mardi 23 avril 2019

Le Grand Verre is Hard, is French.

Dans l'exploration qui semble sans fin des cadrages des élans constructifs des Trente Glorieuses, nous ne cessons d'en découvrir des improbables, des inattendus, des audacieux et même des incongrus dont la réalité soudaine éclaire bien mieux qu'on ne veut le raconter l'originalité d'un art populaire : la carte postale.
Est-ce d'ailleurs l'art lui-même ou bien la richesse de l'époque (étalant le pittoresque nouveau de la Modernité sous les fenêtres préfabriquées des H.L.M encore joyeux) qui prodiguent ce désir de se mettre à côté, hors du monde facile de l'attendu d'un genre ?
(David tu délires)
Vous ajouterez que le photographe, simple à sa fonction, acteur de son point de vue, a la liberté de fabriquer une grande consommation d'images car l'époque est à cette consommation, à la richesse, aux possibles tentatives perdues dans le commun.
Le voilà, notre photographe qui s'autorise, Madame l'Historienne du logement social, qui s'autorise à l'originalité et même à l'art. Il s'autorise même, ce photographe (de peu) à une forme d'art qui nous déborde aujourd'hui, celui d'un simple jouisseur de l'œil.
Et il régale, il régale, il régale, le photographe, il régale l'histoire de la photographie que les historiens obligés aux catégories oseront qualifier de vernaculaire.
Walker Evans est toujours utile pour faire des fiches à ceux qui ne regardent pas.

Voilà, trêve de blablas auto-satisfaits :


Oui.
Le photographe des éditions Alix est entré dans le bâtiment, dans la cage d'escalier pas encore occupée par les cerbères des ventes illicites, les héros populaires d'aujourd'hui, les fournisseurs de l'oubli de notre monde fatigué.
Il s'est retourné et il a visé le Monde depuis l'intérieur...
Dans un temps pas si lointain, ce que nous dit ce photographe resté anonyme c'est que la cage d'escalier était encore un espace public, ouvert, autorisé, sans digicode car la porte s'ouvrait alors avec un simple bonjour, l'altérité vraie de la voisine heureuse de vous voir, du jeune curieux du métier de photographe, du gamin espiègle mais lucide, du gardien récalcitrant.
Beauregard portait bien son nom à Poissy.
L'éditeur nous donne aussi l'information que la prise de vue est faite depuis la Tour d'Aigremont. Voilà qui est précis, qui place le cadre, qui raconte la vérité du génie du lieu. Ici et maintenant comme nous disait en première année des Beaux-Arts de Rouen Monsieur Chaplain.
Ici et maintenant cette vue serait impossible. Et tout le monde sait pourquoi.
Les poignées de cette porte toute de verre se posent dans la perspective profonde de la rue, montrant le grand ordre d'un urbanisme solide et ouvert, spatial, quasi ambitieux. Un grand Ordre qu'aujourd'hui on renie. On renie tous les ordres d'ailleurs. Le flou des vérités est à la mode. Comment ne pas ainsi faire plaisir à Claude Lothier qui verra dans cette projection des lignes la parfaite illustration de la nécessaire et utile découverte de la perspective, elle aussi si attaquée. Pourtant, les parallèles se touchent bien au bout de la rue. Pourtant c'est érotique ce frottement des lignes, pourtant cela nous permet bien d'y être.
La photographie c'est le réel. Voyez-vous. C'est le réel. Et je vous emmerde les relativistes des images.
(David... Arrête...)
La blancheur des barres, le soleil partout pourtant sous un ciel nuageux donnent à ce moment une grâce, un silence, une tranquillité qu'un seul mot peut décrire : l'urbanité.
Et le fils que je n'ai pas eu et auquel j'aurais tant voulu donner le prénom d'Urbain me manque terriblement.
Je lui aurais montré ce monde et celui qu'on lui, qu'on nous refuse aujourd'hui. Sans doute est-il mieux ainsi ce fils, perdu dans une autre dimension où tout ce que je dessine comme désir ou comme nostalgie de ce désir est plus beau que la réalité d'un Macron, d'une Sibeth Ndiaye, formidables aveux de la médiocrité des communicants.

Alors plus rien ne m'arrête, c'est fou ça, ah c'est fou ça....





L'architecte de ce monde est le grand Gustave Stoskopf. Le grand, l'imparable.
Dans la bibliothèque de l'Agence Lestrade, Walid me trouve ça.
Ce livre, vous ne l'aurez pas.
C'est l'un des plus beaux de cette bibliothèque. L'un des plus beaux livres d'architecture.
Car il est la contradiction parfaite à ce monde qui n'est plus qu'autosatisfaction d'opinions d'architectes venant vendre leur avis sur la Beauté avant d'aller vomir leur plat de spaghettis sur la Maison du Peuple de Clichy.
Car c'est la contradiction parfaite à ce monde qui n'est plus qu'autosatisfaction d'opinions d'architectes venant vendre leurs théories festivo-troskystes culturelles d'une mitterrandie fatiguée en remodelant selon la démagogie du moment la beauté des barres. Castro, après tout, c'est aussi le nom d'un dictateur mort.
Car les mots les plus importants utilisés par Monsieur Gustave Stoskopf dans sa préface sont des mots que les architectes patentés des plateaux de télé ne connaissent plus : dévouement et humilité.
Ce grand album (30x30cm) est d'une qualité éditoriale sans faille. On notera la magnifique qualité de reproduction des photographies toutes en noir et blanc. Remercions les photographes Biaugeaud et A. Bommer qui ont un métier sûr et une poésie parfaite. L'arbre vient toujours jouer. Si vos archives traînent quelque part, Messieurs...
Le livre est édité en 1972 par le Service Commercial Organique de Relations Européennes.

David Liaudet (texte), Walide Riplet (commentaires), Jean-Jean Lestrade (photos), Maurce G. Dantec (tonalité) Claude Lothier (patience et orthographe), Jul (fond sonore)
Pour revoir Beauregard et Monsieur Stoskopf :
https://archipostcard.blogspot.com/2009/05/un-gros-mimi.html
https://archipostcard.blogspot.com/search/label/Monsieur%20Stopskof

Alors regardons la Beauté d'un Monde perdu :

















































































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