mercredi 17 décembre 2014

Machine à vertige



Par dessus la rambarde, Gilles braquait son Canon vers le bas de la tour d'observation de Rotterdam. Il avait eu la chance d'obtenir l'autorisation exceptionnelle de monter sur la flèche qui termine ainsi la tour et qui, d'habitude, n'est pas accessible.
Depuis maintenant 6 ans, il était devenu un photographe professionnel spécialisé dans l'architecture et l'industrie. Il avait trouvé là le compromis idéal entre l'atavisme familial et l'abandon de ses études d'architecte que, de toute manière, il n'arrivait plus à suivre en Allemagne.
Il avait fait deux petites expositions de ses clichés à Berlin puis à Dresde et c'est là qu'il avait été contacté suite à un article dans un journal local par une agence de photographie industrielle. Il avait rempli un premier contrat assez simple en couvrant la construction de logements sociaux puis, rapidement, des chantiers spectaculaires lui furent confiés. On aimait son audace, son cadrage, le respect des gens qui y évoluent et aussi son délicieux accent français.
Son corps plié vers le vide, l'appareil bien maintenu, il essayait tout de même en ce jour de faire son travail et s'amusait des tentatives de Hans resté en bas de lui faire des signes pour qu'il y réponde.
Ils formaient maintenant un couple solide que rien ne pourrait séparer. Hans avait stoppé ses activités de hockeyeur et travaillait comme moniteur de voile. Ils regardaient tout deux la vie s'écouler tranquillement, rythmée par les visites de Momo, Sidonie et du petit Alvar, leur fils que Hans et Gilles pourrissaient de cadeaux. Alvar aimait beaucoup son oncle Hans qui lui apprenait la voile et le patin à glace.
Gilles sentit soudain une vibration du côté du cœur, puis un flou devant ses yeux et un étourdissement puissant. Il ne put se retenir et vomit tout le repas du midi. En même temps qu'il sentait un soulagement réel après cet incident, il rit d'un coup en songeant au devenir de ce qui venait de quitter son corps et qui tombait de toute la hauteur de la tour, tranquillement vers le bas de celle-ci.
Pourrait-il raconter cela à Hans ? Oui ! Et à Alvar qui du haut de ses 6 ans rira certainement beaucoup.
Alors que le technicien s'inquiétait de lui et lui intimait l'ordre de redescendre, Gilles pris encore quelques clichés à la volée. La descente fut vraiment superbe et le vent froid venait réveiller Gilles et le remettre d'aplomb.
Il laissa le technicien sur la plate-forme publique envahie de touristes en short et de gamins hurlants et joyeux. Là, l'attendait Hans avec ses lunettes aveuglées de miroir et à la main quelques cartes postales achetées et même déjà écrites. Il ne restait à Gilles qu'à les signer comme à son habitude. Pour Alvar, Hans avait choisi une carte avec des bateaux et il avait fait une croix pour montrer à l'enfant jusqu'où était monté Gilles.





Et pour Jean-Michel et Jocelyne, Hans avait trouvé amusant d'envoyer une carte postale montrant la tour pas encore achevée ce qui étonna beaucoup Gilles qui se demanda comment il était encore possible d'en trouver ici.
Gilles alla se rincer la bouche et raconta son aventure à Hans qui rit de bon cœur et rassura Gilles sur le fait que personne n'avait, semble-t-il, reçu de pluie étrange ici...
La main libre de Hans se remplit de celle de Gilles. Ils partirent en souriant de cette altitude artificielle, machine à vertige.

Par ordre d'apparition :
Rotterdam, plate-forme 100m, Hauteur 185m, pas d'éditeur.

Merci à Laurent Patart pour cette incroyable carte postale !

Rotterdam, Euromast, space Tower, Euro Color Cards.
Rotterdam Euromast, Spanjersberg éditeur, photo : KLM Aerocarto.

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