avait ressenti devant les bunkers de la côte, hier et comment il s'était faufilé dedans contre l'avis de son père.
 - Tu étais surtout curieux des graffitis dedans et dehors, reprit son père.
 - Il a raison, tout chemin est bon pour regarder de l'architecture, même les graffitis.
 - Alors, si vous allez dans son sens David... Croyez-moi, il sait trouver ses chemins tout seul. Le problème c'est que la dernière fois, ça lui a coûté la belle cicatrice sur son cou et une frayeur pour nous tous....
 - Comment tu t'es fait ça ? demandais-je à Jean-Jean....
 - ......euh.... Ba.... un pari à la... con... j'avais cru que je pourrais monter le plus haut possible sur la pente du volcan au Havre, Vous voyez...
 - Le bâtiment de Niemeyer ?
 - Oui, c'est ça ! Je me suis lancé et si j'ai bien monté le long de la courbe... ba... je suis tombé en arrière et mon skate m'a déchiré méchamment le cou.
 - C'est sa blessure de guerre ! Il en est presque fier ! Reprit son père.
 - Moi, je trouve qu'il peut !
 - Son problème c'est qu'il ne voit les constructions que comme des lieux pour le skate, il en a une lecture d'ailleurs très pointue ! Ça j'aime bien mais quand il le pratique, j'aime moins !
 - Je comprends Alvar, vous avez raison mais alors il faut absolument que Jean-Jean voie le toit de Notre-Dame ! La voûte, là-haut, c'est le plus beau parcours de skate et... sans doute, d'une certaine manière... le plus mortel !
 - Oh Putain, je veux voir ça ! On peut voir ça ? s'enthousiasma Jean-Jean.
Lorsqu'on arriva enfin tous les trois sur la double courbure du toit, même Jean-Jean resta silencieux. Il mit plusieurs minutes à se décider à mettre un pied dessus et oser marcher.
 - C'est ça que je veux faire, Papa, tu vois c'est ça que je veux construire un jour !





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 - Ah tu as remarqué aussi !
 - Oui c'est marrant !
 - Je me suis dit que ton père pourrait nous dire s'il y a bien un lien entre les deux ou si c'est juste un effet d'image.
 - Je vais demander à Papy Momo aussi, doit savoir ça, lui.
Dans la main de Jean-Jean, il y avait la carte postale de l'entrée du tunnel du Mont Blanc, superbe signal de béton, superbe construction pour la pénétration.
En tenant cette carte postale à la verticale et en en camouflant une partie par le plat de sa main, on pouvait imaginer qu'il s'agissait d'une partie de la nef de Notre-Dame de Royan et de ses fameux V Laffaille. Mais ici aucune raison technique ne semblait être l'objet d'un tel dessin car cet auvent de béton ne servait qu'à signaler l'entrée et à la protéger des chutes de pierres. Peut-être que cette dernière raison était la plus juste, soutenir ce poids accidentel. Pourtant, aucun doute, on s'amusait vivement de ce rapprochement.

 



Sur la grande table, je regardais les autres cartes postales tirées des archives du grand-père d'Alvar, l'arrière-grand-père de Jean-Jean que celui-ci avait connu trop peu de temps mais suffisamment pour lui communiquer le sens de l'espace. Alvar les avait toutes rassemblées depuis qu'il en avait entrepris l'inventaire dans les archives de Jean-Michel Lestrade.
Alvar étala les cartes postales une à une formant un damier superbe et émouvant qui recouvrit presque la totalité de l'immense table blanche. On s'amusait des reconnaissances de Jean-Jean se rappelant avoir vu ça dans un livre, ça dans un cours ou ce bâtiment pour de vrai, en voyage.
 - Tu vois, David, j'ai pensé que tu voudrais voir tout ça... Toi avec ta collection, ton blog... Tu sauras quoi faire. Moi, tu vois, je ne sais pas trop quoi en faire, me dit alors Alvar.
 - Fais ça, fais ça comme ça, simplement, avec lui, avec Jean-Jean, le plus souvent possible.Y a rien à ajouter, y a rien d'autre à faire.


