dimanche 15 novembre 2015
Soyez citoyens, soyez mobilisés !
Bonjour à tous,
Difficile.
Toujours difficile de reprendre.
Mais voilà, je crois que l'action est le meilleur remède.
Nous avons déjà raconté ici le scandale de la destruction du Mirail, œuvre majeure de Georges Candilis et notamment de son université, éradication faite par les architectes Valode et Pistre associés à Cardete & Huet qui s'imaginent pouvoir en ne laissant rien garder l'esprit.
Allez lire leur texte sur leur projet, c'est d'une drôlerie... Un genre mixte superbe allant de la citation de Candilis au gothique en passant par l'inévitable et moderne canopée... Ce texte merveilleux et si intelligent nécessitait bien l'aide de Michel Serres...
http://www.v-p.com/fr/projects
On rigole et juste après on a honte.
Sur une ruine, peut-on vivre ce qui a disparu ? Va-t-on nous vendre la réalité augmentée, augmentée de la démagogie d'une politique d'éradication adossée à la pensée d'un vieux philosophe du star système ?
Méditons, méditez...
Je reçois donc à nouveau une alerte, cela sera sûrement la dernière avant la ruine totale, l'échec complet de la protection du Patrimoine moderne à Toulouse et sa région. Cela sera le signe de ce qui attend le Patrimoine moderne dans cette région, cela sera la preuve de l'inefficacité des institutions ayant laissé faire. Cela sera la preuve qu'être architecte aujourd'hui c'est écraser du pied l'héritage de la Modernité sans remord aucun, vraiment sans remord. Que vous a-t-on appris ?
Échec du désir ou échec d'un fonctionnement des institutions ?
Alors vous pouvez agir.
Comme moi vous aimez visiter les lieux, vous aimez relire des vieux numéros des revues d'architectures, vous en faites des sites, vous aimez le vintage comme vous dites, vous aimez chiner la période qui est perdue, vous aimez visiter des expositions d'architecture, vous en achetez les catalogues et surtout vous les lisez, vous aimez en faire de l'art contemporain, du Design, vous aimez enseigner cette période, vous faites des blogs, vous aimez faire comprendre qu'il y avait là du génie et surtout de l'humanisme, vous n'aimez pas avoir du regret lorsque la disparition a eu lieu sans vous, alors vous devez agir, agir vite, maintenant, sans retard.
Soyez citoyens, soyez mobilisés !
Signez la pétition, partagez-la, parlez autour de vous de ce scandale, de cette bêtise ! Ne les laissez pas faire dans le silence ! Faites-le MAINTENANT !
Cela sera utile, croyez-le ! Soyez vivants !
Soutenons l'inititiative "les 101 patios du Mirail"
Comité de Vigilance Brutaliste.
Nous nous permettons de reprendre complètement l'appel ci-dessous :
Non à la politique de la table rase à la fac du Mirail !
Si ce message ne s'affiche pas correctement, suivez ce lien :
http://www.mesopinions.com/petition/art-culture/politique-table-rase-fac-mirail-preservation/13741
Chers amis du campus de Candilis, Josic et Woods au Mirail,
Vous avez signé la pétition "Non à la politique de la table rase à la fac du Mirail ! Pour la préservation et la rénovation d’un ensemble de bâtiments de Candilis."et nous vous en remercions.
Pour plus d'efficacité, nous avons créé une association, "Les 101 patios du Mirail" pour relayer notre demande de préservation et pouvoir être considérés comme un interlocuteur par les instances de l'université.
Nous concentrons nos efforts désormais sur un bâtiment placé à l'entrée du campus et qui est un des seuls encore debout, le seul par ses dimensions à être pleinement représentatif du travail sur la trame, grâce notamment à ses 7 patios. Il s'agit du bâtiment 18.
La revue d'architecture AMC a consacré, dans son numéro de septembre, un dossier à la démolition-reconstruction du campus du Mirail. Il est bien fait et il est désormais accessible en ligne. En outre, elle a initié un débat sur son site internet.
