dimanche 25 octobre 2015

Corbu Caoutchouc

Au mois de Juin, nous avions vu une carte en multi-vues de la Cité Radieuse de Briey-en-Forêt qui nous montrait l'intérieur de l'un des appartements et nous donnait le nom du décorateur : Antoine Benoît.
Souvent, les cartes multi-vues sont en fait des cartes postales différentes rassemblées graphiquement sur une même carte. C'est bien le cas ici puisque je peux aujourd'hui vous montrer plus précisément ça :


On retrouve donc ici sans colorisation une vue de la salle de séjour par les éditions Mage dont le photographe semble être J. Derenne. L'édition n'est pas datée et la carte ne fut pas affranchie mais date bien de l'époque de la livraison de la Cité Radieuse de Briey-en-Forêt. Le Corbusier est nommé mais aussi, et c'est bien plus surprenant, comme la carte multi-vues, également le décorateur Antoine Benoît dont nous ne savons toujours rien...
Je vous écoute !
La photographie de cet intérieur étant ici plus grande on pourra bien mieux y regarder les détails du mobilier assez simple mais résolument moderne ce qui s'oppose à d'autres propositions que nous avions vues sur ce blog. Comme il y a un décorateur et que l'ensemble semble bien vide, on peut facilement en conclure à un appartement témoin réservé aux visites et donc constitué d'un mobilier proche des désirs de l'architecte ou, du moins, de la société immobilière pour en promouvoir l'habitabilité. La photographie ici est donc également prise dans ce jeu et doit construire à son tour une image de ce lieu surtout pour une diffusion large par la carte postale. On ne pourra pas dire, je crois, qu'il s'agit là d'une représentation critique de l'appartement et donc... de son architecte...
La dénomination salle à manger est d'ailleurs assez drôle car elle devrait donner à voir, dans un imaginaire collectif, une grande table et un vaisselier.
















Ici, la table carrée que l'on devine à double plateau ne propose que trois places assises, le quatrième habitant trouvant sa chaise sous l'escalier superbe de Jean Prouvé ! Escalier qui sert de recoin pour écouter la radio moderne posée au-dessus d'un trieur de courrier.




Quatre chaises, une petite table carrée, un buffet dont on ne perçoit que le plateau sur lequel un caoutchouc tout neuf est posé dans une vannerie, voilà le mobilier choisi par le décorateur Antoine Benoît. Une lampe descend de la poutre au-dessus, lampe très proche de celles de Serge Mouille mais nous restons prudents sur cette signature.



Le passe-plat de Charlotte Perriand est en position fermée et ne donne donc pas à lire sa fonction comme dans ce superbe exemple ici. Ce passe-plat semble même d'un autre dessin dans sa partie supérieure ce qui pose la question de sa réelle attribution.
Le vide d'objets, le peu d'encombrement du mobilier, la clarté même de ses formes permet sans doute de servir un discours sur une grande habitabilité remplaçant la taille possible par l'image de la fonction.
Ce n'est pas un reproche. La qualité spatiale des appartements des Cités Radieuses est indéniable surtout si l'on admet vivre dans une vie simple voire spartiate dont la richesse ne provient pas tant d'une accumulation bourgeoise mais dans la qualité relationnelle entre ceux qui vivent là. Le collectif étant réservé à l'extérieur de l'appartement et étant immédiatement disponible, il n'est pas nécessaire de vivre avec du mobilier en surnombre. Si on reçoit des invités... On va au restaurant de la Cité Radieuse. Je me souviens d'un japonais racontant que dans son minuscule appartement de Tokyo, il avait exactement le nombre de couverts pour lui et son compagnon et qu'il n'avait que deux paires de chaussures, l'une pour l'hiver, l'autre pour l'été... Il en va un peu de même ici. On peut tout aussi bien s'asseoir sur l'escalier de Prouvé pour profiter de la discussion de la petite tablée !
On s'amuse de la chaise de Arne Jacobsen ne pouvant se glisser sous le plateau de la table et donc décalée pour donner l'impression que quelqu'un vient de se lever...
Tout en haut à gauche de la photographie, une fleur d'hortensia déborde du niveau supérieur. Je vois dans ce glissement imprudent la preuve que le chaos sait toujours reprendre le dessus.

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