dimanche 25 mai 2014

Jours de France




Devait-il s'asseoir ? Il n'avait pas bien saisi en effet le degré d'attente qu'avait suggéré l'infirmière en lui disant de s'installer là. Combien de temps mettrait-elle à revenir avec Madame Hortense comme elle l'avait surnommée, ce qui avait d'ailleurs un peu étonné Jean-Michel qui n'avait jamais entendu quiconque appeler sa mère ainsi.



Il resta debout, regarda par la fenêtre tout en restant à l'affût de bruits de pas dans le couloir qui indiqueraient l'arrivée de sa mère et de l'infirmière. Sur la table, il remarqua un numéro tout neuf de Jours de France et un album photo plein d'images des pensionnaires dans différentes activités organisées par la maison de repos. Il crut reconnaître sa mère, chapeau en carton sur la tête et serpentins sur les épaules, assise dans le coin d'une image, les yeux dans le vide.



Il eut le réflexe stupide de mettre son doigt sur la terre du cyclamen en pot posé sur la table pour s'assurer que celui-ci était bien arrosé et donc bien entretenu. Étrangement, il se dit que si on s'occupait bien des plantes, on devait être attentif aux pensionnaires. La terre était sèche.
Il se décida finalement à choisir un fauteuil et comme ses deux fils, Momo et Gilles, il se mit immédiatement à faire tourner le siège sur son axe dans un geste d'impatience et de jeu que pourtant il ne supportait pas chez ses garçons.
Il attendait.
Au loin, comme un frottement sur le sol se fit entendre, frottement encouragé par un prénom répété plusieurs fois :" Hortense, c'est bien Madame Hortense." Au fur et à mesure, il comprit que sa mère arrivait, appuyée sur le bras de l'infirmière.
Elle fut assise à côté de lui et Hortense reconnut très bien Jean-Michel qui lui prit les mains. Ils ne dirent rien. Les mains d'Hortense étaient sèches.
Après quelques minutes ainsi, dans un silence seulement comblé de quelques phrases perçues au loin, Jean-Michel se leva et laissa là, Hortense.......



..... Le vent soufflait fort depuis la mer, ce qui était bien l'habitude à Anglet, chambre d'amour. Le sable venait ainsi frotter doucement et éteindre le trop brillant des carrosseries automobiles.
Gilles et Momo étaient pourtant partis sur la plage pour nager. Jean-Michel les surveillait l'air de rien, de loin depuis la baie de la cafétéria.
Il attendait sa mère Hortense, que devaient faire descendre de sa chambre Jocelyne et Yasmina. C'est d'ailleurs Yasmina qui arriva avec Hortense. Jean-Michel remarqua une fois encore, que depuis que Hortense avait quitté la maison de repos, elle s'était comme redressée, avait retrouvé quelque chose dans l'angle de son corps qui disait son mieux-être. Yasmina chuchotait des mots à Hortense ce qui la faisait rire mais Jean-Michel laissa aux deux femmes cette complicité.
Une bourrasque de vent un peu plus forte regroupa les trois personnes dans la surprise en faisant claquer une porte.
Jean-Michel demanda où était Jocelyne.
Avant même que Yasmina n'ait pu répondre, il la vit, debout sur la plage, emmitouflée dans son châle jaune qui regardait les deux garçons dans la mer.
Jean-Michel comprit que ce triangle, eux, les garçons, Jocelyne était ce qu'il y avait de plus important. Au printemps prochain, l'appartement de la Grande Motte serait livré. Hortense y sera bien avec Yasmina et Jocelyne.
Il faudra penser aussi à arroser les plantes en rentrant à la maison.


Merci Claude pour cette donation.
Par ordre d'apparition :
Domaine de Nivezé, Spa, Belgique, édition Thill, architecte inconnu.
Domaine de Nivezé, Spa, Belgique, édition Thill.
Anglet, V.V.F Chambre d'Amour, Anglet, éditions Lavielle.
architectes : Cabinet Hébrard.

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