Nous vous invitons à y participer et à y déposer des réactions. Vous pouvez y accéder grâce au lien suivant:
https://www.amc-archi.com/photos/a-toulouse-l-universite-du-mirail-de-candilis-sera-t-elle-completement-rasee,3264/le-candilis-ce-qui-reste-du-b.1
Nous vous tiendrons au courant des prochaines rencontres et événements autour de notre revendication.
Les 101 patios du Mirail
Quelques extraits de la revue l'Architecture d'Aujourd'hui mai/juin 1968 :
samedi 14 novembre 2015
Rouen à la hauteur du Havre
Jean-Michel avait bien mis une vingtaine de minutes avant d'avoir accès à ce point de vue.
Il avait obtenu l'autorisation de la Société Lanfry grâce à l'intermédiaire de René Fernez pour cette ascension du clocher de la Cathédrale de Rouen qui lui permettait surtout de regarder la Tour des Archives pour laquelle il avait donné un sérieux coup de main pour la conception même si, comme Michel Ragon, il pensait que cela était curieux d'opter pour une tour comme choix de conservation des archives. Mais elle était belle cette tour, plantée un peu seule dans cette ville si martyrisée pendant la dernière guerre. Elle affichait une modernité implacable face à la Cathédrale dont l'hétérogénéité des époques lui donnait pourtant une singularité qui signait le profil de la ville de Rouen, fière de ce clocher métallique du 19ème siècle, précurseur lui aussi d'une modernité de l'architecture du métal.
La lumière douce et un rien brumeuse faisait disparaître la rive gauche de Rouen au loin. Les gargouilles semblaient vouloir mordre les immeubles de la Reconstruction et Jean-Michel Lestrade regardait avec attention cette ville qu'il avait l'habitude de traverser pour se rendre au Havre depuis Paris....................................................
........................Dès qu'il avait entendu la nouvelle du décès d'Auguste Perret, Jean-Michel se décida à faire un aller-et-retour au Havre pour voir l'avancée du chantier de cette ville. Il trouva que c'était là la seule forme d'hommage possible, visiter le dernier chantier du maître français du béton. La route fut un peu longue et la Traction donnait quelques signes de faiblesse. En arrivant à Rouen, il fit une halte et constata là aussi l'avancée de la Reconstruction de la ville. Il ne savait pas à ce moment-là qu'il aurait bientôt à participer à un énorme chantier dans la ville aux cent clochers. La traction ayant refroidi, il repris la route.
Il aimait ainsi, seul, tracer son chemin vers ses objectifs architecturaux. Jocelyne ne lui demandait jamais où il allait mais s'inquiétait toujours au retour d'où et quoi il avait pu manger le midi. Derrière le pare-brise, Jean-Michel regardait le paysage de ce bord de Seine défiler dans les courbes du fleuve. Tout y était sinueux. Il trouva soudain, dans une lucidité éclairante qu'il avait de la chance. Il sentait que l'automobile et son énergie étaientt aussi faites de sa vivacité à lui, de son envie de fonder quelque chose, de participer à cet élan de l'époque, d'oublier les ruines. Sur le bord de la route, il repéra un homme chemise ouverte, un mouchoir noué sur la tête comme un chapeau qui faisait des signes à proximité d'une 4cv fumante. Jean-Michel freina à ses côtés et l'homme ouvrit la portière :
- Oh merci ! Pouvez-vous m'aider ? Je vais au Havre ? Je suis en panne...
- Oui, bien sûr mais peut-être n'est-ce pas trop grave ? Avez-vous vérifié votre niveau d'huile et d'eau ?
- Ba, euh... enfin j'y connais rien... Je suis pas doué pour la mécanique...
- Je regarde, voulez-vous ?
- Oh oui ! merci, je m'appelle René, René Fernez.
- Eh bien bonjour René, moi c'est Jean-Michel. Alors, voyons...