Par ordre d'apparition :
- Royan, église Notre-Dame de Royan, Guillaume Gillet architecte, édition du Comité de Vigilance Brutaliste, Ville de Royan, 2013.
- Chamonix, Tunnel routier, entrée côté français, éditions La Capitale, expédiée en 1966.
- Royan, intérieur de l'église Notre-Dame de Royan, Architecte Gillet, éditions Iris par Théojac.




lundi 23 novembre 2015

La COP21 ? Je m'en fous !

 - La Cop21 ? Je m'en fous !
C'est ce que Jean-Jean le fils d'Alvar avait lâché à son professeur d'architecture. Depuis quelque temps il en avait marre de la leçon écolo bois brut de sève de son enseignant qui ne rêvait que de détruire partout les barres Hard French pour les remodeler façon néo-art-déco-vieux-troskyste, y installer des jardinets participatifs à la con, des bancs poétiques sonorisés avec réalité augmentée et de faire des petites résidences proprettes à "échelle humaine" comme il disait le prof.
Jean-Jean lui rétorquait Colisée à Rome, Turbosites, Métabolisme, Corviale.
Il commençait à se demander s'il avait bien fait de suivre ce cycle d'études rempli d'une jeunesse suiveuse, ennuyeuse et rétrograde ne voyant l'avenir que par des pavillons végétalisés où on lui demanderait de dessiner des cabanons avec poubelles bien rangées pour le tri de leurs ordures.
Lui, Jean-Jean, il aurait voulu dessiner une centrale électrique, haute, lourde, puissante et fumante et crasseuse. Lui, il aurait voulu faire des murs hors d'échelle, des poursuites infernales dans des dédales infinis, fendre des blocs à la dynamite pour y installer une chaise et des concerts de rock.
Il aurait voulu la pluie incessante sur un béton gris coulant à l'envi. Il aurait voulu voir enfin le mur de l'Atlantique sur le parking des centres villes. Il aurait voulu des voûtes incalculables par ces imbéciles de Macintosh, il aurait voulu des cryptes profondes pour acheter le pain noir.
Il laissa sa maquette de carton qu'il trouva soudain minable. Il sortit.
Il revoyait son père, se demandait ce qu'il devait faire de la promesse qu'il lui avait faite de devenir architecte.
 - Déconne pas Jean-Jean, allez quoi... Reviens...
 - Pas sûr ! Mais t'es gentil.



 


