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dimanche 21 mai 2017

Pragmatisme du lamellé-collé

J'aime le lamellé-collé.
J'aime cette technique peu valorisée finalement en France alors que, curieusement, elle est très présente. Si on chante les structures de béton, les voiles minces, il est peu commun de dire la grande beauté technique et aussi esthétique du lamellé-collé.
Faisons exception, regardons une belle réalisation :


Nous sommes à Brive-la-Gaillarde sous le marché couvert Georges Brassens. La carte postale est une édition IN'EDITE et la photographie est de Jean Daniel Sudres pour Scope. La carte postale est animée comme on dit chez les collectionneurs c'est-à-dire qu'elle est remplie de la vie du lieu. C'est une époque pas si lointaine où l'on pouvait photographier les gens sans que cela ne pose de problème de droit à d'image. Mais si j'aime cette présence, j'aime aussi beaucoup les cageots et cagettes de marché posés sur le sol, venant de manière amusante raconter finalement la même chose que la charpente en poutres de lamellé-collé. Comment faire structure avec un minimum de matériau, ici, le bois ? Il y a bien dans la réunion des deux objets une poésie du moment. Sur le sol, un contenant usé, réutilisé, chargé et peu valorisé, le cageot, au-dessus de la tête, une structure belle croisant les appuis et les traversants, laissant passer la lumière. On remarque en effet la très grande clarté de ce lieu couvert. On remarque aussi la minceur des poutres et la grande simplicité du dessin donnant toute la force et l'agrément de ce marché couvert. Ici, pas de gesticulation inutile, pas d'effet de style trop marqué mais un pragmatisme heureux et sobre qui laisse à la vie toute la place. Nous ne trouvons pas le nom de l'architecte, dommage.
"Le discours est le visage de l'esprit."


Ce n'est pas moi qui le dis mais le correspondant de cette carte postale Combier nous montrant le gymnase Raymond Aubertin de Villeparisis. Le photographe est venu de suite, juste à la fin de la livraison du gymnase. Regardez, la barrière n'est pas terminée, l'arbre est tout frêle. Et, partout, le bleu déteint sur l'image, comme si le ciel venait rejoindre l'architecture. Les fuyantes accentuent la courbe de la charpente, elle aussi, en lamellé-collé. Il fallait du pas cher, du couvrant, du solide et sans doute aussi quelque chose de rapide à monter. L'architecte, Monsieur Trannoy a bien répondu au cahier des charges. On a construit son gymnase avec ce pragmatisme et c'est tant mieux.
Quelques années plus tard :


La barrière est posée, la haie a poussé, l'arbuste a pris ses aises. Les efforts des corps ont dû, à l'intérieur du gymnase, produire des joies et des douleurs. Les garçons ont mis leur short blanc si court. Le photographe des éditions Abeilles-Cartes a-t-il vu le vieux cliché de son concurrent pour reprendre ainsi avec obstination le même point de vue ? Est-il le même photographe ayant changé de maison d'édition ? Pourquoi cette persistance ? Y-aurait-il un point de vue idéal sur une architecture aussi simple, aussi nécessaire, aussi touchante ?
Je ne sais pas. J'imagine.
J'imagine.
On pourra peut-être un jour le demander à Monsieur Rolf Walter, le photographe de cette carte postale pour Lyna et qui est devenu sur ce blog une véritable star.
Je ne résiste pas d'aller en Google Car voir ce que tout cela est devenu. On s'amusera de coller sur la vue de la Google Car la carte postale. Persistance du point de vue, je vous disais.








