mardi 14 février 2017

Macumba, Macumba, elle danse tous les soirs





Le dancing, la boîte de nuit, la discothèque sont des lieux que j'ignore.
Je n'y suis jamais allé. Et je m'en porte très bien.
Pour combler ce manque de culture, quoi de mieux qu'une belle carte postale ?



En quatre vues, la carte postale des éditions de l'Europe nous donne l'occasion de visiter une fameuse discothèque devenue par son nom même un générique, un cri de ralliement et je le dis tout net la caricature parfaite de ce genre. À la prononciation de ce nom, ça sent la Renault 5 Lauréate empruntée aux parents le lendemain de l'obtention du permis de conduire, ça sent la 205 au tuning jamais achevé qui finira dans le fossé à 3h35, ça sent le gros mou bourré tentant de séduire la brune peroxydée habillée chez Prisu.
Vous voyez, j'adore mes images.





Il me suffit de voir ces éclairages faisant dans le sombre monter les rouges trop forts et les violets chics, de comprendre que tout est fait pour vous faire croire que la proximité appuyée des aisselles humides doit vous autoriser à payer une bouteille de Vodka dix fois le prix qu'elle coûte, d'entendre les tubes minables de Début de Soirée que seule la fête au camping pourra reprendre cet été pour que je me passe de la visite de ce genre d'endroit. Il avait fallu 1000 piscines pour couvrir le territoire de lieux de nage dignes, il aura fallu quelques Macumba pour que jeunesse se passe et fasse tourner l'industrie des alcools et des capotes finissant sur le trottoir.
Macumba, Macumba, elle danse tous les soirs...



Regardez !
Elle danse vraiment !
La jeune femme posant ainsi dans ce Macumba vide est ce qui me touche le plus sur cette carte postale.
On imagine sa vie, on imagine ce moment. Elle est arrivée un peu plus tôt que d'habitude, elle s'est maquillée dans une sorte de local triste sans fenêtre à l'arrière, elle est montée sur le podium et elle a fait des pas de danse sans musique car ce n'était pas nécessaire pour le photographe, dont d'ailleurs on ne sait rien. Elle finira la soirée vers une heure du matin, remplacée par son amie. Un copain viendra la chercher. Elle lui a promis d'arrêter ce métier cette année pour partir vivre à Nice et ouvrir enfin son salon. Elle économise pour ça depuis trois ans.
Dans l'ouvrage les années ZUP, Aurélie Pirotte nous trace l'histoire et la conception de cette franchise Macumba en insistant sur la pauvreté des matériaux qui serait comme contre-balancée par la forme originale, vendue alors comme une anti-boîte. Certes...
L'architecte est aussi le concepteur des aménagements, c'est Michel Petuaud-Létang qui dessinera donc aussi le design et la décoration de ses discothèques. Je vous laisse lire cet article. On retiendra que Aurélie Pirotte se pose intelligemment la question de la Patrimonialisation de ce genre d'objet qui souffre comme les piscines Tournesol d'être à la fois des objets édités à plusieurs exemplaires et d'avoir perdu, en quelque sorte l'aura moderne de son époque, étant devenu presque à rebours, un rien ringardisé par son caractère extrêmement populaire et surtout générationnel. Elle a raison. Le début de mon article en est la preuve. Faudra-t-il sauver un Macumba comme on a sauvé le bal de l'Aubette ?
Je vous laisse vous battre pour. À une époque où l'on confond Vintage et Patrimoine, tout est possible.
Il faudra oser porter un dossier à un Conservatoire Régional des Monuments Historiques qui aime la Modernité. Bon courage. Peut-être que si, avant le dépôt, on emmenait la Commission danser jusqu'au bout de la nuit au Macumba, avec un open-bar, on pourrait y arriver...
Attention au retour. Celui qui conduit, c'est celui qui ne boit pas...

à lire :
Les années ZUP
collectif d'auteurs
éditions Picard, 2002.


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