Le capot ouvert, Jean-Michel vérifia quelques niveaux. Bien vite il repéra le problème. Une fuite au radiateur.
- Rien de grave. Je vais vous dépanner. On va attendre un peu que le moteur refroidisse et je vais remettre de l'eau. Vous ferez une pose régulièrement pour en remettre. Je vous laisserai mon bidon. Vous pourrez sans trop de soucis aller jusqu'à un garage pour faire réparer cela. Je vais vous suivre.
- Vraiment ? je suis confus, c'est gentil. Vous êtes sûr que cela ne vous dérange pas ?
- Non, on est presque au Havre maintenant. Je vais visiter le chantier.
- Mais je travaille sur ce chantier, j'ai rendez-vous ce matin avec Audigier pour...
- Vous connaissez Audigier ?
- Oui... je m'occupe entre autres de la gestion des matériaux et ce matin je devais voir avec lui quelques détails pour l'église...
- ...Saint Joseph ?
- Oui... mais... enfin... vous avez l'air de bien connaître tout cela vous êtes dans le métier ?
- oui, un peu... je suis ingénieur en structures, je travaille aussi parfois sur de tels chantiers et j'ai beaucoup d'admiration pour Perret alors quand j'ai appris la nouvelle, je suis venu.
- Rappelez-moi votre nom ?
- Lestrade, Jean-Michel Lestrade.
- Royan vers 51...
- Oui presque... 53
- 53 ! J'étais jeune, je vous ai rencontré sur le chantier du front de Mer, vous êtes l'un des types qui dormait dans le chantier, cela faisait rire tout le monde !
- Non ? Mais c'est tout de même incroyable ! Je vous rassure, aujourd'hui je dors dans des hôtels !
- Ah ! Je m'en doute, c'est une joie de vous revoir. J'habite au Havre, si vous voulez venir à la maison ce soir cela serait un vrai plaisir. Je peux même vous faire une visite du chantier. Vous voulez ?
- Oui mais remettons d'abord de l'eau dans ce radiateur et ce chiffon bouchera un peu la fuite. Remettez en route !
La 4cv démarra sans souci. Les deux hommes regagnèrent chacun leur véhicule, Jean-Michel se mit juste derrière et suivit René Fernez qui roula doucement. Il ne dut faire que deux petits arrêts avant de garer son véhicule juste devant le chantier de l'église Saint-Joseph.
À peine sorti de la petite auto, un ouvrier vint à sa rencontre :
- Ba alors Monsieur Fernez on dirait bien que vous avez une 4cv à vapeur !
- Oui, Arturo, vous avez raison. J'ai une fuite au radiateur et sans ce monsieur je ne serais jamais arrivé !
- On va s'en occuper Monsieur Fernez, les gars vont la remorquer jusqu'aux entrepôts. là-bas, Raymond il vous fera la réparation. Soyez tranquille.
- Merci Arturo. Peut-on faire un tour sur le chantier ? Monsieur Lestrade voudrait voir ça de près.
- Euh sans doute mais il va se salir le monsieur.
- N'ayez crainte je connais ça par cœur, répondit immédiatement Jean-Michel.
Les trois hommes regardèrent la 4cv partir remorquée par une Frégate et ils se dirigèrent vers le chantier. Jean-Michel fut emmené partout par René. Ils mangèrent ensemble dans l'un des premiers appartements livrés. René raconta le bombardement, la peur, la ruine et l'espoir. Jean-Michel appela Jocelyne. Il ne repartirait que le lendemain pour Paris.
Saint-Joseph montait vers le ciel. Sa base solide attendait sa tour. Perret ne la verrait pas. Depuis elle dit la fierté d'une ville et d'une génération.
Par ordre d'apparition :
- Rouen, vue sur la nouvelle cité administrative, la tour des archives. Éditions la Cigogne.
- Le Havre, vue panoramique vers le Boulevard François 1er. Éditions Galf 1956.
dimanche 8 novembre 2015
Székely actualités
40 ans !
