jeudi 15 août 2013

Un homme et la lumière

Vous me trouverez sans doute un peu ridicule.
Sur cette carte postale si marquante d'une typologie du Hard French et de l'édition de cette époque, nous pourrions déjà nous contenter d'y trouver exactement ce que nous cherchons : une représentation.
Mais voilà, la photographie a ceci d'incontournable qu'elle n'est qu'une mécanique implacable dont la chimie et l'optique laissent tout passer.
Regardez bien avec moi cette carte postale aux éditions La Cigogne, regardez bien comment le photographe tard dans la journée est venu enregistrer le Quartier Cavelier de la Salle à Rouen.



Les ombres sont longues certes sur ce morceau de ville que je connais bien. Mais une de ces ombres est incroyable.
Celle-ci :






Oui.
Il s'agit bien de l'ombre du photographe. On devine parfaitement sa silhouette et celle de son pied photo !
Et comme l'éditeur de cette carte postale nous fait la joie de nous donner le nom du photographe, Monsieur B. Hauville, on sait donc que cette ombre est celle de ce dernier !
Nous avions déjà vu un photographe piégé par son ombre sur cette autre carte postale.
Alors vous penserez ce que vous voulez mais cela m'émeut toujours autant de voir ainsi le photographe pris dans son image. Avait-il conscience de sa présence dans son cliché ? L'a-t-il regrettée, souhaitée ?
Ce que l'on peut dire c'est que cette carte postale fut bien éditée avec cette ombre, identifiée, permanente, et maintenant indissociable de cette photographie.
Le quartier n'a pas bougé, nous passons là encore au pied de ces immeubles, souvent. Je ne pourrai dorénavant plus y passer sans jeter un coup d'œil depuis mon automobile pour voir si par hasard, l'ombre de Mr Hauville, photographe, n'y serait pas encore.



2 commentaires:

  1. Et la convergence des fuyantes sur la chaussée, esquissée par les ombres des arbres, désigne, quasiment à hauteur d'œil, le point de mire de l'appareil, une chambre réglée pour restituer l'aplomb des verticales des murs de ces immeubles. La présence du photographe a donc été enregistrée deux fois, par son ombre au sol et par ce point vers lesquelles tendent les ombres fines des jeunes troncs d'arbres. Quand les fuyantes des immeubles désignent des points qui semblent sortir du champ, s'éloigner, alors que préciser ces points nous donnerait la place exacte de l'œil de la caméra par rapport à ce carrefour.
    C'est la lumière de fin d'après-midi d'été, l'ombre d'une grille qui n'existe plus est étonnante aussi, elle semble tomber pile à la base du trottoir projetée loin devant elle, et le photographe est comme assis dessus.

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  2. absolument. le tableau est l'autre mécanique superbe permettant de replacer le corps et donc l'œil dans cette image. la perpective est donc bien une "réalité" qu'il convient de rétablir comme outil mais aussi comme poésie sensible de l'espace car c'est celle du regardeur qui fait le tableau.

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