lundi 16 mars 2015

Le syndrome de Vasa étudié à l'université du Mirail




Ce matin, c'est comme un appel.
(Merci Clément pour l'alerte.)
Je vois des pages et des pages s'afficher sur la destruction du Mirail à Toulouse et notamment de son université. Comme toujours la France a la gueule de bois et se réveille trop tard pour défendre son Patrimoine. Et comme toujours dans le débat, on oublie les institutions qui n'ont pas pu (voulu ?)  protéger l'université et l'ensemble du Mirail à Toulouse.
Alors, comme tout le monde un peu sensible à cette histoire, je signe une pétition dont je sais qu'elle ne servira à rien face à la machine administrative et politique qui n'y connaît rien en architecture. Il suffit de lire les propos du Président de l'université face à ce patrimoine pour comprendre comment on tord les mots et son esprit pour faire semblant d'être sensible. C'est émouvant autant de tactique verbale. Ça marche sur des œufs un peu pourris.
Alors, quand ceux-là mêmes qui devraient défendre l'héritage architectural nous rassurent justement en prétendant qu'il ne faut pas s'inquiéter car on conservera l'esprit du lieu (mais pas l'architecture...) on est soit en colère devant un type à genoux face à l'événement ou mort de rire face à l'acquiescement politique de sa fonction. Dans quelques mois, on inaugurera une université toute neuve dont vous verrez, il osera dire avec les architectes complices de cette restructuration qu'elle est un hommage à celle qui vient d'être détruite. Allez lire la communication de l'agence c'est d'une drôlerie...
Je n'en peux plus.
Et on organisera bien un petit colloque pour faire bonne figure et une petite exposition pour rappeler la belle histoire de Georges Candilis, vous verrez, ça viendra, on voit ça tout le temps... Les invitations vont partir.
Monsieur le Président d'une architecture qui disparaît sous votre présidence, vous qui vous cachez derrière les questions financières alors qu'elles sont politiques (car la question du Patrimoine est politique je vous le rappelle) Monsieur le Président, s'il vous plaît, ne faites pas semblant d'être du côté de ceux qui défendent ou regrettent. Ayez au moins l'extrême obligeance de porter fièrement votre projet et d'en assumer les conséquences (malheureusement pour vous et pour nous) tragiques, de la destruction indigne d'un Patrimoine unique. Et comme vous êtes soutenu par le vide abyssal des paroles de nos Ministres de la Culture ou de l'enseignement dit supérieur, la France, une fois de plus, sera le pays où il fait bon être désolé et où on applique avec joie et opportunisme le fameux syndrome de Vasa.
Soyez désolé Monsieur le Président, c'est tout ce qu'il nous reste.

Pour signer la pétition, c'est urgent, faites-le, merci :
Pour lire les propos du Président désolé de ce qui arrive et que même, oui, oui, il aime bien Candilis :

Pour vivre le travail de Georges Candilis :





















Cette carte postale des éditions de la Carterie Occitane F. Loubatières nous montre Toulouse le Mirail et plus particulièrement son centre socio-culturel et sportif. On devine derrière l'un des immeubles d'habitations et devant, un peu difficile à lire, le monument de Tarass Chevtchenko. La carte fut expédiée en 1971. On comprend d'ailleurs le glissement des automobiles sous la dalle et la beauté structurelle du centre socio-culturel sur le même modèle que l'université. On notera comment le photographe place la végétation dans le cadre, avec la verticale de l'arbre venant cadrer les fonctions.
Dans le très bel ouvrage Toulouse-le-Mirail, la naissance d'une ville nouvelle, on trouve quelques éléments, les photographies sont de Taki Candilis :




