Elle est encore toute jeune la Dame du Lac !
Depuis longtemps maintenant, ici, nous défendons l'œuvre de Pierre Székely dont le travail prolifique est connu et reconnu au travers de nombreuses cartes postales publiées sur ce blog : plus de 20 articles !
La liste est longue de ses œuvres mais c'est vrai que j'ai une admiration toute particulière pour la Dame du Lac à Evry-Courcouronnes.
Cette sculpture a (avait...) une particularité très spéciale puisque c'est également un mur d'escalade ! D'une grande qualité plastique sachant jouer des influences du sculpteur et de la nécessité pratique de sa fonction, la Dame du Lac est donc l'un des éléments identitaires d'Evry. Une exposition retrace donc en ce moment son histoire et il est grand temps qu'enfin cette municipalité s'occupe des arts intégrés à sa ville car, pendant une période récente, la valse avait un tempo marqué par les marteaux-piqueurs...
Allez voir là :
http://www.agoravox.fr/actualites/info-locale/article/a-evry-monsieur-vals-renove-36789
Espérons une restauration rapide de la Dame du Lac et surtout qu'enfin, on puisse de nouveau l'escalader, la grimper, jouir du point de vue qu'offre son ascension. C'est bien d'avoir de la hauteur à Evry.
Pour les infos :
http://www.agglo-evry.fr/La-Communaute-d-agglomeration/Actus-et-Agenda/40-eme-anniversaire-br-de-la-Dame-du-lac
Je vous propose une nouvelle carte postale nous montrant cette Dame du Lac d'un peu loin certes mais intégrée dans son paysage :
L'éditeur Image Chouette nous indique que nous sommes à...Courcouronnes la ville qui détruit les œuvres importantes de Paul Chemetov. Il est parfois difficile en effet de savoir exactement dans quelle ville nous sommes !
Le photographe est nommé, il (ou elle) s'appelle D. Planquette et décide donc d'inscrire la ville au fond de la verdure et de placer la Dame du Lac au milieu du cliché. On devine de minuscules silhouettes en train de l'escalader.
Voulez-vous revoir une autre carte postale ?
Oui ?
Allez...
On notera qu'il s'agit du même éditeur Image Chouette et du même Photographe D. Planquette.
J'ai bigrement envie de revoir le film avec Victor Lanoux ou il s'entraîne sur la Dame du Lac pour faire un cambriolage !
En voici une autre, par contre inédite sur ce blog :
Cette sculpture de Pierre Székely est nommée au verso de la carte postale : Danse Solaire. Elle faisait partie de l'ensemble Renouveau à la Roche Béranger près de Chamrousse, aujourd'hui détruit je crois. On aimera bien évidemment la sculpture mais aussi la manière dont elle est photographiée, enneigée et très serrée dans le cadre ! Qu'est devenue cette sculpture ? Cette carte postale de Jean Bevalot fut expédiée en 1963.
Il se trouve que l'actualité de Monsieur Székely est riche puisque je reçois également de la part de Maria Székely un avis de vente aux enchères d'une partie importante de l'œuvre de son père. La vente aura lieu à PIASA le 25 novembre, le catalogue est en ligne ici :
http://www.piasa.fr/pdf/catalogue/151027_pierre_szekely.pdf
J'aurais aimé avoir assez de moyens pour m'offrir le char de la page 2 ou bien l'une des estampes !
Alors à tous les collectionneurs, amateurs de l'œuvre de Monsieur Székely, je vous conseille un petit tour à la salle des ventes ou à Evry pour continuer à admirer une œuvre qui a su être populaire, ouverte et généreuse et qui ne méritait pas l'humiliation honteuse de Grand Quevilly.
mercredi 4 novembre 2015
Brasilia, ombre portée
J'avais envie de vous montrer que les villes se construisent parfois de rien, je veux dire pas de la ville elle-même.
Brasilia a surgi sur ordre avec ordre.
Sur ces cartes postales des éditions Foto Postal Colombo, on la voit naître, immense, ambitieuse, dessinée et encore en chantier.
