mardi 9 août 2016

Le Boiscommun, un Grandval et des éclaireurs

Bon.
Là, franchement si on ne se réjouit pas de l'étendue du champ photographique et documentaire de la carte postale c'est qu'on n'a rien compris.
Quelle chance y avait-il qu'une construction aussi rare, de taille modeste, posée dans un village, puisse avoir eu droit à une représentation en carte postale et même à deux !
Le village de Boiscommun dans le Loiret a en effet eu la chance d'héberger sur son territoire l'une des plus curieuses architectures des Trente Glorieuses, le Club des Jeunes dessiné par Gérard Grandval. 
Rappelez-vous ici, comment j'avais été heureux de le surprendre par hasard au milieu d'une carte postale aérienne du village.

http://archipostalecarte.blogspot.fr/2013/01/un-grandval-et-un-boiscommun.html

Mais pourquoi suspendre ainsi notre jubilation au seul hasard d'une image quand, soudain, en surgit une autre :



Oui.
Ce que nous voyons là, ce sont bien les deux bâtiments du Club des Jeunes de Boiscommun dessinés par Gérard Grandval mais cette fois, ils sont posés aux Floralies d'Orléans ! Que nous dit exactement la carte postale ? Club des Jeunes de Boiscommun, Éclaireurs et Éclaireuses de France, Floralies Internationales d'Orléans. On a même le nom du photographe J. Boulas mais cette fois, pas de nom d'éditeur... Difficile donc de savoir la réalité éditoriale de cette carte postale. Fut-elle vendue au profit des Éclaireurs sur place à Orléans ? Est-ce que ce Monsieur J. Boulas faisait partie de cette organisation ? Les deux cartes en ma possession (oui, j'en ai deux identiques) n'ont, au dos, aucune correspondance ce qui ne nous aide pas.
Si, maintenant on regarde bien le décor de la carte aérienne de Boiscommun et cette dernière, on comprend bien que le Club des Jeunes fut monté et montré aux Floralies d'Orléans avant de rejoindre Boiscommun, ce qui est pleinement justifié par les qualités de démontages et remontages possibles de cette architecture qui devait pouvoir être ainsi construite par les jeunes eux-mêmes. L'autre chose qui m'étonne un peu, mais sans en être vraiment certain, c'est que la carte postale d'Orléans montre les deux bâtiments très surélevés sur des pilotis, alors qu'à Boiscommun, ils semblent bien plus bas sur le sol, un peu comme pour l'autre exemple déjà publié également, le club de ski de Arette. 
Donc... Il ne fait aucun doute que la visibilité de ce Club des Jeunes aux Floralies était vraiment d'ordre éphémère et que, donc, en faire une édition en carte postale, avait un intérêt très ponctuel. Est-ce le caractère exceptionnel de cette architecture qui donna l'envie d'en réaliser rapidement une image ? Possible. La carte postale est en noir et blanc ce qui tenterait aussi à prouver un tirage plus limité car plus facile à réaliser par un amateur. Quoique... On notera que J. Boulas place bien les constructions dans son cadre, les mêle à la verdure des Floralies et préfère en perdre un peu de précision pour gagner en ambiance. Ce cadrage nous permet aussi de voir que les deux bâtiments sont volontairement construits à des hauteurs différentes.
Je me suis permis de joindre les Éclaireurs de France et j'ai eu la chance d'avoir une très complète et prompte réponse sur la construction de ce Club des Jeunes qui semble bien avoir disparu aujourd'hui.
Je remercie ici très vivement Monsieur Henri-Pierre Debord pour toutes ses informations et témoignages, voici sa réponse :