dimanche 15 mars 2015

Expédition sur place recommandée

Je suis heureux.
En voici les raisons :
La première c'est que je reçois un ensemble de cartes postales expédiées par Sylvain Bonniol, photographe.
La seconde, c'est que cet ensemble de cartes postales porte le titre Expédition sur place recommandée et que ce titre dit bien à lui seul ce que Sylvain Bonniol porte comme vision de l'architecture, mettant le lieu en avant, son expérience au centre de son regard. C'est sur place que la photographie se construit, dans l'expérience du réel et non, dans un transcription froide et perdue d'un discours sur le monde tenant dans une page du Reader's Digest de la pensée des images.
Sylvain Bonniol aime l'architecture. Je veux dire qu'il en subit joyeusement les sensations, ne se prive d'aucune démesure, plaque et construit son image avec elle, la découpe non dans une distance ironique ou désabusée mais j'oserai dire, en quelque sorte, il se la prend dans la gueule. Je l'ai vu au travail. Je l'ai vu tourner autour et pousser des cris et faire l'acrobate. Non pas pour un cadrage ultra-original en penchant sans cesse les diagonales comme ceux qui ont mal appris la leçon de Lucien Hervé, ou l'air de rien comme ceux qui ont mal appris la leçon de Walker Evans, ou encore dans une objectivité distanciée comme ceux qui ont mal appris la leçon des Becher. Non Sylvain Bonniol est un constructeur.
Troisième raison : le choix des constructions et des architectures de Sylvain Bonniol est un choix simple, celui d'un promeneur, d'un amoureux, d'un voyageur qui va à côté de chez lui, à Rome ou à Tunis. Il n'invente pas une série qu'il applique à l'envi en faisant semblant de tenir là une originalité (suivez mon regard), il ne se prive de rien, d'aucun lieu tant que son expérience est forte, tant que la relation qu'il entretient sert son propos et rend hommage à ses sensations spatiales. Pas d'épuisement ici d'une typologie. On voit (du verbe voir, pas du verbe croire), on voit les bâtiments de Perret, Gillet ou encore beaucoup plus rares, ceux de l'architecte Marconnet !
Car, à la différence de cette photographie qui éteint des icônes, Sylvain Bonniol invente des lieux inconnus et oubliés non pour faire semblant de posséder ces lieux mais pour les partager. La photographie le permet, il partage.
Et quand on a la chance d'être avec lui sur le toit de l'église de Royan, il ne vous demande rien. Il fait ce qu'il a à faire, ne vidant pas son image des corps, ni des ombres ni des présences. Il aime ceux qui sont là dans cet espace avec lui, les laissant donner l'échelle comme il aime lorsqu'il photographie les entreprises, cadrer ceux qui travaillent dans les lieux qu'il traverse.
Et c'est aussi quelqu'un qui connaît son outil, ne s'en méfie que quand c'est nécessaire. C'est un photographe, voyez-vous, pas un faiseur d'images.
Alors plongeons-nous dans cette superbe série que le Comité de Vigilance Brutaliste a l'honneur de partager avec son auteur. C'est une chance. N'ayez pas peur, régalez-vous de ce que vous donne votre regard, il n'y a pas là de piège. Il s'agit de représentation, d'une main tendue qui vous dit : "regarde".
Vous retrouverez au dos des cartes postales toutes les informations sur les architectures et leur architecte, pas de mystère typologique. Sylvain Bonniol sait à qui il doit ses espaces !
L'édition de cette série est faite par la Galerie RDV, le Musée de l'Imprimerie de Nantes (superbe travail éditorial). Le Comité de Vigilance Brutaliste approuve (et remercie).
Je suis heureux. Je vous l'ai déjà dit ?

Pour en savoir plus sur le travail de Sylvain Bonniol, attention ! La visite est addictive !

On y va !
Pantin, ancienne Cité administrative, 1965.

Bordeaux, quartier Mériadeck, résidence Charles de Gaulle, 1978.
Francisque Perrier, architecte :

Nantes, la Chapelle de l'Hôtel-Dieu, 1964.
Michel Roux-Spitz, Jean Roux-Spitz, Pierre Joessel, Yves Liberge, architectes :

Donges, église Saint-Martin, 1957.
Jean et Charles Dorian, architectes :

Rome, Palazzetto dello Sport, 1957.
Annibal Vitellozzi, architecte.
Pier Luigi Nervi, ingénieur :

Tours, Petites Soeurs des Pauvres, Chapelle de la maison de retraite, 1972.
Jean Marconnet, architecte :

Tours, Chapelle des Frères Mineurs, 1930.