C'est l'émotion de ce surgissement qui m'a toujours séduit chez elle. Elle s'impose. Il ne servira à rien de fouiller son sol à la recherche de fondations anciennes. Elle est ses fondations.
La première nous montre la Cathédrale en chantier et sa couronne d'épines posée sur le sol de terre battue et retournée. Incroyable image d'une architecture et d'une ville dans le moment même de son invention. Aurions-nous dû arrêter le chantier dans ce moment ? Aurions-nous dû maintenir l'architecture dans son état de sculpture ? J'aurais voulu la voir à ce moment-là, exactement. Encore un rêve, déjà présente, presque trop tard. Rouler sur les routes, bouffer de la poussière d'un chantier à l'autre, suivre Niemeyer en Jeep et sentir l'élan. Putain !
Voir monter de la forêt éradiquée une capitale ! Qui a vu ça ? Qui ?
Je ne sais pas si (je ne crois pas) j'irai un jour. Car ce jour sera trop loin de cet état qui lui, dans ma construction imaginaire est maintenu par les images, par les photographies, par l'Homme de Rio, par ma nostalgie impitoyable à mon monde.
Brasilia.
Brasilia.
En fait, alors même qu'elle est construite, et d'une certaine manière parce qu'elle est achevée, Brasilia a pour moi disparu.
Disparition d'une ville au moment même de son apparition. Est-ce possible ?
Dans ma main, deux photographies populaires imprimées pour le partage d'un moment d'une ville me disent que j'ai raison dans mon imaginaire mais certainement tort dans la réalité.
Ça sera tout pour aujourd'hui.
Brasilia a surgi sur ordre avec ordre.
Sur ces cartes postales des éditions Foto Postal Colombo, on la voit naître, immense, ambitieuse, dessinée et encore en chantier.
C'est l'émotion de ce surgissement qui m'a toujours séduit chez elle. Elle s'impose. Il ne servira à rien de fouiller son sol à la recherche de fondations anciennes. Elle est ses fondations.
La première nous montre la Cathédrale en chantier et sa couronne d'épines posée sur le sol de terre battue et retournée. Incroyable image d'une architecture et d'une ville dans le moment même de son invention. Aurions-nous dû arrêter le chantier dans ce moment ? Aurions-nous dû maintenir l'architecture dans son état de sculpture ? J'aurais voulu la voir à ce moment-là, exactement. Encore un rêve, déjà présente, presque trop tard. Rouler sur les routes, bouffer de la poussière d'un chantier à l'autre, suivre Niemeyer en Jeep et sentir l'élan. Putain !
Voir monter de la forêt éradiquée une capitale ! Qui a vu ça ? Qui ?
Je ne sais pas si (je ne crois pas) j'irai un jour. Car ce jour sera trop loin de cet état qui lui, dans ma construction imaginaire est maintenu par les images, par les photographies, par l'Homme de Rio, par ma nostalgie impitoyable à mon monde.
Brasilia.
Brasilia.
En fait, alors même qu'elle est construite, et d'une certaine manière parce qu'elle est achevée, Brasilia a pour moi disparu.
Disparition d'une ville au moment même de son apparition. Est-ce possible ?
Dans ma main, deux photographies populaires imprimées pour le partage d'un moment d'une ville me disent que j'ai raison dans mon imaginaire mais certainement tort dans la réalité.
Ça sera tout pour aujourd'hui.
dimanche 1 novembre 2015
Jean Prouvé sur le pont
Continuons de regarder des constructions menacées en Région Haute-Normandie et plus particulièrement en Seine Maritime.
Hier, je suis allé à Dieppe pour voir le pont tournant Colbert, œuvre de génie civil de Paul Alexandre, d'une grande force et d'un intérêt patrimonial doublé car si ce pont est en lui-même une exception architecturale il est accompagné d'une cabine dessinée par Jean Prouvé.