Bonsoir Monsieur,

Cette histoire des "Mille Clubs" qui s'inscrivaient dans la "Politique Jeunesse" de François MISSOFFE, ministre du Général de Gaulle raconte un moment important et sensible de la relation entre Pouvoirs publics et Mouvements de jeunesse parmi lesquels les mouvements scouts tenaient, quoiqu'en début de fragilisation, une place déterminante.
Ce projet des "Mille Clubs" est à resituer également dans le contexte de l'effervescence des M.J.C. de l'époque.
Les deux documents que vous trouverez ci-joint datent pour l'un de Avril-Mai 1967 et pour l'autre de Avril-Mai 1968 (Je dis bien Mai 1968).
Le second est le résultat des échanges entre un représentant du Ministère (Roland RICORDEAU si je me fie à ma connaissance de l'organigramme de l'époque) et divers cadres dirigeants des EEDF de l'époque dont plusieurs concernés par la tranche d'âge 16 ans et plus que nous appelons aujourd'hui "Ainés" et qui portaient le nom de "Routiers" à l'époque.
Cette table ronde situe bien le climat de l'époque et les enjeux.
Je tiens à souligner que plusieurs des intervenants sont d'anciens Résistants et que Roland RICORDEAU, présenté comme "représentant du Ministère" est un ancien commissaire départemental des "Eclaireurs de France" sous l'occupation, ancien Résistant lui-même et fait "Juste parmi les Nations" en 2011. En vous signalant ceci, je ne pense pas m'éloigner du sujet. Jacques TRIPART est lui-même frère de l'ancien "Chef de Clan" de Clermont Ferrand qui s'est illustré dans une attaque contre le chef de la Milice à Clermond en 1943, Jean ESTEVE, fondateur des "Maquis-Ecoles" en Rhône-Alpes (Résistant-déporté à Dachau). Jacques BADOR est le bras droit de Eugène CLAUDIUS-PETIT (ancien ministre de la reconstruction) à la SONACOTRA (Foyers logements pour migrants du Magrheb dans les années 60) et Daniel BOUTEILLE (Frère de Romain Café de la Gare) est le fils d'un ancien de l'Equipe nationale des EDF sous Vichy comme Jacques BADOR dont les activités "Eclaireurs" servaient de couverture à ....
Ceci nous éloigne des Mille Clubs et de Bernard GRANDVAL? Pas sûr!
Ci-joint également des fiches profils concernant RICORDEAU et ESTEVE et un texte de François AMOUDRUZ , membre du Clan de Jean-François TRIPART racontant les conditions de son arrestation en novembre 1943 avant sa déportation en Allemagne à l'âge de 17 ans.
Un dernier mot sur RICORDEAU. Il est le fondateur du CREPS d'Houlgate et a été membre du C.A. de "Peuple et Culture" dont le Président a été longtemps Paul CHASLIN, ancien EDF, Résistant, bâtisseur de locaux universitaires à la fin des années 60 et créateur avec Jean ESTEVE des "Equipements intégrés" dont l'expérimentation était à YERRES. Paul CHASLIN est le père de François CHASLIN, architecte et chroniqueur de France Culture sur les questions d'architecture... Une autre piste sur notre intérêt pour les architectures qui pourraient correspondre à notre vision de l'intégration de la jeunesse dans la société.
Espérant ne pas être trop hors sujet... (Je pense que non...
Je suis bien entendu intéressé par vos travaux sur GRANDVAL et les Mille-Clubs
Très cordialement
Henri-Pierre DEBORD

 
Grâce à ces documents, nous savons que nous sommes en 1967 pour ce qui est des Floralies d'Orléans. On voit aussi comment il nous est dit qu'il s'agit bien d'un prototype et non d'un exemplaire fabriqué en série. On devine aussi que la politique d'utilisation de ces Clubs tentant d'être totalement libres dans leur fonctionnement se heurtait aussi à cette liberté et que, sans l'encadrement et la structure d'associations ou, ici, des Éclaireurs et Éclaireuses de France, il était parfois difficile de vraiment organiser et animer cette jeunesse.
Est-ce là l'échec de ce type de projet ? Comment, quand et pourquoi finalement ce Club des Jeunes de Boiscommun, intéressant d'un point de vue de l'histoire de l'architecture a-t-il fini par être abandonné ? Soucis d'organisation, de gestion ou simplement vétusté des locaux ?
Une fois encore, l'édition de cartes postales a bien permis à l'époque mais aussi également aujourd'hui de diffuser cette originalité architecturale et d'en conserver pour l'histoire sa forme la plus expérimentale.
Reste une énigme : où est ce Club des Jeunes de Boiscommun ? Broyé par une pelleteuse, offert au feu joyeux de la St-Jean ? Démonté, remonté dans la campagne du Loiret à l'abri de regards indiscrets ? Servant aujourd'hui de cabane à outils ? Partez donc en chasse ! Oh mais... Attendez... Que vois-je là-bas ? Mais... Non ? Pas possible...
Merci de ne pas copier ces images et documents sans mon autorisation ou celle de Monsieur Debord.
Voici quelques extraits de revues des Éclaireurs et Éclaireuses de France, on remarquera la faute d'orthographe sur le nom de l'architecte et le fait qu'il s'agit d'un cliché pris à Orléans, aux Floralies :




 

Comme vous avez été sages, je vous redonne tout de même les deux autres cartes postales de Clubs des Jeunes par Gérard Grandval, d'abord Boiscommun puis Arette :



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