mardi 23 avril 2024

Le vide parfaitement tenu à sa place

 Il est toujours délicat d'expliquer pourquoi on a (ou pas) une émotion spatiale dans un lieu. Certainement aussi parce que le mot émotion est toujours un peu douteux, galvaudé, usé par l'émotivité ambiante, contre-carré par la raison et débouté de toute intelligence.
Alors quand un objet de peu se permet, par son image, de vous donner un sentiment de plénitude, d'espace on est souvent dépités devant sa propre émotion.
Quel est donc ce mystère ?
Nous avions déjà ressenti ça académiquement un peu ici et nous avions tenté de l'expliquer :
Mais là, l'objet est assez loin de mes préoccupations puisqu'il d'agit d'un manège d'équitation pour un club de sport : l'UCPA de Segonzac.
J'ai immédiatement aimé cet espace, la lumière qui le baigne, la demi-lune qui encadre le paysage au fond et, comme le font les échos d'une pierre lancée dans l'eau, les courbes en lamellé-collé  qui couvrent cette espace tranquille.
La tonalité chaude qui baigne ce lieu est servie par des lumières crues en ligne tombant du haut, le rai de lumière accentuant la perspective et la fuite du regard vers l'ouverture : arbres, ciel.
Mais que raconter architecturalement de ce genre de lieu ? Que dire ? On note que l'éditeur APA-Poux ne nomme pas d'architecte car il est possible que ce soit surtout une architecture d'un constructeur bien plus que d'un architecte. On imagine la fierté de l'entreprise ayant produit les arches en lamellé-collé pour ce lieu, les joies du chantier, voir l'espace, arche après arche se définir.
On note d'ailleurs la finesse de chacune des arches, leur maigreur. Est-ce pour cela qu'elles furent ainsi multipliées et que cette répétition régulière rythme si bien ce ciel de bois ?
J'entends aussi l'architecture. Je veux dire que l'image produit une certaine idée du son qui l'habite, un son fait d'échos, de profondeur, de gravité où les pas des chevaux feutrés par le sable et la sciure font une musique tranquille.
L'architecture c'est pourtant bien aussi ces objets simples, pratiques, pragmatiques. Un terrain à couvrir pour une activité quelconque : pas ici de désir d'image de soi pour un architecte vaniteux, juste le besoin et la fonction : tout est en ordre.

Et sans aucun doute que ce qui prend le plus d'importance dans cette superbe carte postale c'est le vide parfaitement dessiné, le vide parfaitement tenu à sa place.
C'est bien ce qui fait les grandes architectures ou, au moins, les belles images d'une architecture.



dimanche 9 novembre 2014

Cylindre divin, cylindre porteur




L'architecte Murat (dont je ne sais rien) a dessiné cette Chapelle St-Dominique Savio à Epinay-sur-Orge.
Du moins, c'est ce que nous affirment avec beaucoup de détails les cartes postales Combier toutes datées par l'éditeur de 1969.
Depuis cette carte postale de l'extérieur on est d'abord frappé par l'aspect tendu et ferme de l'ensemble dont le cylindre et les deux verticales aux coins arrondis forment l'essentiel de l'événement architectural.
À mieux y regarder, on devine pourtant que cette fermeture est percée dans toute la hauteur du cylindre d'une ligne qui laisse entrer la lumière. On perçoit d'ailleurs aussi la charpente qui déborde de cette ligne et nous raconte déjà en quelque sorte le mode de construction.
L'ensemble est en tout cas relativement anonyme à sa fonction, aucune croix, aucun vitrail, aucun signe ne dit qu'il s'agit d'une chapelle. Seuls, les éléments constructifs, par leur jeu formel, racontent sans doute l'habitude d'un campanile contre une forme basse.





Entrons :



Entre les bancs se place le photographe qui se tourne vers l'autel d'une blancheur immaculée. Mais ce qui fait déjà l'événement architectural c'est bien l'étoile des poutres en lamellé-collé qui viennent se rassembler comme un ciel de bois chaleureux sur un petit cylindre, poteau porteur de cette charpente. La convergence des lignes emmène donc le regard du croyant et du visiteur vers le point essentiel de ce lieu et de sa cérémonie : l'autel.



C'est habile et efficace car la liaison entre structure et symbolique est ici parfaite et simple aussi dans sa lecture. Et, certainement aussi, grâce au lamellé-collé, c'est en plus parfaitement économique. On notera que le cylindre est rétro-éclairé par un puits de lumière.
Rapprochons-nous :



Cette troisième carte postale nous permet de mieux jouir du mobilier religieux d'une très grande simplicité. Regardez les sièges (?) à la gauche de l'autel qui ne sont que des cubes de marbre blanc. Tout cela est net, blanc, et assez époustouflant comme une œuvre d'art minimaliste d'Artschwager ou de Sol LeWitt ! Il suffirait pour ce faire de nettoyer l'image de tous les signes religieux.





