samedi 4 février 2017

Jean Prouvé ? Non ! Mieux ! Michel Ollier !

Les mots empilement, boîte, préfabriqué, léger, sont des mots qui peuvent être pris par l'histoire de l'architecture comme des qualités ou par la critique populaire comme des défauts.
Souvent associés à des défauts qui vont d'un manque d'humanisme à des errements esthétiques, ces mots sont pourtant portés par les architectes comme preuve d'une compétence de la structure, de l'économie d'échelle, de pratique du chantier, voire même pour certains héros modernes tel Jean Prouvé comme un absolu total à atteindre montrant dans leur conjugaison, l'intelligence du matériau et de l'architecture.
Voici un exemple qui a le mérite de dire son héritage, non pas tant dans sa forme, que par la formation de celui qui en est à l'origine :



Cette carte postale que Martin Parr aurait bien facilement rangée dans son classeur Boring, nous montre en vues multiples le Cap Hôtel de Calais dont on reconnaît au loin le beffroi ce qui n'est pas un hasard de la photographie.



Il s'agit bien évidemment d'une carte postale promotionnelle, certainement offerte aux résidents pour promouvoir l'hôtel. En trois vues, une de l'extérieur et deux de l'intérieur, la carte postale veut chanter les qualités modernes du lieu. Belle chambre spacieuse et moderne que le téléphone et la télévision affirment, convivialité paysanne de la salle des repas aux chaises de paille et de bois et modernité du paquebot posé dans la ville, paquebot bleu bien visible que les lignes arrondies et la polychromie rendent joyeux. On notera que l'ancre de Marine et le nom de l'hôtel Cap Hôtel doivent finir de chanter les joies du voyage, du déplacement et de la halte moderne.
Oui.





Mais ce que ne dit pas la carte postale qui ne nomme pas l'architecte Michel Ollier, c'est que cet hôtel de 48 chambres tout confort est un vrai challenge technique, une vraie aventure du préfabriqué que l'histoire de l'architecture semble avoir un peu oubliée.
Pourtant, grâce à nouveau à une revue, Architecture Intérieure CREE en l'occurrence, on retrouve l'histoire et le projet dans un article très très détaillé !
On voit dans l'article que le challenge tient à faire avec économie le meilleur possible en inventant un nouveau type de couchage et de halte pour une clientèle moins touristique que d'affaires. On voit aussi comment on y chante la technique de construction, comment la préfabrication y est détaillée, comment même Jean Prouvé dont Michel Ollier fut l'élève devient une caution à ce type de construction. On empile des boîtes toutes faites, égales, pratiques, économiques donc en un lieu, avec une densité d'autant plus aisée que le Meccano est bien conçu et surtout confortable du moins pour ces espaces d'une nuit et non d'un séjour long. J'approuve.
Nous trouvons dans cet article tout le vocabulaire de la préfabrication et ses images toujours spectaculaires : un chantier sec, des camions qui apportent des modules tout prêts à être posés, des grues qui les posent... On y trouve aussi l'héritage d'une grande rationalisation comme chez Charlotte Perriand aux Arcs. On reconnaît ça !
Alors si l'histoire de l'architecture doit retenir les expériences, les évolutions, tenir tous les programmes, toutes les tentatives surtout celles qui sont ainsi expérimentales et rares mais aussi réussies, il serait sans doute bien de maintenir dans le réel de nos rues les constructions de ce type. Il ne servira à rien de faire de Jean Prouvé une sorte de demi-dieu tutélaire si, en aucune manière, on ne sauve également son héritage, héritage juste ou moins juste, ayant retenu la leçon du Maître pour nos nuitées économiques.
Sauvons le Cap Hôtel de Calais ! Vite !
Si l'on en croit la Google Car, le Cap Hôtel est toujours debout, triste sans ses atours colorés, mais bien là. Allez ! Je vous laisse partir en Safari, les suiveurs ! Je suis certain que d'imprécisions en mauvaise copie, on finira, comme pour la barre Le Couteur du Mans que tout le monde croit de Le Corbusier, par lire et entendre que c'est Jean Prouvé lui-même qui a construit cet hôtel de Calais. Je me réjouirai alors de ce glissement tout en n'oubliant pas Michel Ollier, son vrai inventeur et architecte... Dans une période du mal logement, dans une période où les migrants sont emboîtés dans des containers, il ne serait sans doute pas idiot de revoir cette histoire et cette leçon, de repenser cette réponse et ce mode constructif. Je vois dans l'image rêvée d'une péniche sur la Seine, pas loin de la Tour Eiffel, à la fois l'héritage de la péniche de Le Corbusier pour l'Armée du Salut et un espoir que l'on puisse ainsi accueillir des S.D.F ou des migrants dans la capitale de la France. On rêve.
Merci de ne pas copier ces documents, ni de les recadrer, sans mon autorisation ! Capito ?
L'article de la revue datée de 1984 est signé Odile Fillion mais ne nomme pas son photographe ni son dessinateur. Dommage mais merci à eux tous.




 

 

 






 






 













2 commentaires:

  1. Alléchées par votre article, nous avons fait le tour de Calais en voiture jusqu'à trouver LE site. C'est avec plaisir que je vous transmettrai les photos prises cet après midi !
    Merci pour vos contributions toujours passionnantes.

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  2. P.S. Je fais mes courses au Centre commercial de Ris Orangis toutes les semaines !

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