Denis, le meilleur ami et compagnon d'études avait suivi Jean-Jean jusqu'à l'extérieur. Ils partageaient tous deux ce désir d'une architecture vraiment ouverte, puissante, politique. L'une de celles qui troublent les enjeux et qui surtout "emmerdent toute intégration", mot haï car synonyme d'une architecture disparaissante et invisible. Ils aimaient surtout sentir leur corps présent, vivant et travaillant. Ils aimaient tous deux, marcher, retenir leur poids, s'écorcher au planches fossilisées dans le béton.
Ils voyaient l'architecture comme un immense praticable à la vie, bien plus proche de la vision d'un skateur que de celle d'un piéton.
 - Y a une expo sur l'A.U.A, tu sais, on pourrait y aller, si tu veux, Jean-Jean ? Tu les aimes bien je crois ?
 - J'sais pas... Plus envie. Trop tard. T'as une clope ?
 - Va te faire foutre mon gars ! Tu m'as juré de ne jamais t'en redonner quand t'as fait ta crise de l'homme sain ! Vas chier !
 - Allez copain... allez...
Les deux compères éclatèrent de rire.
 - Non mais vraiment t'as aucune tenue ni morale toi !
 - Denis... s'te plaît... Sinon... Tu sais... de quoi je suis capable...
 - Allez, arrête ! Viens avec moi. Fais pas chier. Allons voir l'expo. Prends ton carnet de dessins et viens, je t'attends. Toute façon l'e.c.t.s on l'aura pas.
Jean-Jean remonta dans sa salle de cours, prit son sac en vérifiant bien qu'il avait son carnet de dessins. Il le trouva en effet. Il le gardait jalousement. Il y avait dedans les croquis de Ronchamp, de la Cité Radieuse faits l'an dernier et surtout il y avait en première page le simple mais efficace dessin de son grand-père Mohamed pour lui expliquer le système des V Laffaille et la petite feuille de papier pliée pour en démontrer le fonctionnement. Le cahier comme pris d'un surpoids tendait par sa couverture un énorme élastique plat au bord de la rupture. Jean-Jean le remplissait de dessins, d'articles de presse, de notes, des blagues Carambar que lui donnait Denis chaque matin dans un rituel rien qu'à eux, au café. Il y avait aussi deux Polaroids, l'un d'Élodie à Portbou devant le monument de Dani Karavan pour Walter Benjamin et l'autre de Denis montrant son cul dans une soirée arrosée et que Jean-Jean menaçait toujours de montrer au cas ou son ami lui refuserait un service.
En partant, il regarda la salle, certain qu'il n'y reviendrait pas. Il regarda ce professeur avec ses cheveux en catogan noués sur le dos, son pull péruvien acheté lors d'un voyage pour "rencontrer les vrais gens" et ses sandalettes de cuir, demandant à un étudiant "quelle est votre position ?". Il regarda aussi les autres élèves. Il en regretterait certains. Mais il était certain à ce moment-là qu'il ne reviendrait jamais là, jamais.
 - J'ai remarqué un truc Jean-Jean.
 - Quoi Denis ?
 - T'as beau être un pauv'con mal luné, tu m'amuses. Et putain, tu dessines bien. Tu veux un Carambar ?




dimanche 22 novembre 2015

Transmettre et construire




 Alvar venait de prendre place dans l'une des boules du téléphérique de Grenoble. Il avait voulu monter seul, son père Momo et sa mère Sidonie avaient laissé le jeune garçon et étaient montés juste derrière dans la deuxième boule. Ainsi ils pouvaient se faire des signes et les parents étaient heureux de la joie simple de leur garçon empruntant ce beau moyen de transport si moderne.
Ce que ne savait sans doute pas encore Alvar, c'est que le Groupe 6, les architectes de Grenoble ayant dessiné cette station de téléphérique, avait fait appel à son grand-père et à son jeune père pour régler certains points importants de la structure de l'appareil et notamment de son ancrage.
Les forces étant importantes et la sécurité devant être absolue, le père et le fils firent un travail attentionné et vérifié encore et encore.






















Jean-Michel Lestrade avait aimé ce projet qui, sous la forme d'une immense cage de verre, permettait aux visiteurs de voir depuis l'extérieur la belle mécanique et le mouvement d'arrivée et de départ des cabines. Il y avait là une belle idée et les verres courbés aux angles, les huisseries d'aluminium lui faisaient penser aux architectures de Novarina et ou de Prouvé.
Il trouvait aussi très juste qu'on puisse ainsi accorder beaucoup d'attentions plastiques à un objet construit hésitant entre génie civil et architecture. Jean-Michel regarda sa famille faire l'ascension, tout doucement tirée par les câbles. Il répondit aux nombreux saluts d'Alvar. À son retour il lui fera une petite leçon d'architecture et de technique car il avait compris qu'avec ce garçon c'était encore possible, Alvar aimait entendre ses histoires et portait à son père et à son grand-père une vraie admiration.................................................................
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 - Non, non, non... Enfin ! Mais regarde au lieu de fanfaronner...
 - Ba, Papa je vois pas le problème...
 - Momo bon Dieu, c'est sous tes yeux ! D'habitude tu es plus vif que ça ! Reprends la mesure là, celle-ci, regarde... Non... Là... Oui tu vois ?
 - Oh putain ! Oh pardon, je voulais dire zut...
 - Tu peux dire merde si tu veux mais tu me corriges ça et dare-dare !
Jean-Michel pointait son doigt sur les dessins de Momo et repoussait les calques et les brouillons dessinés par son fils. Ils tombèrent en un grand fracas, comme une immense cascade de papier depuis le haut de la table à dessin de l'agence dans l'indifférence du père et du fils. Il fallait d'abord que Momo comprenne d'où venait son erreur sur cet exercice en grandeur nature que lui faisait faire Jean-Michel sur des dessins de chantiers déjà livrés. Tous les soirs, pendant une heure, après son travail à l'agence et avant le repas, Momo se devait ainsi, puisqu'il avait décidé d'arrêter les cours, de suivre ceux de son père. Il y faisait d'habitude preuve d'une grande capacité de travail et d'analyse mais ce soir, sur les plans de l'école hôtelière du Touquet, il n'arrivait pas à saisir les jeux d'angles des planchers et des murs porteurs comme si sa capacité habituelle à projeter les formes dans l'espace mental était éteinte.


