Deux bouquets de roses rouges déposées là sans doute par un ou une fidèle donnent un peu de poésie touchante à cette radicalité superbe.
Le blanc agit sans doute comme un écran sur lequel la cérémonie vient en appui. Les gestes, les paroles, les voix viennent alors en écho contre cet espace et deviennent le centre même de l'architecture et de sa raison d'être. Raison, oui.
La beauté simple mais savante d'un jeu de lumière ordonnées sur des formes géométriques définit l'architecture de Monsieur Murat.
On peut encore se promener dans Épinay-sur-Orge et constater ces qualités.





samedi 26 octobre 2013

À Joinville-le-Pont, tous deux nous irons

Il y eut d'abord le saisissement d'une espace en noir et blanc puis sous ses arches gigantesques, une admiration sans faille pour la technique du lamellé-collé.



Nous sommes à Joinvillle-le-Pont dans le Hall d'athlétisme grâce à une carte postale Real-Photo dont le photographe est Jacques Pezé. La carte fut expédiée en 1965.
Les petits personnages donnent bien l'échelle de cette construction dont, si le dessin en est simple, simplicité d'une grande beauté dans laquelle seul l'exploit technique fait espace. Une architecture technique, sobre faite d'un besoin à combler, où la nécessité fait loi.
Une cathédrale de l'effort physique.
Encore :



Sur cette carte postale toujours depuis une photographie de Jacques Pezé cette fois aux éditions Cicéro, on peut surtout admirer la succession des 23 arcs en lamellé-collé que l'on doit à l'entreprise Bermaho pour le compte de l'architecte G. Bovet. Une fois encore, je vous laisse juger de la taille de l'ensemble par la présence d'un personnage… 89 mètres de portée entre les points d'appui...
Un tel exploit technique ne laissa pas Architecture d'Aujourd'hui indifférente et la revue offre une double page à cette réalisation spectaculaire en 1964.
On y apprend que les arcs ont voyagé par la route en convoi exceptionnel… on aurait aimé voir ça !
Tout cela donne envie d'aller faire du sport, de tout donner, à fond, à fond, allez, plus vite, plus haut, plus fort ! Comme si l'architecture des sports devait elle aussi, montrer ses limites, bander ses muscles !











samedi 24 décembre 2016

Rodéo à Fosses

Ou alors :


La carte postale est une édition Abeille-Cartes pour Lyna. On sait comment cette maison d'édition a fait un vrai travail d'inventaire de l'élan constructif de la Banlieue et de la Région Parisienne étendue. On notera que le procédé Lynacolor indiqué au dos de la carte postale ne nous dit rien sur ses particularités mais laisse percevoir dans son cliché une belle application à rendre le réel, même si on sent bien un franc et net nettoyage de l'image.
L'éditeur ne nomme pas le photographe ce qui est toujours regrettable surtout devant le beau et bien construit cadre photographique. Ici, solidement, sans peur, avec comme seul programme, celui de donner à voir au mieux, le photographe prend le recul nécessaire pour que l'objet soit dans sa plénitude dans l'image. Ce resserrement ne permet aucune vraie contextualisation de l'objet architectural avec la ville mais permet de le lire pour ses qualités. L'évidence ici étant que la construction est neuve, nouvelle dans le paysage, qu'elle raconte l'équipement d'une ville, ici Fosses (Val d'Oise) et que les habitants ou les visiteurs de passage auront plaisir à montrer et partager cet élan constructif, de dire que, dans ce gymnase tout neuf, les enfants viennent ici depuis la rentrée apprendre le Judo ou faire du basket.



