samedi 22 septembre 2018

L'une des plus belles par Gérard Guillat

Ce dimanche, sur un stand comportant une dizaine de boîtes à chaussures pleines, je tombe là-dessus :






































J'ai immédiatement aimé cette image, cette photographie, cette carte postale.
J'ai aimé les trois ensemble.
Ma surprise première fut de trouver représentée, aussi clairement et directement (on reparle de ça) la Faculté de Tolbiac, chef-d'œuvre français de Messieurs Andrault et Parat que nous aimons beaucoup sur ce blog.
En effet, pour l'instant, alors que le duo d'architectes est assez bien représenté en carte postale, rares sont celles qui, aussi franchement, montrent l'une de leurs créations, et pas l'une des moindres.
Alors ?
Remercions de suite le photographe, car, ici, chance parfaite, il est nommé : Gérard Guillat.
Et alors là...
Là, d'abord, je découvre que Monsieur Guillat a travaillé pour Claude Parent et qu'il a photographié un grand nombre de ses architectures ! Incroyable indice que je prends comme un signe du ciel ! 
Gérad Guillat semble avoir beaucoup photographié l'architecture et on trouve son nom dans des Fonds photographiques qui sont consacrés à cet Art. Je m'étonne même de ne pas avoir rencontré son nom plus tôt. Si vous tapez son nom sur un moteur de recherches vous tomberez immanquablement sur Malick Sidibé qui travailla chez lui...
On aimerait en savoir plus sur Monsieur Guillat.
Quelle chance de pouvoir tirer ce fil.
On a donc affaire à un homme du métier qui connaît son sujet, sait établir avec l'architecture un regard particulier, précis et ici, pour cette carte postale, extrêmement  poétique. Oui, poétique.
Il y a ce grand miroir qui reflète Tolbiac et qui ne semble être là que pour cela, ne laissant que peu de signes pour s'identifier en tant qu'architecture et assumant son rôle de réflecteur. Pourtant ce miroir est bien une façade, elle-même architecture. On devine alors que le photographe joue ce rôle étrange d'entremetteur entre ces deux architectures : celle donnant l'image et s'oubliant dans le reflet du Monde et celle reflétée qui, en quelque sorte prend le pouvoir de cette image. Une présence oublieuse d'elle-même, un écran.


L'autre superbe idée de cette image c'est bien ce jeune homme qui regarde, tête levée, l'architecture de Andrault et Parat, en étant très proche de la façade, oubliant que ce miroir qui le reflète est aussi transparent sur son autre face. Pas de doute, cette présence est composée, construite. On aime que le photographe trouve un angle pour ne pas lui-même apparaître dans ce miroir, disparaissant, comme pour nous laisser seul devant l'événement du miroir. Pour le reste...
Que de qualités !
Admirons les tons chauds de l'image, les plages colorées parfaitement bien construites, laissant ce bronze et ce brun monter partout, justement équilibrés par le bleu du ciel et l'éclat plus orangé du soleil passant sur la façade en béton architectonique en haut à droite.



























































Quelle composition !
Mais qui est ce jeune homme dont la silhouette est si bien marquée par son époque ? Et, autre question importante, où est donc placé Monsieur Guillat pour faire cette image ? On cherche ensemble ?
Nous sommes bien rue de Tolbiac. Ma promenade par Google Earth ne me permet pourtant pas de retrouver ce grand pan de verre réfléchissant situé, forcément en face. On reconnait bien le motif de béton des immeubles des Olympiades sur la photographie mais le traitement des accès et du rez-de-rue ne semble plus correspondre. Ce morceau d'architecture aurait-il disparu ? C'est possible, j'irai voir.
L'autre chose qui m'étonne dans cette photographie de Monsieur Guillat c'est la présence de deux lampes (?) faisant deux auréoles jaunes dans la vitre.












Il ne me semble pas possible qu'elles soient à l'intérieur de l'immeuble, à l'arrière de la vitre de cette
façade.
À moins qu'elles n'éclairent l'intérieur ? Est-il possible que depuis ce point de vue, elles soient situées à l'extérieur, offrant au photographe une lumière supplémentaire sans être visibles depuis le dehors et n'apparaissant alors que comme reflets ? Mon compte-fil ne me permet pas de lire les pieds des lampes ni, d'ailleurs, encore plus étrange, la présence du photographe...
On retrouve là toutes les interrogations soulevées ici :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/leffet-blade-runner.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/08/un-homme-et-la-lumiere.html
http://archipostcard.blogspot.com/2011/07/le-piege-de-lombre.html

Revenons à l'objet éditorial. La carte postale en question est une carte éditée par SNC, Société Nationale de Construction, dont le siège social nous est indiqué : 58, rue des Dessous des Berges à Paris dans le même arrondissement. On note que cette carte servant à envoyer des vœux pour 1977 nomme bien le lieu du cliché mais plus curieux, oublie de nommer les architectes, Messieurs Andrault et Parat, ce qui, pour une Société Nationale de la Construction apparaît comme bien peu délicat. D'ailleurs, y-a-t-il un lien direct entre cette SNC et la construction de la Faculté de Tolbiac ?
D'autres questions restent en suspens : comment cette carte postale était-elle distribuée ? Monsieur Guillat a-t-il produit une photographie spécialement pour ce projet éditorial (et donc orienté son image en ce sens) ou a-t-il fourni l'un de ses nombreux clichés d'architecture ?
Bien entendu si le photographe lui-même ou ses proches pouvaient nous éclairer, cela serait parfait.
Par chance, dans cette boîte à chaussures, il y avait deux exemplaires de cette superbe carte postale. J'ai acheté les deux, la beauté, multipliée, diffusée à l'époque de la reproductibilité technique ne perd rien de son aura, quoi que puissent en penser certains.
Je vais ranger cette image, la protéger, la chérir comme l'un des plus beaux témoins de ce que l'image peut dire du Monde et de l'architecture contemporaine en particulier.
J'aime les images.



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