Une telle rareté devrait, pensez-vous avec justesse, être depuis longtemps classée, restaurée, repérée par les services compétents et défendue comme un lieu permettant dans un même regard de voir le traitement du métal de deux manières différentes et significatives de leur époque. Une sorte de leçon du métal mélant l'imaginaire d'un Jules Verne avec celui de Spirou. Bref, un rendez-vous étonnant de génies de la construction et de l'ingéniérie en un seul lieu géographique. Comment peut-on passer à coté de cela ?
Ce lieu que je sache n'est pas perdu dans la campagne, inconnu, jamais vu, il est utilisé (et utile donc...) tous les jours par des citoyens profitant largement de cet objet architectural. Dieppe est une ville riche en Patrimoine, ouverte au mélange des styles et elle peut être fière de son passé et de son présent. Alors pourquoi ce ratage ? Comment font-ils pour être ainsi aveuglés à leur patrimoine ? Heureusement, comme d'habitude, il faudra que des citoyens amoureux et surtout semble-t-il surtout instruits à leur Patrimoine se mobilisent pour remuer un peu et éclairer ceux-là même qui devrait faire le travail d'éducation à ce Patrimoine...On rigole.
Je vous invite donc vivement à soutenir ces citoyens en vous rendant sur leur site ici :
http://www.pontcolbert.fr/a-propos-du-pont/
Signez la pétition, s'il vous plait :
http://www.pontcolbert.fr/comment-nous-aider/#petition
Vous aurez en plus toutes les informations techniques et historiques sur cet ouvrage superbe.
Mais j'avoue avoir un peu peur car nous sommes en Région Haute-Normandie dont on sait maintenant comment elle s'occupe du Patrimoine moderne et contemporain.
Une nuit, nous viendrons, si nécessaire, démonter la cabine de Jean Prouvé.
Voici quelques cartes postales de ce bel ouvrage. Comme c'est un objet puissant et peu commun les éditeurs en ont fait beaucoup de cartes postales. Je vous en propose trois qui ne sont certe pas rares mais qui donnent bien à voir l'intérêt de ce pont pour les dieppois.
Cette première est une édition de la Compagnie des Arts Photomécaniques et nomme le Pont tournant du Pollet. Il s'agit d'un tirage tardif et de piètre qualité d'une photographie plus ancienne que l'on trouve abondamment. On voit le pont se refermant après le passage d'un gros voilier. On devine la cabine qui n'est pas encore celle dessinée par Jean Prouvé.
Beaucoup plus proche de nous dans le temps :
Comment ne pas succomber au charme de cette image ? La carte postale est une édition La Cigogne en photographie véritable qui doit datée du milieu des années cinquante. Elle permet de voir la superbe et massive structure de métal du pont. On devine aussi la séparation piéton-automobile.
Et voici une troisième carte postale :
On retrouve presque le point de vue de la première mais sur celle-ci, on devine la cabine de Jean Prouvé déjà construite sur cette édition GALF. Là aussi quelle ambiance ! Le pont referme le chenal après le passage des petits voiliers.
J'ai eu la chance hier d'assister à l'ouverture du pont et d'en faire une petite vidéo. Je fus très surpris par l'incroyable silence et calme qui accompagne le mouvement de cette masse d'acier. Pas un grincement, pas un bruit, le pont tourne tranquillement sur son axe. C'est magnifique ce mouvement et tous ces mécanismes faisant leur travail sans heurt : une puissance tranquille.
Allez vite voir ça, on ne sait jamais...
Il va sans dire que la destruction de ce pont et de sa cabine serait une erreur patrimoniale grave et que ceux qui en seront responsables le seront au regard de tous.
Quelques photographies prises hier :
Hier, je suis allé à Dieppe pour voir le pont tournant Colbert, œuvre de génie civil de Paul Alexandre, d'une grande force et d'un intérêt patrimonial doublé car si ce pont est en lui-même une exception architecturale il est accompagné d'une cabine dessinée par Jean Prouvé.