On notera comment le photographe peu gêné par le lampadaire à tout de même fait un pas de côté pour que la verticale de celui-ci ne vienne pas se coller sur l'angle même du gymnase. On notera enfin la belle qualité du bâtiment lui-même, posé sur des pilotis, permettant ainsi un rattrapage de la légère pente et soulageant aussi le poids visuel. L'effet de transparence est d'ailleurs visible à droite et on aimera comment en fait, cette terrasse de béton permet de poser dessus une construction plus légère en lamellé-collé. Les tirants en métal donnent un rythme triangulé du plus bel effet.



On regrettera vivement que le nom des architectes ne soit pas donné. On regrettera de ne pas le trouver.
Enfin, amateur de Renault, j'ai plaisir à trouver sur le bord du trottoir une Rodéo en stationnement. Seule voiture, garée un peu vite sur le trottoir, pourrait-elle être la voiture du photographe ?
J'en suis certain.




La Renault Rodéo c'est la Méhari en mieux car plus brutale, plus dure, moins chic.
Désolé Marc.
La Renault Rodéo c'est la laideur assouvie d'un travail de tâcheron du design, c'est la gloire de l'efficace, la forme pleine d'un désir de faire d'abord avec ce que l'on a déjà, châssis, moteur, accessoires. La Renault Rodéo c'est la R.N.U.R, ( prononcez r'nure) c'est une automobile d'état, de la Régie, de la nationalisation, de la fierté ouvrière. La Méhari c'est pour les dames sur les dunes de la Grande Motte et les trottoirs de La Baule, la Renault Rodéo, c'est pour les champs, la livraison du marché matinal, la cour de la ferme, le maraîcher de Martot. La Rodéo, ce n'est pas pour faire Vintage, ce n'est pas pour le parisien à l'île de Ré. La Renault Rodéo elle pourrit dans les cours, elle pourrit tout court. La Renault Rodéo c'est de la bagnole, pas de l'automobile. La Renault Rodéo c'est ce qu'il me faut. De la lenteur, du vacarme, des pannes, de l'indulgence et quelque chose qui déchire les vêtements quand on s'assoit, qui s'embue, qui givre à l'intérieur.
La Renault Rodéo c'est la vie.
La Renault Rodéo c'est du brutalisme, du vrai.

Extrait du catalogue Renault 1976 :





lundi 24 août 2015

La Vierge des pauvres a trouvé son abri

Revenons sur le projet d'église à Nancy au Haut-du-lièvre.
Nous allons voir que parfois les projets et le réel donnent bien à voir un écart certain dont la réalité finale peut même être un rien décevante.
Commençons :



Cette carte postale est du type de carte de souscription pour alimenter et défendre la prochaine érection de l'église de la Vierge des pauvres du Haut-du-lièvre. On y voit dans le noir profond du studio la maquette de cette église, maquette incroyable pour une architecture étonnante. L'image et l'architecture, avouez-le sont saisissantes !
On notera que l'architecte est nommé au verso : D. A. Louis.
Que proposait l'architecte ? Sur un socle dont l'entrée est enterrée devait être posée une succession de couronnes se réduisant vers le ciel pour former une coupole couronnée d'un treillis métallique pouvant faire penser à une couronne d'épines. Le cinétisme de l'ensemble provient de la répétition du module et de l'ouverture dont on imagine que la lumière devait apparaître après la descente de l'entrée comme une révélation spatiale.



On note à gauche un petit édicule supportant la croix qui devait avoir le rôle de signal pour ne pas dire de campanile, nous ne voyons pas de cloche. La lumière sur la maquette étant particulièrement dramaturgique comme des phares de voitures venant en éclairer l'entrée, la photographie de cette maquette apporte si ce n'est un grand champ esthétique au moins la certitude d'un événement architectural, d'un geste. Le photographe n'est nommé que par ses initiales : J. V.
On attend donc à la vue de ce projet une réalisation audacieuse et originale mais :



Cette carte postale multi-vues de cette même église va nous permettre de relativiser cette audace. D'abord réjouissons-nous de retrouver notre Vierge ici abritée enfin dans son église. Puis à sa droite une image de l'intérieur de l'église et notamment de sa charpente nous permet de saisir l'écart entre la maquette et le réel !