Royan , église Notre-Dame, 1958.
Guillaume Gillet, architecte :


Le Havre, église St-Joseph, 1957.
Auguste Perret, architecte :



Tunis, Hôtel du Lac, 1973.
Raffaele Contigiani, architecte :

Raffaele Contigiani, architecte :


André Devorsine, architecte.
Marcel André, ingénieur :

lundi 9 mars 2015

Merci Renée

J'ai reçu, il y a quelques jours maintenant, sans doute l'une de mes cartes postales favorites. Vous allez comprendre pourquoi et surtout quelle charge émotionnelle elle porte.
La voici :



Si je ne vous dis rien vous aurez tout de même remarqué sur cette carte postale :
 - une dame qui parle à des jeunes femmes qui écoutent et notent. Certaines ont même un cahier "the little Prince". On passera sur ce détail...
 - des appareils photographiques sur la table et un grand monsieur chauve qui discute.
 - un poster d'un tableau de Miró, un chat en papier découpé et collé sur la fenêtre.
Étrange carte postale vous en conviendrez et vous aurez perçu rapidement qu'elle n'est pas ancienne.
Alors retournons cette carte postale et regardons ce qu'elle nous raconte :



Oui !
Vous avez compris !





Il s'agit de Madame Gailhoustet, que je me permets d'appeler Renée, car c'est elle qui me l'avait demandé lors de ma visite chez elle. Elle est en bonne compagnie car entourée d'étudiantes (mais où sont les garçons ?) et  Monsieur Yves Belorgey, artiste-peintre, les accompagne. Il s'agit d'une rencontre, d'un moment pédagogique et l'espace qui existe entre Renée et les étudiantes est le plus beau. Celui du partage et de l'écoute. Ils sont au Liégat, un ensemble d'habitations collectives dessiné par Renée Gailhoustet. Il est donc certainement question d'architecture dans cette discussion. La carte m'est envoyée par Xavier Dousson que nous connaissons bien ici car il a notamment remis en lumière le travail de Jean Bossu.
J'ai déjà dit combien pour moi le travail de Madame Gailhoustet reste un modèle que malheureusement on n'aime pas assez en France. Il faut dire que l'humanisme appliqué dans les formes, les questions sociales prises comme matériau, et une forme de pragmatisme jovial sont oubliés depuis longtemps. Il n'est pas question encore de se plaindre ni d'avouer une défaite d'une époque perdue, il est question de comprendre pourquoi (et par qui) tout ce travail visible, éprouvé, réussi est aujourd'hui un rien oublié et perçu comme un âge d'or alors qu'il est possible, toujours possible.
Je ne voudrais pas installer cette pensée architecturale dans une période révolue car cela serait accuser son éloignement, je voudrais juste le partager, le gueuler, pour qu'enfin, un peu, de temps en temps, on comprenne la leçon magnifique et claire et que, ici ou là, une jeune architecte, un jeune architecte construisent ainsi une nouvelle réalité sociale et architecturale.
Alors voir ainsi des étudiants parler avec Renée, entendre les espaces, voir la parole prendre forme, hors du jeu amusant de la prospective et de l'imaginaire des utopies (même joyeuses), voir un peintre, un critique et historien de l'architecture mettre face à face une jeunesse féminine (et tant mieux) avec l'une de nos plus grandes architectes est une image qui me réjouit.
Il faut que ça passe.
Et la lumière venant dans la pièce, la simplicité d'un espace partagé, la possibilité d'un jardin sur une terrasse disent bien comment on doit enseigner l'architecture.
Un peintre, une architecte, un lieu, des gens qui écoutent et viennent voir, des historiens, des désirs d'images aussi sans doute. C'est ça construire.
Je remercie vivement Xavier Dousson pour cet envoi.
Et merci pour tout Renée.

