lundi 19 mai 2014

La Sainte Face et Berlin

 Les collectionneurs de cartes postales, dans les brumes froides et matinales des vide-greniers, tombent souvent sur des petits carnets rassemblant des dizaine de vues touristiques qui sont pour la plus part éditées en cartes postales.
Souvent, le collectionneur de cartes postales est un rien dédaigneux devant ces minuscules images qui font le tour d'un sujet, d'un lieu. On ne peut tout de même pas tout collectionner.
Pourtant, il y a certains objets éditoriaux de ce type qui vous arrivent dans les mains parce qu'un ami n'aura pas su si cela vous ferait plaisir ou non et s'excuse en vous le donnant de vous encombrer avec ce genre. Je ne suis pas de ce dédain et j'aime à recevoir ce type de photographies bien plus en effet pour sa valeur d'échange amical que pour son rapport à la carte postale et là, j'ai tort.
Car, voyez-vous, la similitude des éditeurs, des photographes et bien sûr des lieux ne devraient que me contenter. Et parfois, la qualité est totale. Après tout, il y a là aussi la question de la photographie et de la représentation de l'architecture, il y a là aussi du graphisme.
Alors voici trois exemples superbes :
Ce petit téléviseur en plastique bleu m'a été offert par Thomas Dussaix. Il est superbe. Le téléviseur. Et Thomas aussi. Merci Thomas.
Il s'agit d'une dizaine de photographies (Dick-Photos) nous montrant l'Interhotel " Stadt-Berlin" et la ville de Berlin avec une qualité photographique et éditoriale incroyable. Le papier très épais forme des petites cartes très solides dans la main et c'est un vrai plaisir de tenir ainsi entre ses doigts la ville au travers de ces minuscules images. Je décide d'ailleurs de vous les montrer aussi ainsi. Au dos de chaque image, une petite description du lieu est imprimée. Rappel : nous sommes en Allemagne de l'Est.
Les architectes de cette merveille construite en 1967 seraient, si on en croit une célèbre encyclopédie en ligne, messieurs Roland Korn, Heins Scharlipp, Hans-Erich Bogatzky.



la rôtisserie.

Espresso

le Panorama Coctailbar au 37 étage.


Strausberger Platz

Leninplatz

Zille-Stube

Panorama-Restaurant au 37 étage.

Milchbar


Mais revenons en France avec un autre petit portfolio, cette fois du Havre et plus précisément de l'église Saint Joseph d'Auguste Perret et Audigier.
Il s'agit d'une édition Akila que je ne connais pas comme éditeur de cartes postales. Donc peut-être des images exclusives cette fois. Mais ce qui est assez incroyable et d'un grande beauté poétique c'est que chaque photographie a laissé au dos de la précédente son image fantôme dans un ton bistre étrange et mystérieux. C'est parfois ténu mais subtil et inattendu et j'aime cette surprise de l'âme d'une image allant en embrasser une autre. Oui... je sais... je suis comme ça... que voulez-vous....
Il va de soi que je vais les scanner parfaitement, je vais les tirer sur des panneaux en aluminium chic, je vais invoquer l'image dispersée, Walter Benjamin et l'usure des images, je vais faire un vernissage et je vais vouloir les vendre au FRAC le plus proche. Parce que je vois en artiste contemporain, je saisis la portée politique et destructurante de telles images sur l'une des icônes de l'architecture de la Reconstruction, je vais me goberger en analyses fumeuses sur le transport des images et sur le cliché comme perturbation de la véracité du regard. Je peux même, allez, soyons fous, invoquer la mythologie de Sainte Véronique et de la Sainte Face. Oh oui ! j'ai envie.
Et surtout comment ne pas tomber sous le charme de ces photographies très chaudes, très saturées et d'une qualité là également d'impression remarquable.
Alors ?
On regarde ? Merci Christophe.













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