samedi 19 mars 2016

Bastin Belge Brutaliste



En français, un bastaing est une poutre solide utilisée en construction.
Il semble que chez nos amis belges il en soit presque de même.
Nous allons regarder, (et découvrir pour moi), l'œuvre superbe de Monsieur Roger Bastin, architecte belge qui a construit, entre autres, à Floreffe, un somptueux séminaire venant s'adosser à une construction plus ancienne. On verra qu'il fait preuve d'une audace folle, d'une radicalité sans fard dont le génie tient à sa parfaite articulation au terrain très difficile, à son sens des vues, à sa capacité à construire des espaces articulant les fonctions entre elles tout en donnant à voir l'essentiel : le construit.
Sur cette première carte postale (en haut de cette page) on peut déjà se réjouir de ces deux blocs de béton brut dont le banchage des planches est subtilement dessiné, alternant horizontales et verticales. On aimera aussi comment les masses grises donnent des pans aveuglés et des grandes baies en suspendant d'ailleurs les blocs fermés au-dessus des ouvertures laissant l'œil hésiter à la réalité de ce poids en suspension.





Le photographe de cette carte postale comprend bien l'espace architectural de Monsieur Bastin, car, en quelque sorte, il coupe son cadre en deux, offrant à la moitié gauche, la nature, les arbres, les hommes qui se mettent au soleil et à la moitié droite, le béton, les masses, la minéralité et le verre reprenant dans un reflet le jardin en écho. La carte postale est une édition Nells et Thill qui ne donne pas le nom de son photographe mais nomme bien Monsieur Bastin comme architecte.
Regardons une autre carte postale de cette œuvre majeure :




Toujours par Thill pour Iris, cette fois, et en couleur, voici la belle et infinie barre du séminaire de Floreffe, avec son bloc des aînés comme le nomme l'éditeur.
On pourrait devant une telle radicalité faire silence.
On devine pourtant ici très bien le remarquable travail de l'architecte, comment il a su placer son architecture sur ce terrain et en articuler les pentes et les terrasses, faisant littéralement enfoncer une moitié du bloc des aînés dans le terre-plein. La beauté vient aussi de la régularité, de la permanence de la façade donnant l'illusion d'une infinitude, comme si elle pouvait ainsi sans obstacle, fuir à l'envi dans le paysage belge.



Le jeu des petites ouvertures presque modestes, presque en retenue s'opposant à la saignée des pans de verre de l'assise ajoute aussi au poids puissant de l'ensemble. Là également, le traitement de surface du béton est visible, il est d'une très grande qualité et devient un motif. Les courbes du premier plan, celles du jardin, viennent un rien adoucir l'ensemble.
Et la nature ? Regardons :




Quelle image ! Quelle architecture !
De ce point de vue, impossible de penser que ce carré de béton fendu de verre se prolonge en une barre très longue. On voit une forme pure venant s'enfoncer par un coin dans la pente, presque comme une cognée dans une bûche.




Comment ne pas comprendre alors que ce contraste saisissant est la beauté même mettant en relation le chaos d'une végétation un rien chétive donnant la sensation qu'elle est apeurée avec une géométrie solide de lignes, de diagonales, d'aplats et de creux. On notera que le photographe réussit depuis ce point de vue à mettre en contraste la nouvelle architecture et l'ancienne.
Et le paysage ? Regardons :




Un premier plan végétal ombré puis un jardin de vert tendu, puis un trou au centre donnant sur le paysage au loin. L'architecture de Monsieur Bastin à droite discute avec celle de l'ancien séminaire. Que se racontent-ils ? Chacun se jalouse, chacun aime la différence de l'autre, chacun reste à sa place accordant au contraste la valeur suprême de leur existence. On n'est jamais content de ce que l'on est, on trouve toujours chez l'autre, les qualités qui nous manquent. Comme il doit être joyeux et serein de pouvoir, en traversant ce gazon bien entretenu, jouir ainsi de deux mondes.
On espère vivement en apprendre plus sur Monsieur Roger Bastin. On espère rapidement retrouver ses architectures sur des cartes postales ou dans le réel. On espère aussi que l'architecture moderne et contemporaine belge vit des heures meilleures que celle de France.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Bastin

http://www.couvin-histoire.be/ViewArticle.php?ref=014A00015



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