- Non mais c'est pas vrai ! Mais tu as la tête ailleurs ou quoi ? Là, tu me remets les 8 millimètres sinon les clients ils dormiront dans le vide, crétin...
Momo ne put s'empêcher de rire à cette idée. Son père fit semblant d'être sérieux et en appliquant une petite claque amicale sur le rond du crâne de son fils finit lui aussi par éclater de rire.
 - Non mais sérieusement Momo ! Sois attentif !
 - Ba, je suis un rien crevé et puis...
 - ....et puis Monsieur sort ce soir... reprit Jocelyne qui venait de les rejoindre dans l'agence pour les appeler pour le repas.
 - Ba, voilà, des gens vont mourir sous les ruines d'un hôtel parce que Monsieur Momo a un rendez-vous galant ! Ah ! Elle est belle l'architecture française ! Elle a de l'avenir !
 - Tu ne crois pas Jean-Michel que tu en fais un peu trop... Et tout à l'heure encore tu es venu en catimini me dire ton admiration devant la rapidité de TON fils à faire les calculs pour une cabine de téléphérique... Alors ?
 - C'est vrai Papa ? T'as fait ça?
 - Oui... Bon... Oui... Tu t'en es bien tiré sur les fondations. J'aurais pas mieux fait c'est sûr...
 - Tu peux répéter ça Jean-Michel ? demanda Jocelyne.
 - Pas mieux fait... lâcha dans un souffle le mari.
 - Whaou... lâcha Momo à son tour.
Il y eut un silence. Jocelyne regardait les deux hommes assis côte à côte ne rien se dire de plus. Elle revit Momo à son arrivée à Pantin et ses petits bras ouverts, quémandant d'être porté par Jean-Michel.
 - Je vais pouvoir dire ça à maman Yasmina...
 - Oui, tu peux, mon grand, elle peut être fière de son fils, affirma Jocelyne.
 - Bon... euh... c'est pas tout ça, les congratulations mais moi j'ai faim... Et ça sent bon...
 - Oui tu as raison Jean-Michel, à table tous les deux sinon ça va être trop cuit.
 - Mais bon... Tout de même... Là il a failli faire une erreur et si je n'avais....
 - Oh, mon chéri, fais-moi plaisir... Ferme... l'agence pour ce soir....
On entendit Momo monter quatre à quatre les escaliers vers l'étage.
 - Tu peux nous dire ce que tu as de si urgent à faire là-haut ? Demanda Jocelyne à Momo.
 - Je passe un coup de fil à Gilles, il faut que je lui raconte ça !


Merci à Catherine Schwartz pour cette donation.
Par ordre d'apparition :
 - Grenoble, station du départ du téléphérique, éditions La Cigogne, expédiée en 1978.
 - Le Touquet-Paris-Plage, l'école hôtelière, édition Combier, Pierre-André Dufetel, architecte.
N'oublions pas que des menaces planent sur cette superbe construction...