samedi 2 janvier 2016

Allô Mr Eiffel ? C'est Le Corbusier !

Oui, et la Tour Eiffel ?
Je ne vous en parle jamais de la Tour Eiffel !
Eh bien nous allons débuter cette année avec l'icône de l'architecture française et même mieux, nous allons réaliser un article traversant puisque celui-ci sera posté également sur mon blog de lithographie. En effet, nous allons aussi parler de dessins et d'illustrations avec la participation exceptionnelle de Jacques Ramondot mais aussi de... Le Corbusier !
D'abord, l'objet le plus récent :

























Ce livre de Jill Jonnes, sobrement intitulé La tour est un très beau et intéressant ouvrage sur, comme son titre l'indique, la Tour Eiffel mais aussi et surtout sur l'exposition de 1889 qui vit la construction tant controversée de ladite tour.
Jill Jonnes réussit à nous plonger dans l'époque, à nous raconter l'épopée de cette construction par un foisonnement bien ordonné de documents et de témoignages qui rendent le texte passionnant comme une aventure de Jules Verne. Alors, Jill Jonnes étant américaine, elle use d'un angle particulier et nous parle surtout des déboires et richesses de quelques héros contemporains américains venus à cette exposition comme l'incroyable Buffalo Bill, la tireuse d'élite Annie Oakley et le célèbre Edison dont Jill Jonnes, en américaine convaincue nous dit qu'il inventa le cinéma en oubliant... les Frères Lumière.
















































On ne lui en veut pas, tant le livre est bien écrit, haletant et généreux quant à la reconstitution de l'époque. On visualise les états du chantier, les contretemps, on a peur que cela n'aboutisse pas alors même, évidemment, que l'on connaît la fin heureuse de l'histoire ! Le livre est illustré de quelques beaux documents ce qui ajoute à notre plaisir de plonger dans l'histoire. L'écriture est claire, sans prétention et met en relief surtout les événements et péripéties. C'est juste. Un très bel ouvrage donc sur une construction, ses objectifs politiques, d'images, et techniques et sur l'élan d'une époque.
Mais voici que l'envie me prend de vous parler d'un autre ouvrage sur la Tour Eiffel auquel je tiens particulièrement. En effet, Jacques Ramondot, celui qui m'a appris à aimer ce que je suis, celui qui m'a appris à aimer l'estampe et donc à savoir comment elle est fabriquée nous raconta un jour, que jeune homme, il avait eu la commande d'illustrations pour un ouvrage sur la Tour Eiffel et que, maintenant plus âgé (beaucoup plus !) il avait du mal à se retrouver dans les images qu'il avait produites !
Voici l'ouvrage :




Bien évidemment, je voulais voir ça ! Et je me précipitais pour en trouver un exemplaire ! L'ouvrage écrit par Charles Cordat aux éditions de Minuit fut publié en 1955. Jacques Ramondot étant né en 1928, il avait donc 27 ans... Je n'ai pas d'informations sur le comment de cette commande à Jacques Ramondot mais je me souviens bien de son amusement à retrouver ces images, et je me souviens aussi d'avoir été surpris de trouver dans l'ouvrage une préface de Le Corbusier ! Superbe d'ailleurs et que je m'autorise à vous offrir en entier car il est plaisant de voir ce que le plus grand architecte du vingtième siècle pouvait bien penser du plus grand ingénieur en construction du dix-neuvième siècle !
(pour une lecture plus aisée, cliquez sur les images)



 



 




On y lit le toujours et permanent hiatus entre architecte et constructeur mais surtout, ce qui me frappa, c'était que Eiffel ait pu parler à Le Corbusier par téléphone en 1923 ! Incroyable ! Et incroyable ici, de retrouver finalement Edison ! Un américain invente une machine pour qu'un architecte franco-suisse puisse parler avec un ingénieur français d'origine allemande. La boucle est bouclée. Le texte de Charles Cordat nous raconte lui aussi l'histoire de la conception et de la construction de la Tour Eiffel avec tous ses tracas, chiffres et aventures dans le plus pur style de ce genre d'ouvrage mettant en avant l'aventure scientifique et mécanique de la tour. On y apprend aussi que la Tour Eiffel est un monument de dessins puisque 5300 dessins furent nécessaires et qu'ils couvrent une surface de... 4000 mètres-carrés ! On posa en moyenne 1650 rivets par jour... On n'oublie pas non plus de nous rappeler que la Tour à ses débuts était recouverte d'un beau rouge vermillon. Je me souviens également de ce calcul :