Si la charpente en lamellé-collé est d'une grande beauté, le moins que l'on puisse dire c'est bien qu'elle s'est assagie par rapport au projet. Que s'est-il passé entre la projection du rêve et la réalité ? Difficulté technique ? Discorde esthétique ? Manque de moyens financiers ? On se retrouve donc avec un plan circulaire dont s'élève une couverture reprenant l'image de la tente si chère à Vatican 2 mais ayant abandonné le cinétisme de la première version. On retrouve un peu l'histoire de l'église Saint Jean de Grenoble. Mais ne soyons pas trop déçus et admirons tout de même le reste de cette église que nous donnent à voir les autres détails. D'abord son espace circulaire extrêmement chaleureux grâce à son ciel de bois et dont la lumière court tout le long de la jointure entre son socle de béton (?) et son toit. Puis le mobilier et l'ensemble décoratif et les surprenants reliefs sculptés des murs donnent à l'ensemble une vraie modernité, une beauté un rien naïve parfois. L'éditeur Combier nomme bien l'architecte D. A. Louis, elle fut expédiée en 1967.
Pour finir cette visite du moment, voici un espace incroyable :



Nous sommes bien dans cette même église de la Vierge des Pauvres. Les éditions de l'Europe ne précisent pas l'objet de cet espace particulier mais nous pourrions facilement identifier le baptistère. L'effet cryptique dont surgit une lumière circulaire rebondissant sur le bleu du point d'eau est vraiment surprenant. Comment ne pas être également surpris et séduit par les murs en très haut relief granuleux qui m'évoquent quelques temples mayas ! Il s'agit en tout cas d'une vraie expérience spatiale, d'un vrai moment architectural dont l'image sert sans doute, dans la perte de l'échelle, le mystère. Quels autres lieux que nos églises modernes et contemporaines ont ainsi pu nous offrir des espaces architecturaux aussi abstraits, déterminés, curieux ?
Si nous faisons un petit tour sur Google Earth nous retrouvons notre église de la Vierge des pauvres. Et comme souvent, quelque chose de ce réel objectif d'une Google Car sans jugement nous serre le cœur. Pourtant, elle est là, la Vierge des pauvres, ouverte, offerte si j'ose dire. Et dans ce lieu, semi- enterrée, elle offre encore sans doute son rôle premier, un espace à part, hors du monde mais aussi en son cœur. J'aimerais y faire un tour.






mercredi 17 juillet 2013

Une surface plane en un certain ordre assemblée

 Voilà une fois encore, une carte postale qui sait faire preuve dans sa composition d'une grande radicalité :



Et, une nouvelle fois, ce sont les éditions Raymon qui nous proposent cette incroyable composition avec la piscine d'Aulnay sous Bois.
Prenons quelques instants pour regarder ce cadrage d'une charge contemporaine parfaite.
D'abord une frontalité évidente qui compose en deux masses la photographie. Une bande verte égale est donnée par la haie qui bloque complètement le regard sur le bas de l'image agissant comme un socle puissant à la forme de ladite piscine qui viendra se déployer au-dessus. On ne sait plus si on doit dire dessus ou derrière d'ailleurs.
La piscine décline sa couverture qui semble se plier pour entrer tout juste dans le cadre et venir même frôler le bord de droite. Bon Dieu que c'est serré ! On n'oubliera pas d'ailleurs d'admirer aussi cette architecture pour ce qu'elle est, une belle parabole hyperbolique en lamellé-collé. Regardez comme la diagonale droite de son toit vient barrer l'image et former ainsi deux triangles qui se répondent parfaitement, un grand ouvert sur l'intérieur et un plus petit qui nous montre la toiture.
Si comme l'affirme Maurice Denis : "La peinture n'est qu'une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.", il faut croire que parfois, la photographie de cartes postales rejoint cette naissance d'une abstraction !
Comment ne pas voir là l'évidence d'une photographie plasticienne et anonyme en action ?
Comment ne pas être certain face à ce genre photographique populaire de son influence sur la photographie contemporaine ?
Il y a sans doute chez de nombreux photographes de cartes postales une intuition d'un art plus sophistiqué et aussi sans doute plus revendicatif de sa valeur artistique. A-t-il pour cela moins de valeur ? Comment déterminer la part de choix et de désir de faire une image s'inscrivant dans le registre de l'Art ou d'une image porteuse avant tout d'un sens plus fruste ?
Car on peut aussi s'amuser de la proximité de cette photographie avec les superbes frontalités froides d'un Frédéric Lefever ou plus proche encore dans le cas ici d'un premier plan végétal radical avec la série Citadelles de Alan Aubry dont les haies normandes forment à l'évidence une géométrie d'auto-défense, la superbe ouverture sur le monde des habitants des lieux !