Xavier Dousson me demande de préciser et il a raison :


Bonjour David,

Je t'ai envoyé hier un petit paquet de cartes postales, et notamment la deuxième de la série (de 2!) que nous avions faite avec Renée Gailhoustet.
Je dis nous car, dans cette affaire pédagogique, tout a été combiné avec Sandra Parvu, mon alter-ego dans cet enseignement de projet en Licence 2.
Elle est assise à la gauche d'Yves, sur un petit banc magnifique dessiné par Jean Renaudie.
Sandra est architecte et chercheuse. Elle s'intéresse précisément aux mêmes sujets que nous! Et elle édite des cartes postales!!
Par ailleurs, même si la photo ne le montre pas, il y avait des étudiants avec nous! 2 garçons très sympathiques dont un, Gabriel, illumine le centre de la carte postale que tu vas recevoir!
Je ne sais pas dans quelle mesure ces compléments pourraient être apporté à ton texte magnifique et si encourageant, mais je ne voudrais pas que Sandra soit invisible de cette action pédagogique. 
Encore merci!
Bien à toi,
Xavier



Pour connaître un peu mieux Yves Bélorgey :
http://www.xippas.net/fr/artists/yves-belorgey/
Pour lire le livre sur Jean Bossu de Xavier Dousson :
http://editions.monuments-nationaux.fr/fr/le-catalogue/bdd/tri/1/livre/869

Je vous donne quelques extraits du très beau livre Éloge du logement, Renée Gailhoustet aux éditions Massimo Riposati qui vous permettront de voir mieux le Liègat et de reconnaître la table... et donc l'appartement de Renée Gailhoustet, si je ne me trompe pas. Il vous faudra surtout bien lire les plans pour saisir la vérité de ce travail permettant à des logements sociaux une vraie promenade architecturale offerte par la traversée d'un logement de 15 mètres de profondeur et de ses... trois terrasses.















dimanche 8 mars 2015

Les jardins d'enfants sont des collecteurs


Combien y ont cru à ce train ?
Combien, glissant dedans le tube de béton, ont fait tchou-tchou ?
Combien se sont cachés du grand frère, du copain d'école et ont attendu qu'il passe son chemin ?
Combien ont pissé dedans redonnant enfin à l'objet sa véritable nature, un collecteur d'eaux usées ?
Combien se sont cassé un bras, une jambe en sautant du haut du carré rouge ?
Combien ont pris une torgnole en rentrant à la maison parce que le pantalon était déchiré aux genoux ?
Combien ont tenté de sauter depuis le cylindre de béton sur la structure métallique et se la sont prise en plein dans les coucougnettes ?
Combien ont glissé du toboggan normalement et ont essayé de faire de même sur l'arrondi ovale du tube de béton ?
Combien, juchés sur le carré rouge, jambes repliées sous le cul, ont médité sur leur avenir, c'est-à-dire sur demain après-midi ?
Combien ont épluché le cartable dérobé à la sortie de l'école dans l'ombre du ciment sentant l'urine ?
Combien ont amené là le chien du voisin et essayé de le dresser à passer sous le tunnel ?
Combien ont vérifié si la leur était plus grande ou plus petite ?
Combien ont dessiné à la craie des cœurs d'amour avec des prénoms qui n'étaient pas les leurs ?
Combien, devenus adultes, ont reconnu lors d'une mission d'égoutier leur jeu d'enfant ?
Combien ont hurlé dedans, chacun à un bout pour voir si on s'entend ?
Combien ont collé leur chewing-gum sur la paroi haute ?
Combien ont cru y trouver un trésor alors qu'il ne s'agissait que d'un fer à béton oublié du chantier ?
Combien ont tenté avec le tricycle du petit frère de rouler à l'intérieur et, merde, le tricycle il est trop large ?
Combien ont dit à leurs parent qu'ils allaient jouer là, alors qu'ils sont partis chez Mickael voir le livre de fesses trouvé dans le bas du placard de la chambre des parents ?
Combien ont aimé fumer leur première cigarette ici, bien cachés alors que la fumée montait et sortait du train de béton pour lui donner enfin, vraiment les allures d'une locomotive ?
Combien ?
Combien sont partis vivre ailleurs, bien loin de Farebersviller, oubliant vite son jardin d'enfants ?
Combien des deux garçons photographiés ici pour les éditions de L'Europe savent qu'à jamais ils servent sur une image à animer du hard-french dont ils ignorent le nom des architectes ?
Tout comme moi.
Je vous dis : tout, tout comme moi.