Une telle rareté devrait, pensez-vous avec justesse, être depuis longtemps classée, restaurée, repérée par les services compétents et défendue comme un lieu permettant dans un même regard de voir le traitement du métal de deux manières différentes et significatives de leur époque. Une sorte de leçon du métal mélant l'imaginaire d'un Jules Verne avec celui de Spirou. Bref, un rendez-vous étonnant de génies de la construction et de l'ingéniérie en un seul lieu géographique. Comment peut-on passer à coté de cela ?
Ce lieu que je sache n'est pas perdu dans la campagne, inconnu, jamais vu, il est utilisé (et utile donc...) tous les jours par des citoyens profitant largement de cet objet architectural. Dieppe est une ville riche en Patrimoine, ouverte au mélange des styles et elle peut être fière de son passé et de son présent. Alors pourquoi ce ratage ? Comment font-ils pour être ainsi aveuglés à leur patrimoine ? Heureusement, comme d'habitude, il faudra que des citoyens amoureux et surtout semble-t-il surtout instruits à leur Patrimoine se mobilisent pour remuer un peu et éclairer ceux-là même qui devrait faire le travail d'éducation à ce Patrimoine...On rigole.
Je vous invite donc vivement à soutenir ces citoyens en vous rendant sur leur site ici :
http://www.pontcolbert.fr/a-propos-du-pont/
Signez la pétition, s'il vous plait :
http://www.pontcolbert.fr/comment-nous-aider/#petition
Vous aurez en plus toutes les informations techniques et historiques sur cet ouvrage superbe.
Mais j'avoue avoir un peu peur car nous sommes en Région Haute-Normandie dont on sait maintenant comment elle s'occupe du Patrimoine moderne et contemporain.
Une nuit, nous viendrons, si nécessaire, démonter la cabine de Jean Prouvé.
Voici quelques cartes postales de ce bel ouvrage. Comme c'est un objet puissant et peu commun les éditeurs en ont fait beaucoup de cartes postales. Je vous en propose trois qui ne sont certe pas rares mais qui donnent bien à voir l'intérêt de ce pont pour les dieppois.
Cette première est une édition de la Compagnie des Arts Photomécaniques et nomme le Pont tournant du Pollet. Il s'agit d'un tirage tardif et de piètre qualité d'une photographie plus ancienne que l'on trouve abondamment. On voit le pont se refermant après le passage d'un gros voilier. On devine la cabine qui n'est pas encore celle dessinée par Jean Prouvé.
Beaucoup plus proche de nous dans le temps :
Comment ne pas succomber au charme de cette image ? La carte postale est une édition La Cigogne en photographie véritable qui doit datée du milieu des années cinquante. Elle permet de voir la superbe et massive structure de métal du pont. On devine aussi la séparation piéton-automobile.
Et voici une troisième carte postale :
On retrouve presque le point de vue de la première mais sur celle-ci, on devine la cabine de Jean Prouvé déjà construite sur cette édition GALF. Là aussi quelle ambiance ! Le pont referme le chenal après le passage des petits voiliers.
J'ai eu la chance hier d'assister à l'ouverture du pont et d'en faire une petite vidéo. Je fus très surpris par l'incroyable silence et calme qui accompagne le mouvement de cette masse d'acier. Pas un grincement, pas un bruit, le pont tourne tranquillement sur son axe. C'est magnifique ce mouvement et tous ces mécanismes faisant leur travail sans heurt : une puissance tranquille.
Allez vite voir ça, on ne sait jamais...
Il va sans dire que la destruction de ce pont et de sa cabine serait une erreur patrimoniale grave et que ceux qui en seront responsables le seront au regard de tous.
Quelques photographies prises hier :
vendredi 30 octobre 2015
Sauvons l'église de Serqueux avant que...
6 mai 2026
Dernière minute ! Urgence absolue ! Menace imminente !
On apprend hier que le préfet aurait signé la destruction de l'église de Serqueux.