samedi 5 avril 2014

Frei Otto, l'astronomie

Il existe peu d'architectes comme Frei Otto qui ont réussi a lier l'ingénierie et l'esthétique, l'architecture et la poésie.
Peu qui ont su avec un travail acharné et précieux mettre en évidence la leçon de la nature sans tomber dans les revers d'une écologie baba cool inutile, grotesque et formelle.
Frei Otto a regardé le monde. Ce n'est plus très à la mode en ce moment dans l'architecture qui regarde un peu trop le pragmatisme.
Le poids, la gravité, la tension, la portance, l'équilibre et aussi l'énergie stabilisée sont partout dans ses constructions, comme ils sont partout dans l'astronomie.
Je reçois par la Poste une belle carte postale multi-vues envoyé par Claude et qui nous montre ça :



La carte postale Kruger ne nous donne rien de plus que ces images !
Il s'agit pourtant des très beaux et puissants aménagements des jeux olympiques de Munich par Frei Otto. Certes, nous sommes un peu loin dans ses minuscules photographies pour lire l'ensemble structurel de cette construction mais on devine tout de même sa radicalité. Je ne m'étendrai pas sur cela car vous trouverez sur cette icône allemande de l'architecture toute une somme d'informations sans difficulté.



On pourra utiliser les mots de membrane, toile d'araignée, tissu, voile, résille, tension, flexion, courbes, contre-courbes, force... et ambition !
Cela reste l'une des très rares expériences de ce type de construction à cette échelle qui perdure encore aujourd'hui.
Mais l'échelle de cet ensemble ne permet sans doute pas aux photographes de cartes postales d'en saisir la totalité ce qui les oblige à s'en éloigner alors que, avouons-le, nous aimerions en voir des détails !
Un autre exemple :



Cette belle carte postale Lengauer nous montre également le stade olympique. Là également, finalement peu d'informations sur cette carte qui ne nomme aucun architecte ni d'ailleurs, et c'est étonnant pour ce genre d'objet, ne mentionne quelque exploit technique que ce soit !
C'est tout naturel en Allemagne...



Mais au fait, sommes-nous certains que Frei Otto est l'architecte ? Ce qui est amusant c'est que dans le numéro d'Architecture d'Aujourd'hui de février 1968, le projet est annoncé vainqueur alors que nulle part dans l'article le nom de Frei Otto ne soit prononcé.
Par contre on y retrouve bien l'architecte Behnisch associé à Auer, Büxel, Trankner et Weber. Pourquoi Frei Otto n'est-il pas nommé ?
Mais ma collection de cartes postales me permet de retrouver aussi l'architecte Behnisch sur une autre très belle architecture :



Nous sommes à Dortmund cette fois et ici pas d'acier mais du bois lamellé-collé. La forme hyper-tendue, la puissance équilibrée, tout nous rappelle Frei Otto.
Comme un auvent immense, comme une toile rigidifiée, la forme surplombe le sol, retenue par un pilier et des tirants faisant l'effort. Derrière ce beau morceau s'élève un monstre : la tour Florian.
Et si on peut chanter les différences évidentes entre les deux constructions, j'aimerais m'attarder sur leurs points communs. Des œuvres qui tiennent debout par le génie des ingénieurs, par la poésie de structures assumées, par l'exubérance de la nudité de cette structure donnée à voir.