Mais revenons aux dessins de Jacques Ramondot. On y voit un très épais, large, puissant, presque clos qui définit vigoureusement les formes comme le fait souvent la gravure sur bois ou le lino. Il s'agit sans doute de faire des images très vivantes et solides frappant l'imagination. On y retrouve Masereel ou Derain. Il y a aussi un goût simple pour l'imagerie populaire, comme les traces d'un accord avec cette tradition : faire des images comme on en fait chez Pellerin pour les images d'Épinal. Cela change bien sûr de la production de Jacques Ramondot, celle qui suivra car il quittera la gravure en bosse pour celle en creux de l'eau-forte. Pourtant, cette œuvre de jeunesse, de commande de l'un des plus grands graveurs du siècle passé, offre toutes les qualités de tendresse, de sensibilité et d'humour que ce jeune homme de 27 ans libérera plus tard, à sa maturité d'artiste. Ne rien perdre de son être, ne rien lâcher de cette joie tout en étant lucide à ces qualités, c'est bien là Jacques Ramondot.
Il faut aussi dire que l'impression de l'ouvrage laisse un rien à désirer, imprimé un peu vite et pour pas très cher sans doute, les noirs y sont un peu creux en encrage. Mais ne boudons pas notre plaisir.
Voyez :


















































































































 
























































































Comme nous sommes aussi sur un blog de cartes postales, je vous en offre quelques-unes. L'histoire de la Tour Eiffel et de la carte postale sont liées dès 1889, elles sont nées en même temps, l'une servant l'autre. La Tour Eiffel fut éditée à des millions et millions d'exemplaires et le sera à l'infini. Elle sera peut-être même, si cela doit prendre fin, le dernier bâtiment représenté ainsi ! Alors, je n'ai rien d'extraordinaire dans ma collection sur cet objet, seulement quelques petites choses jolies et curieuses. Je vous les donne à voir. Elles disent que l'originalité d'une construction, sa force constructive, sa représentation donnent surtout envie d'en montrer son cliché rêvé bien plus qu'une invention d'image. Maintenir ainsi, à ce point un cliché, c'est bien le grand œuvre aussi d'Eiffel. C'est l'accord parfait entre un signe, une image, une raison et surtout, c'est de l'architecture.

On commence avec cette carte postale datant de 1915 et qui prouve bien que pendant la guerre on continue à regarder la Tour Eiffel et même à jouer avec elle. Lisez bien le titre de celle-ci ! L'humour sur les risques de voir arriver les Zeppelin allemands  y est assez fréquent avec ce type de trucage. Je possède une carte postale de la Colonne de Juillet qui se gondole aussi de la sorte ! On s'amuse aussi du jeu avec le copyright en lisant l'inscription " reproduction autorisée pour les pays Boches et Consorts" !





Poursuivons avec un épisode bien connu de l'histoire de la Tour Eiffel, celui de l'inscription sur celle-ci du nom du constructeur automobile Citroën qui réalisa ainsi, en un hommage inconscient, l'un des plus gigantesques Ready-Made de Marcel Duchamp ! On s'étonne d'ailleurs que ce Marcel Duchamp n'ait jamais évoqué à ma connaissance cet épisode populaire et publicitaire du ready-made. On trouve ici dans l'ouvrage de Charles Cordat une explication de ce beau geste commercial, la carte postale est une édition P-C Paris non datée :


























Voici une vue beaucoup plus récente mais troublante. D'abord parce que la Tour y est peinte encore de ce rouge étonnant que nous avons oublié aujourd'hui. Puis, ensuite autre détail curieux, l'année 1964 est inscrite sur la Tour Eiffel. Pourquoi ? Passage d'année sans doute ? On notera aussi que cette magnifique prise de vue aérienne fut réalisée par un photographe que nous connaissons bien sur ce blog et que nous croisons souvent, c'est Monsieur Alain Perceval. Il est bien nommé par l'éditeur Yvon sur cette carte expédiée bien tardivement en... 1985 ! La carte aurait-elle été éditée pendant aussi longtemps ou s'agit-il d'une récupération d'une carte ancienne expédiée par sa correspondante ? Je penche pour la première solution vu l'état et le mode d'impression !





Finissons avec cette carte postale de la Tour Eiffel mettant en avant l'une de ses particularités techniques : les ascenseurs. Jill Jonnes nous en raconte avec passion dans son livre les difficultés de création et les rapports houleux entre Otis, le fabricant américain et Eiffel ! Ce fut une lutte technique mais aussi d'image et de fierté nationale pour la France et les U.S.A ! Il s'agit bien là pour l'éditeur ELNACAP de tenter une approche plus originale de ce monument et d'offrir aux amateurs de technique un détail intéressant pour pallier à une connaissance par trop universelle de l'objet. On trouve souvent ce genre de détails sur les cartes postales représentant des objets du génie Civil. On impressionne le correspondant non pas tant par l'image trop connue mais par les particularités techniques. On y voit aussi des désaccords sur le nombre de rivets avec Charles Cordat !







jeudi 31 décembre 2015

Manon, Nicolas, Claude, Thomas, Marc, Laurent et vous tous.

