lundi 26 mai 2014

Au coin (arrondi) de la rue

Pour l'architecte, poser au carrefour et à l'angle de la rue une construction est souvent l'occasion d'un geste permettant de faire glisser l'œil le long du bâtiment, de faire de ce lieu particulier une sorte d'articulation spectaculaire.
On connaît l'exemple si réussi de Royan et de sa Poste si souvent vue sur ce blog, je regroupe aujourd'hui, comme ça, sans vraie autre raison, trois cartes postales nous montrant comment des bâtiments dessinent ce moment de la ville.



Voici à Sousse, la Poste photographiée et éditée par Victor Slama. La carte est expédiée vers Elbeuf en 1954 depuis la Poste de Sousse en Tunisie. Une fois encore, on s'amusera de cette particularité qui consiste à glisser une image d'un bâtiment dans le bâtiment lui-même. J'imagine qu'il doit y avoir des collectionneurs de ce type si particulier de cartes postales !



On voit une construction encore sous l'influence de l'Art Déco, mettant en avant des formes géométriques en décrochements successifs, des corniches, des pilastres simples mais efficaces et surtout ce mur percé comme une dentelle qui fait l'effet de la rotonde de l'entrée. J'y reconnais un peu les motifs de Perret pour l'église du Raincy. Un cylindre rejeté sur le trottoir est contrasté par un premier étage en creux formant balcon. Il s'agit donc d'une architecture d'avant-guerre pour l'après-guerre.



À Fribourg c'est un hôtel qui tourne ainsi au coin du boulevard de Pérolles en épousant son angle. L'hôtel de Fribourg est ici édité par Perrochet à Lausanne. Rien de spectaculaire ni de particulièrement original dans cette façade dont la massivité reflète sans doute le sérieux d'une maison bourgeoise où il fait bon séjourner. Le fronton fait à peine vibrer le haut de la construction et l'étagement rend presque visibles les catégories des chambres avec ou sans balcon. Là aussi corniches et grilles irrégulières des ouvertures, traitement différencié du rez-de-chaussée, sont les seuls mouvements de l'architecture. Mais de toute manière, il n'en reste rien que le souvenir d'une forme un peu massive que le bâtiment qui le remplace, la banque cantonale, semble avoir voulu conserver comme un fantôme. Un cylindre de verre vert d'une laideur toute grandiloquente à sa fonction suisse. Aucun regret, aucune admiration.





Finissons mieux, plus surprenant, plus juste, plus audacieux.
À Bristol le Lewis's Store photographié et édité par Harvey Barton and Son, nous montre une façade et une articulation simplement réussies. La photographie fait sans doute beaucoup pour accentuer la rotondité du magasin. Mais quelle façade !
La régularité des percements posés sur un soubassement plus solide et le sommet terminé par un étage en retrait permettent bien de jouer de manière cinétique avec le déplacement dans la rue. On remarque également que la construction joue à cela dans l'indifférence du rétablissement de hauteur de la chaussée. Elle en fait fi.
Il est aisé de saisir comment en dix années à peine entre Sousse et Bristol, il semble qu'une nouvelle modernité trouve sa place.
On trouve ici des images contemporaines de ce Lewis 's store devenu un Primark et qui fut donc dessiné par Sir Percy Thomas and Son entre 1955 et 1957. On remarque alors que la photographie oriente énormément cet aspect cylindrique qui s'écrase un peu dès que nous avons la perception plus globale de la construction. Reste une architecture belle, originale et puissante s'affichant dans la ville sans intégration, offrant bien une image à une fonction.




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