Je commence toujours comme ça : je dis ce que je vois et ma surprise à le voir.
Voir n'est pas un crime, les images ne nous trompent pas tant que cela.
J'ai toujours eu, d'abord et avant tout, confiance en elles.
Alors devant ce petit lot de cartes postales de la Z.U.P (n'ayez pas peur, ça va bien se passer) de Borny à Metz, je me demande pourquoi donc toutes ces vues sont des vues aériennes ? Qu'avaient donc compris, éditeurs et photographes, de cette architecture pour qu'il faille exiger qu'elles soient perçues depuis l'avion ? On sait comment Marcel Lods (si mal aimé encore, surtout à Rouen) était un aviateur qui aimait prouver l'efficacité de son architecture par quelques vues aériennes de son oeuvre. ici, ce n'est pourtant Marcel Lods qui régale mais Jean Dubuisson, oui le grand, l'implacable Jean Dubuisson que nous aimons tant sur ce blog.
Alors ? Que voit-on ? Que sommes-nous sensés comprendre de cette Z.U.P qu'une vue depuis le sol ne dirait pas ?
Que veut dire Françoise qui envoie cette carte postale en 1976 à son correspondant allemand à Berlin ?
Sans aucun doute l'échelle.
Car ce que cette édition Fink nous montre c'est l'immensité de cette cité et son installation dans la plaine qui s'étend si loin. On y voit la magnifique disposition des barres infinies contre-carrées par des tours. On y voit bien là comment l'urbanisme moderne dans un pays comme le nôtre qui adore les villes fortifiées et les Bastides a su réécrire cette histoire d'une architecture dont l'infini de ses répétition, l'accord parfait avec l'horizon bas d'une plaine, le désir de faire beau, dans un ordre si français (entre Le Nôtre et Corbu) font un (grand) ensemble d'une beauté et d'une audace radicale qui coupent le souffle, comme le feront les Hauts du Lièvre par exemple ou le Havre de Perret. C'est d'une telle beauté cette écriture ample, autorisée, programmée qui donne à voir ainsi une discipline non pas autoritaire mais poétique. Oui, c'est ça : une discipline poétique.
"Ici, on se trouve bien." Voilà comment Françoise écrit son rapport à cette architecture. A-t-elle vu que la carte postale nous montre sa Z.U.P encore en chantier ?
Et Josée ? Qu'a-t-elle voulu dire à Catherine en choisissant cette autre vue aérienne des éditions Combier ?
Rien finalement qui nous concerne. Sa vie. Elle a fait une minuscule croix pour indiquer où son frangin habite. Il m'a fallu lire la correspondance pour m'en apercevoir. Discrétion de la projection dans l'espace de Dubuisson. Là encore, l'avion est haut pour prendre presque dans sa globalité la Z.U.P de Borny en travaux. La carte fut expédiée en 1973.
Et les deux cartes que voici nous montrent la greffe des petits plots de béton posés comme des micro-processeurs sur le terrain un peu loin de l'ordre de Dubuisson. Et qui se plaindra de l'espace entre ? Qui se plaindra de la lumière et de l'air passant au travers ? Qui rira des projections visuelles depuis les étages ? Avoir la chance d'avoir à voir du lointain, de l'horizon.
Et le Docteur qui écrit à Joseph qu'il a fait une "belle promenade à Metz", il choisit au Tabac Simonot, sur le tourniquet des cartes postales cette vue aérienne une fois encore de chez Fink. Cette vue-ci, celle-là, pas une autre.
Et sur cette vue multiples de Metz Borny, mini-guide des beautés de la ville et du quartier, la correspondante a aussi fait une croix. Se situer dans toutes ces images est en effet nécessaire. Et rien pour critiquer la ville, pas un mot pour dire du mal de cette Z.U.P.
Voilà donc des représentations d'architecture qui en montrent son déploiement, son ampleur. Il y a certainement quelque part des cartes postales de ce même lieu prises depuis le sol ou même depuis une tour vers une autre. Mais comment ne pas être certain que la conception d'un tel espace ne peut que bien se montrer ainsi ? Oh non...pas la hauteur d'une quelconque puissance...d'une surveillance panoptique des rabâcheurs de Foucault. Non la hauteur pour montrer que l'angle droit n'a jamais interdit la lumière du soleil, le bleu du ciel, l'espace du sol retrouvé entre les construction, la liberté de courir et de faire courir l'oeil vers les infinis des lignes parallèles.
Et si je vous leurrais ?
Avouez que vous y avez cru ? Que vous avez cru que vous étiez encore à Borny ? Pourtant cette carte postale Combier qui a servi à répondre à un jeu nous montre une autre belle réalisation de Jean Dubuisson, cette fois à Lapalud dans le Vaucluse. Là encore on retrouve cette écriture, cette manière de faire des redents, d'ouvrir des espaces. On regrettera que l'écriture de Jean Dubuisson fut massacrée par un ravalement jaune pisse déshonorant. Espérons qu'un jour cette poétique retrouve son verbe.
Maintenant il faut que je range tout ça. Il me faut de l'ordre et assi un peu de discipline.
Vive Jean Dubuisson !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire