samedi 4 février 2017

Jean Prouvé ? Non ! Philippe Ollier bien sûr et sa chargée de com !

Les mots empilement, boîte, préfabriqué, léger, sont des mots qui peuvent être pris par l'histoire de l'architecture comme des qualités ou par la critique populaire comme des défauts.
Souvent associés à des défauts qui vont d'un manque d'humanisme à des errements esthétiques, ces mots sont pourtant portés par les architectes comme preuve d'une compétence de la structure, de l'économie d'échelle, de pratique du chantier, voire même pour certains héros modernes tel Jean Prouvé comme un absolu total à atteindre montrant dans leur conjugaison, l'intelligence du matériau et de l'architecture.
Voici un exemple qui a le mérite de dire son héritage, non pas tant dans sa forme, que par la formation de celui qui en est à l'origine :



Cette carte postale que Martin Parr aurait bien facilement rangée dans son classeur Boring, nous montre en vues multiples le Cap Hôtel de Calais dont on reconnaît au loin le beffroi ce qui n'est pas un hasard de la photographie.



Il s'agit bien évidemment d'une carte postale promotionnelle, certainement offerte aux résidents pour promouvoir l'hôtel. En trois vues, une de l'extérieur et deux de l'intérieur, la carte postale veut chanter les qualités modernes du lieu. Belle chambre spacieuse et moderne que le téléphone et la télévision affirment, convivialité paysanne de la salle des repas aux chaises de paille et de bois et modernité du paquebot posé dans la ville, paquebot bleu bien visible que les lignes arrondies et la polychromie rendent joyeux. On notera que l'ancre de Marine et le nom de l'hôtel Cap Hôtel doivent finir de chanter les joies du voyage, du déplacement et de la halte moderne.
Oui.





Mais ce que ne dit pas la carte postale qui ne nomme pas l'architecte Philippe Ollier, c'est que cet hôtel de 48 chambres tout confort est un vrai challenge technique, une vraie aventure du préfabriqué que l'histoire de l'architecture semble avoir un peu oubliée.
Pourtant, grâce à nouveau à une revue, Architecture Intérieure CREE en l'occurrence, on retrouve l'histoire et le projet dans un article très très détaillé !
On voit dans l'article que le challenge tient à faire avec économie le meilleur possible en inventant un nouveau type de couchage et de halte pour une clientèle moins touristique que d'affaires. On voit aussi comment on y chante la technique de construction, comment la préfabrication y est détaillée, comment même Jean Prouvé dont Philippe Ollier fut l'élève devient une caution à ce type de construction. On empile des boîtes toutes faites, égales, pratiques, économiques donc en un lieu, avec une densité d'autant plus aisée que le Meccano est bien conçu et surtout confortable du moins pour ces espaces d'une nuit et non d'un séjour long. J'approuve.
Nous trouvons dans cet article tout le vocabulaire de la préfabrication et ses images toujours spectaculaires : un chantier sec, des camions qui apportent des modules tout prêts à être posés, des grues qui les posent... On y trouve aussi l'héritage d'une grande rationalisation comme chez Charlotte Perriand aux Arcs. On reconnaît ça !
Alors si l'histoire de l'architecture doit retenir les expériences, les évolutions, tenir tous les programmes, toutes les tentatives surtout celles qui sont ainsi expérimentales et rares mais aussi réussies, il serait sans doute bien de maintenir dans le réel de nos rues les constructions de ce type. Il ne servira à rien de faire de Jean Prouvé une sorte de demi-dieu tutélaire si, en aucune manière, on ne sauve également son héritage, héritage juste ou moins juste, ayant retenu la leçon du Maître pour nos nuitées économiques.
Sauvons le Cap Hôtel de Calais ! Vite !
Si l'on en croit la Google Car, le Cap Hôtel est toujours debout, triste sans ses atours colorés, mais bien là. Allez ! Je vous laisse partir en Safari, les suiveurs ! Je suis certain que d'imprécisions en mauvaise copie, on finira, comme pour la barre Le Couteur du Mans que tout le monde croit de Le Corbusier, par lire et entendre que c'est Jean Prouvé lui-même qui a construit cet hôtel de Calais. Je me réjouirai alors de ce glissement tout en n'oubliant pas Philippe Ollier, son vrai inventeur et architecte... Dans une période du mal logement, dans une période où les migrants sont emboîtés dans des containers, il ne serait sans doute pas idiot de revoir cette histoire et cette leçon, de repenser cette réponse et ce mode constructif. Je vois dans l'image rêvée d'une péniche sur la Seine, pas loin de la Tour Eiffel, à la fois l'héritage de la péniche de Le Corbusier pour l'Armée du Salut et un espoir que l'on puisse ainsi accueillir des S.D.F ou des migrants dans la capitale de la France. On rêve.
Merci de ne pas copier ces documents, ni de les recadrer, sans mon autorisation ! Capito ?
L'article de la revue datée de 1984 est signé Odile Fillion mais ne nomme pas son photographe ni son dessinateur. Dommage mais merci à eux tous.

Dernière minute :

j'ai supprimé toutes les images de cet article sous la pression charmante d'une dame qui signe V.L. et reste anonyme. On comprend, moi je signe mes articles de mon nom.
(voir les commentaires en fin d'article)
Ce blog a pour vocation de faire connaitre et reconnaitre des architectes et des architectures un peu oubliées qui, pourtant par leur intelligence et leurs valeurs expérimentales ont échappé un peu, souvent, à la grande Histoire de l'Architecture. Il me semble que mon article est plus que positif sur le travail de Philippe Ollier. Il m'arrive de faire des erreurs car je ne suis pas une machine et une erreur de prénom est une chose bien banale qui arrive d'ailleurs aux éditeurs de cartes postales et même aux journalistes de presse spécialisée. Rien de très grave, donc, je corrige et même souvent, je m'amuse avec vous, mes lecteurs de mes erreurs. Le ton du courrier de cette chargée de communication de l'architecte en dit long sur la tension historique de l'attribution d'une architecture et de la perte possible dans les limbes de l'Histoire de cette expérience. Je comprends. Les blancs qui remplaceront donc maintenant les images supprimées sont mon honneur, leur silence sera ma réponse. Après tout, il y a suffisamment d'architectes, de famille d'architectes, d'éditeurs, de photographes de cartes postales, de famille de photographes heureux de se voir présentés et représentés ici et qui me le font savoir pour que nous oublions, chers lecteurs, sans remord ceux qui se croient investis d'une mission de communication procédurale.  
Bon vent Cap Hôtel ! Retourne dans l'oubli. C'est dommage, tu méritais mieux sans doute.
Je conseille à Madame V.L de relire mon article, de voir comment je défends l'architecture de son oncle, je demande même qu'on la sauve. 
C'est dire comme je suis affreux, affreux, affreux....
Et comme j'ai, de droit, la possibilité de dire, en tant que critique de l'architecture ce que bon me semble d'une architecture, je continue de penser et de croire que celle de Philippe Ollier est une belle et intéressante architecture. 
Je ne sais pas être méchant, que voulez-vous...
















5 commentaires:

  1. Alléchées par votre article, nous avons fait le tour de Calais en voiture jusqu'à trouver LE site. C'est avec plaisir que je vous transmettrai les photos prises cet après midi !
    Merci pour vos contributions toujours passionnantes.

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  2. P.S. Je fais mes courses au Centre commercial de Ris Orangis toutes les semaines !

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  3. A la lecture de cet article, je suis effrayée par la Monumentale erreur qui attribue la réalisation de cet hôtel à un architecte peu connu du nom de Michel OLLIER.
    En effet cet hôtel et bien d'autres en France est l'œuvre originale et exceptionnelle de l'architecte de renommée internationale Philippe OLLIER, mon oncle, âgé de 82 ans qui est toujours vivant et ancien élève de PROUVE.
    Aussi, je vous demanderai de corriger cette grave erreur car cette réalisation est un modèle déposé dont l'erreur d'attribution pourrait tomber sous le coup de la loi.
    De même les copyrights des photos ainsi que des dessins reviennent à Philippe OLLIER car il en est l’auteur et ne peuvent être utilisés impunément.
    J’ose espérer que cette erreur n’est pas intentionnelle sachant qu’elle porte clairement préjudice à Mr PHILIPPE OLLIER.
    Etant chargée de la communication des œuvres de Philippe OLLIER, merci de corriger votre article et rendre à César ce qui appartient à César, au nom de l’histoire de l’architecture française.
    Cordialement,
    V.L.

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  4. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  5. Toutes mes salutations à Monsieur Ollier. Vous auriez pu gentiment me demander de corriger l'erreur, je l'aurai, je le fait toujours et je viens de le faire. Mais les lecteurs apprécieront le ton de votre réponse et le ton de mon article. Ne pas comprendre que le rôle de mon article est de mettre en avant et en valeur le travail de votre oncle est bien dommage. Voilà 10 ans que je défends ici cette histoire de l'architecture oubliée. Je vais donc retirer les images. Grand bien me fasse. L'histoire de l'architecture retrouvera son cours normal.Pour ma part, je ne menace personne, je ne fais que tenter d'être généreux pour les lecteurs et le amateurs d'architecture moderne. Si toutes les erreurs (de bonne foi) d'attributions devaient tomber sous le coup de la Loi, les tribunaux seraient plein. Comme chargé de communication des oeuvres de Mr Ollier, vous avez donc l'efficacité de l'éradiquer d'un blog populaire ne visant qu'à le faire reconnaitre davantage. Bravo Madame.

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