vendredi 18 janvier 2013

Une invitation à la Cité Radieuse


Précisions nouvelles, en ce mois de janvier 2017 :

Grâce à un numéro de la revue la Maison Française datant de 1949, nous pouvons maintenant mettre un nom au moins sur une partie du mobilier visible sur cette carte postale publiée il y a deux ans maintenant. Nous devons remercier immédiatement mon frère Christophe qui est un collectionneur acharné de vieux papiers et de vieilles revues de décoration.
Regardez et vous aurez compris :





On reconnait bien les chaises de la cuisine de notre Cité Radieuse ! Pas de doute ! on peut donc dire que ce mobilier date d'au moins 1949 pour ce qui est de ces chaises et fauteuils. On notera les arguments de vente de la Maison M. Flachet décorateur qui sont idéaux pour coller à l'aménagement de la Cité Radieuse !
- s'adaptent aux petits appartements
- permettent de multiples combinaisons
- offrent toutes les commodités dans un volume réduit

Difficile donc de savoir si ce décorateur est intervenu comme ensemblier pour cet appartement ou si les habitants ont choisi sur catalogue les chaises. D'ailleurs, malheureusement, aucune indication ne nous est donnée pour la table ou le reste du mobilier. On notera également que M. Flachet tenait ses bureaux à Paris et non à Marseille.
j'aime, tout de même, toujours autant voir mon cerveau garder en mémoire un tel détail et le sentir faire tilt ! lorsqu'une image vient le frapper.

Maintenant, je vous laisse lire ou relire l'article :

Il nous aurait attendu un peu, assis sur le fauteuil. Nous aurions frappé et la porte se serait ouverte sur une grande silhouette habillée d'une paire de lunettes aux deux cercles noirs.
Le téléphone aurait sonné, il se serait, tout en répondant vivement, excusé de le faire. Nous n'aurions alors, pas bien su où nous mettre et dans mon dos j'aurais senti des rideaux me chatouiller. Nous aurions posé le matériel dans la cuisine mais tout de suite après avoir raccroché le combiné, il nous aurait dit de ne rien poser là. Cela encombre. Son très long bras droit nous aurait indiqué l'espace plus chaleureux du salon et j'aurais remarqué immédiatement le creux laissé par ses fesses dans le vinyl rembourré du fauteuil. Cela m'aurait un rien gêné.
Sur son invitation, nous aurions pu nous asseoir même si Alan et Sylvain avaient déjà commencé à déballer le matériel : un pied puis un autre, des spots, un sac plein de pellicules, une flashmètre, un ruban métreur, une cellule photo-électrique, deux boîtiers Hasselblad, un Rolleiflex (celui d'Alan) et l'air de rien un paquet de biscuits au chocolat. Julien aurait quant à lui déposé son sac Tati dans un coin puis sorti sa caméra Bollex 16 et son magnétophone Nagra. Devant ce déballage technique j'avais cru remarquer une moue de déplaisir sur le visage de celui qui nous accueillait aujourd'hui pour cette interview dont il avait pourtant l'habitude. Nous prenions beaucoup de place...



Les tulipes commencèrent un peu à faner sous la chaleur des projecteurs. Et les mégots de Lucky Strike de l'architecte remplissaient déjà le petit cendrier ridicule. Il voulait faire vite, en finir avec cette bande joyeuse mais trop empressée. Il faut dire que les gaillards mitraillaient à tout va dans des postures à la fois drolatiques et incongrues en s'agenouillant, tordant du cou, déplaçant sans cesse ici une chaise, là le vase ou encore retirant les ampoules de l'applique pour une "lumière moins jaune" comme l'affirmait Sylvain.



J'interrogeais l'architecte sur l'espace, la lumière et le mobilier. Je lui disais mon admiration, chantais un peu seul les avantages et les inconvénients du lieu comme si finalement j'étais moi-même en train de convaincre l'architecte du bien-fondé de son propre travail. Je compris en un instant que nous l'exaspérions. Un revers de main, une salutation et nous dûmes en quelques instants quitter les lieux sous un brouhaha de verbiage mal articulé, de matériel roulant sous les meubles, d'ampoules de flash se brisant sous les pieds. Nous fûmes proprement mis à la porte !
Je regardais mes trois amis, tous les bras chargés de leur matériel sauvé de justesse. Puis, soudain, nous éclatâmes de rire dans ce couloir sombre de la cité radieuse. Je demandai à Julien si c'était dans la boîte.
Oui !
Je demandai à Sylvain et Alan si c'était dans la boîte.
Oui !
Nous avions sans doute réalisé la plus courte interview de l'architecte.....

......Dans le laboratoire de tirage noir et blanc, nous étions tous quatre penchés sur les images. Nous regardions cette photographie de l'intérieur de la cité radieuse en scrutant les détails révélateurs ou non du génie de l'architecte.
Alan félicita Sylvain sur sa capacité à nous donner à voir sans doute un espace plus grand que son souvenir. La lumière égale partout était pourtant bien une réussite d'Alan. Julien et moi restions interrogatifs sur ce rideau posé là par les habitants de l'appartement et qui cloisonnait de nouveau l'espace de la cuisine au lieu de le laisser ouvert comme le désiraient Charlotte Perriand et Le Corbusier. Cette petite cabine de toile à l'intérieur de l'appartement disait bien la difficulté de croire en un espace ouvert, en la qualité plastique d'une cuisine. Difficile de se séparer de ses habitudes...



Je trouvais le mobilier relativement moderne et même beau pour ce qui est des chaises.



Mais nous étions tous quatre intrigués également par les murs restés vides et blanc. J'osais penser que sans doute, cette image donnait beaucoup de place à l'escalier de Jean Prouvé.



On remarqua aussi la toute petite ouverture du placard de la cuisine, entrouvert donc, laissant la vaisselle apparaître.

Carte postale Ryner.




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