mercredi 4 mars 2015

La gifle et l'arbre



...La gifle avait retenti sourdement dans le hall de l'hôtel Beau Rivage.
Jean-Michel dans un flux d'images mêlant ce qui se passait à l'instant à ce qui venait d'avoir lieu quelques secondes plus tôt, ne tenait plus sur ses jambes. Il se voyait se retourner sur sa chaise, poser sa main sur le dossier, y appuyer tout le poids de son corps pour se lever, se diriger vers Momo en quelques pas dont il ne se souvenait plus et gifler l'adolescent. Le monde se mit à tourner autour de ces deux corps debout face à face, se regardant sans un mot, tous deux baignés dans leurs sentiments comme dans une baignoire devenue tiède. Momo savait qu'il avait eu tort et Jean-Michel savait que cette première gifle sonnerait toute sa vie entre lui et son fils. Gilles se leva à son tour et prit son frère par le col pour le sortir de l'hôtel laissant son père dans le hall.
 - Mais putain t'es trop con où quoi, qu'est-ce que tu foutais ? Putain, mais t'es con trop con...
Momo ne répondait pas. Il blanchit.
 - T'as foutu la trouille à tout le monde, Maman et Jocelyne sont toute retournées. Putain, mais qu'est-ce qui t'a pris ? T'étais où d'abord, t'étais où ?
 - Je.. je... la plage... et puis... la bagnole... la fille... tu vois, sais pas.
 - Deux jours que t'es parti. On t'a vu hier à St-Palais, c'est le fils Berjaud qui t'as vu, t'avais pas l'air inquiet qu'il a dit.
Jean-Michel regardait debout depuis l'intérieur de l'hôtel son fils Gilles faire la leçon à son frère Momo. Il le regardait agiter ses bras, tordre le polo de son frère sur sa poitrine, le pousser du bout des doigts et pointer de sa main ce père resté à l'intérieur.
 - Oui j'ai déconné mais j'ai pas vu le temps passer, je suis trop con, oui, je sais, c'est comme la fois où je suis rentré tout seul, tu sais, je sais pas, parfois je perds tout, tout, je ne sais plus, je suis trop...
 - Mais t'es con ou quoi ? Tu pouvais téléphoner, venir à pied merde. Je sais pas moi. Tu te serais fait engueuler mais là, putain t'as vu papa, t'as vu son état ? L'obliger à te gifler toi. Il doit être mort de honte et de peur. T'es trop con, trop trop con.
Prenant son frère par le bras, Gille emmena Momo de l'autre côté de la rue, sur la plage de Foncillon.
 - Viens, faut pas rester là, il faut laisser Papa un peu, maintenant que tu es là, c'est mieux.
Jean-Michel regardait par la vitre de la porte les deux garçons partir. Il regardait Gilles gérer le conflit, il regardait cette maîtrise des sentiments. Lui, ne savait que faire. Il entendit derrière lui une voix.
 - Vous avez bien fait Jean-Michel, ne vous inquiétez pas, c'est pas votre faute.
C'était Yasmina la mère de Momo.
 - Non, Yasmina, j'ai eu tort. Ça ne sert à rien. Je suis un imbécile.
 - Il est là, il est de retour c'est le plus important. Nous avons eu tous si peur, Jean-Michel.
 - C'est ça Yasmina, vous avez raison, c'est la peur, ma peur qui a parlé. Ma peur a pris le dessus, c'est ma colère....................................