Si cela s'avère vrai c'est une honte absolue et une perte inestimable pour l'architecture du Vingtième Siècle !
Pire c'est l'aveu d'impuissance et d'inutilité du Label Architecture Contemporaine Remarquable et classement en Normandie puisque dans cette région on a déjà assisté au déclassement de leur titre de Monument Historique des Verre et Aciers de Marcel Lods, voilà qu'aujourd'hui c'est cette église qui est attaquée ainsi.
Bien entendu tout cela se fait sous les yeux des autorités patrimoniales (autorités bien peu efficientes en fait) et avec leur complicité ?
Après la destruction de l'église Sainte Bernadette du Grand Quevilly celle de Serqueux montre bien comment l'Art Sacré contemporain est traité en Normandie par ses institutions. On notera que cela fait donc deux constructions en fusées céramiques qui sont donnés aux pelleteuses. On dirait bien que la Région Normandie et ses institutions culturelles veulent en faire une vraie rareté sur son territoire en supprimant le plus possible les expressions de cette technique soit exactement l'inverse de sa...mission de sauvegarde. Chapeau la Région Normandie, Chapeau bas.
30 octobre 2015
Oui.Sauvons l'église de Serqueux.
Après le scandale de la destruction de l'église Sainte Bernadette de Grand-Quevilly, seule autre représentation en Seine Maritime du système de construction en fusée céramique, il est hors de question que celle de Serqueux ne puisse être restaurée et classée dans un département dont la liste des outrages vis-à-vis de l'architecture moderne et contemporaine commence à être longue : Niemeyer au Havre, église de Grand-Quevilly, le pont tournant de Dieppe (nous en reparlerons bientôt), l'église Saint Nicaise de Rouen, l'abandon du chef-d'œuve de Mottini devant l'école d'architecture et j'en passe certainement...
La Seine Maritime un département oublieux de son Patrimoine moderne et contemporain ? Oui, maintenant c'est clair et limpide.
L'église de Serqueux tout comme celle de Grand-Quevilly est faite pour l'essentiel d'une très belle voute parabolique constituée de fusées céramiques, système intelligent et rare. Une flèche fine posée en campanile hors de la construction vient lui donner son élan, la signaler. Ce campanile d'une très grande qualité de dessin par sa finesse et par le jeu des formes entre elles suspend un cube contenant les cloches. Le reste de la construction se répand sur le sol dans un dessin en arc de cercle. Il s'agit là de la mise en œuvre par Michel Percheron son architecte d'une grande simplicité, d'une pureté même d'un ensemble religieux moderne, bien marqué par son époque qui mérite toute notre attention.
Regardons cette carte postale des éditions SOFER sans nom de l'architecte Michel Percheron ni nom du photographe :
On notera que la carte postale est colorisée et que le sol de la parcelle de l'église est très largement couvert d'un rouge un rien surjoué. Qu'importe !
On se réjouit de la vue de cette église posée là dans son village et offrant tous ses services dans une modernité acceptée et aimée.
Alors, j'apprends que des mesures de sécurité sont prises car l'église semble fatiguée. Espérons que cette fois les autorités de la conservation du Patrimoine en Haute Normandie, les autorités politiques locales et les citoyens de Serqueux feront le nécessaire pour sauver ce seul et dernier exemple maintenant de ce type de construction en Seine Maritime.
J'avoue que vu la dernière expérience et l'inaction en marche de ces autorités patrimoniales en Haute Normandie et les petites démagogies politiques qui l'accompagne, je crains le pire.
Ça sent la grignoteuse.
ce que dit la PQR :
http://www.paris-normandie.fr/detail_communes/articles/4133062/l-eglise-de-serqueux-necessite-de-lourds-travaux#.VjOFpqSjv-Y
Quelques images prises par votre serviteur, il y a un an maintenant sous un soleil bas d'hiver normand...
On perçoit très bien ici les fusées céramiques formant les voûtes et qui sont bien similaires à celles de l'église Sainte Bernadette Grand-Quevilly.
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