mardi 27 mars 2018

Le Corbusier, génie, certes, mais génie civil

Je suis certain que si je trouvais une personne ne connaissant pas Le Corbusier et que je lui montrais cette carte postale en lui demandant de quoi il s'agit, cette personne pourrait bien sans trop de difficultés me dire qu'il s'agit d'un échangeur d'autoroute ou d'un pont :


Et ce serait bien normal car tout, dans le dessin des piliers, pardon... des pilotis de la Cité Radieuse de Marseille, évoque cet univers du génie civil. La massivité, les angles arrondis, les banchages, les nervures bien apparentes, les poutres de liaisons, l'angle même des piliers, pardon... des Pilotis nous y font croire. Et d'ailleurs une visite sur place, ne retire rien à cette sensation d'un déplacement de programme, comme si, pour d'abord accéder à des logements, nous devions nous rendre à pied sous un échangeur, un peu comme lorsqu'on se perd dans une zone industrielle.
Pourquoi sommes-nous là ?
J'avoue, et cela fera bondir quelques aficionados de Corbu, que j'ai toujours trouvé ces piliers, pardon... ces pilotis un peu bas et ne permettant pas réellement au regard de traverser l'espace entre la terre et le ciel. Ce désir de transparence, laissant certes, la circulation se faire et agissant comme un immense préau souvent investi judicieusement par les enfants, manque un rien d'élan, de suspension, bref de gracilité que l'on pourrait attendre de pilotis, pardon... de piliers soutenant cette masse immense.
La carte postale des éditions Ryner (écrivez-moi) nous donne quelques informations.
On note l'utilisation ostensible du mot pilotis qui sont donc 34 et on nous informe même qu'ils sont creux, sans doute pour provoquer l'étonnement face à une légèreté possible que l'image d'une massivité renie. Cette image que produit le béton lorsqu'il est ainsi clos en carapace est souvent utilisée par les architectes, posant ainsi le regard sur une force qu'il ne faut pas médire mais que l'œil accepte comme un fait et non comme une réalité technique. Le béton est une coquille, pas un rocher.
N'oublions pas que ces piliers creux sont eux-même reliés en sous-sol à une construction invisible faite de reprises de charges de piliers souterrains. Le vrai génie civil de la Cité Radieuse est aussi là, sous cette aire de jeux des enfants, ignorant que les forces gravitationnelles s'amusent sous leurs pieds.
Oui.


Peut-être que parmi ces enfants, certains bien sages auront reçu en cadeau le petit livre de Jacqueline Lallemand, Petite Histoire de la Construction, qui par ses illustrations de Pierre Belvès nous raconte et nous montre les enjeux du bâtiment et de l'industrie du ciment. Ce livre daté de 1958 est d'ailleurs une édition du Syndicat National des Fabricants de Ciments et Chaux Hydrauliques.
Sur sa couverture, et seulement là, Pierre Belvès nous montre le chantier de la Cité Radieuse de Marseille. On y voit les pilotis sous coffrage et une première tranche de l'immeuble. Une chose m'étonne c'est que l'illustrateur a laissé visible l'excavation au premier plan et posé les pilotis comme pris dans le creux des fondations. Le niveau du sol n'étant pas à sa place, oubliant les semelles d'appui. Est-ce moi qui ne comprends pas bien le dessin de Pierre Belvès ? Est-ce une sorte de raccourci graphique lui permettant de montrer l'essentiel pour un livre d'enfant ?
On notera la très belle qualité de ce dessin, sa gracilité et la parfaite mise en page de cette couverture.
Qui maintenant vous parlera aussi de la visée sur le paysage, celle découpée au fond de la photographie, un peu flou, un peu loin, encadrée par l'implacable succession des piliers ? Comment cet effet visuel de zoom (merci Claude Lothier pour ton expérimentation brillante) a-t-il pu chez certains habitants engendrer doutes et amusements sur les lois de la Perspective ?









































































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