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 - Vous verrez vous reviendrez avec votre fils quand tout sera fini.
 - Oh mais j'espère bien Madame Berjaud, j'espère bien mais pour l'instant il est trop petit et j'avoue que Royan, je commence un peu à en avoir fait le tour.
 - C'est vrai que ça fait un bail que vous êtes là. Combien ? Trois, quatre ans ?
 - Disons que ça fait six ans que je viens régulièrement. D'abord pour le Front de mer et puis pour Notre-Dame.
 - Oui, je me rappelle quand vous dormiez dans le chantier ! Vous étiez vraiment fou. Heureusement que j'ai entendu parler de cette affaire.
 - C'est vrai que vous m'avez sorti de là. Et je n'oublie pas Madame Berjaud, je n'oublie pas...
 - Jocelyne... C'est vrai que c'est un peu à cause d'elle que nous nous sommes rencontrés. La vie, tout de même, que de surprises...
 - Oui, je revois Jocelyne assise dans le hall de l'hôtel de Paris attendant son père. Elle était un rien cachée par son Marie-Claire. Vous savez, chaque fois qu'elle lit son magazine, encore aujourd'hui, je pense à ce moment. Et c'est Jocelyne qui me parla de Royan en premier et de son amie vivant là-bas.
 - Je comprends, nous étions toutes deux de bonnes amies... Elle vous avait emmené chez son oncle pour acheter des nouvelles chaussures. Elle était vendeuse pour l'été. Que de bons souvenirs.
 - Oui, et un petit secret Madame Berjaud... je ne peux toujours pas acheter de chaussures sans qu'elle me donne son avis !
 - Ah ! Cela ne m'étonne pas Monsieur Lestrade !
 - Mais vous, pourquoi avoir changé d'hôtel ? Pourquoi êtes-vous venue travailler de l'hôtel de Paris à l'hôtel Beau Rivage ?
 - Disons que j'aime le changement et que... mon mari est le propriétaire ! En fait, vous êtes le seul ici à encore m'appeler par mon nom de jeune fille, je m'appelle Chatagneau maintenant... Eh oui !
 - La belle affaire ! Eh bien, on dirait que Royan c'est la ville de l'amour.
 - Oui ! C'est drôle ! Promettez-moi de m'amener votre fils un jour.
 - Promis je viendrai avec le petit Gilles. Alors, au revoir Madame... Chatagneau, au revoir.
 - Pierrette, appelez-moi Pierrette et le bonjour à Jocelyne !
 - Je n'y manque pas. Alors au revoir Pierrette.
Jean-Michel traversa la rue, trouva sa Traction-Avant couverte de poussières dues aux travaux de la rue. Il enfourna sans doute pour la dernière fois ses plans et ses cahiers de calculs sur Royan dans le coffre. Il regarda la plage, la rue, le ciel. Il fut étonné pendant quelques secondes de la taille et de la forme de l'arbre esseulé sur le trottoir. On aurait dit qu'il aurait été planté à l'envers. Il regarda les panneaux de Jean Prouvé sur la façade du Palais des Congrès. Il reviendrait à l'hôtel Beau Rivage c'est sûr. D'abord parce qu'il en avait fait la promesse et puis aussi parce que c'est à Royan qu'il avait fabriqué sa vie. Sur le siège passager, un hochet en plastique tout neuf faisait sonner ses clochettes à chaque virage. Il n'avait qu'une hâte, retrouver Gilles et Jocelyne à la maison.

par ordre d'apparition :
-Royan, Hôtel Beau Rivage, édition eliophot.
-Royan, le Palais des Congrès, Berjaud éditeur. On remarquera la similitude de point de vue avec cette autre carte postale vue ici.