Comme tous les ans, faisons le bilan d'une année supplémentaire pour ce blog et pour l'architecture moderne et contemporaine.
L'année fut bien pleine et riche mais aussi catastrophique pour ce qui est des menaces et des destructions effectives d'œuvres. (Et pour d'autres raisons aussi...)
Voyez la dernière histoire de l'Opéra Garnier, c'est hallucinant, la précipitation héroïque en retard...
Alors d'abord ce qui fait mal : avenir incertain de l'école hôtelière du Touquet, menace sur la caisse d'épargne de Toulon, menace sur le Pont tournant de Dieppe et sa cabine de Jean Prouvé, menace sur ce qui maintenant est la dernière église en fusées céramiques de Haute-Normandie à Serqueux, menace sur le quartier des Briques Rouges de Paul Chemetov, destruction des logements de Courcouronnes toujours de Paul Chemetov, destruction honteuse de l'université du Mirail et menace sur le Mirail de manière générale, abandon pour une année supplémentaire de la très belle mais ruinée école d'architecture de Nanterre de Jacques Kalisz, on comprend maintenant sans aucun doute qu'il s'agit là d'une politique culturelle volontaire d'éradication. Défiguration du Volcan de Niemeyer au Havre, sans doute la plus grave de l'année dans une ville inscrite au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. Le bilan est certainement encore beaucoup plus lourd...
On restera le cul entre deux chaises avec l'incroyable histoire de la maison Prouvé de Royan vendue par... rien moins que le maire de la ville de Royan... pour démontage et sauvetage par Patrick Seguin.

Mais cette année fut aussi celle d'une très belle et toujours visible (dépêchez-vous !) exposition de Thomas Dussaix, l'autre membre du Comité de Vigilance Brutaliste. Cette année aussi, nous avons eu trois télévisions et une radio nationale le même jour à Ris-Orangis pour la sauvegarde de ce centre commercial dessiné par Claude Parent. Signalons que le combat continue et que sans vous, il a moins de chances d'aboutir... Prenez donc de bonnes résolutions !

Il faut aussi dire que la publication du livre sur Charles Bueb fut une belle chance. Merci à tous ceux qui nous ont fait confiance par la souscription, merci à sa famille, à ceux qui ont acheté ce livre, vu l'exposition. Merci Julien Donada et Grégoire Romefort pour l'édition superbe.
Merci également à François Chaslin de me nommer dans son livre sur Le Corbusier. C'est un honneur.
Merci à tous ceux qui ont demandé, publié, édité des cartes de ma collection dans leur ouvrage, revue ou dans le très beau catalogue sur l'A.U.A. et dans l'exposition. Merci pour les invitations à enseigner, professer et discourir dans des conférences pour parler des cartes postales.
Merci à Radio On de toujours me laisser faire ma Chronique Corbuséenne !
Merci à Claude Lothier pour sa vigilance orthographique et l'ambition qu'il me porte. J'ai toujours besoin de cette énergie, Claude. Merci.
Un toujours très grand merci à Laurent Patart pour ses donations régulières et à Daniel Leclercq pour ses précisions et commentaires.

Enfin, cette année fut celle du très très gros travail de restauration de la bulle six coques à Piacé. Merci à tous ceux qui sont passés, qui ont acheté une litho pour financer cette restauration. Merci à tous ceux qui ont donné de leur temps, de leur énergie pour frotter, poncer, soulever, peindre et rigoler aussi. À ce titre, et pour finir ces remerciements, je tiens à remercier tout particulièrement Nicolas Hérisson et Manon Alberger pour l'incroyable générosité de leur temps, de leur passion, j'ai envie de dire leur dévouement à ce projet.
Le chantier n'est pas terminé mais l'année 2016 sera sans aucun doute celle de son achèvement.
Le Patrimoine architectural moderne et contemporain c'est bien à vous, à nous, à tous ceux qui l'aiment qu'il incombe de le sauver.
Restez vigilants, restez combatifs, restez ENSEMBLE ! Soutenez les associations, signez les pétitions, écrivez !
L'année 2016 va démarrer très fort avec l'exposition obliqueS à l'école des Beaux-Arts du Mans début février et l'exposition du travail de Marc Hamandjian à Piacé ! D'autres projets viendront, d'autres surprises !
Bien à vous tous.
David Liaudet pour le Comité de Vigilance Brutaliste.

Pour finir l'année en beauté, je vous propose un archétype de ce que nous aimons ici. Populaire, largement diffusée, bien conçue, intelligente, tous ces adjectifs pour la carte postale mais aussi pour l'architecture de la piscine Tournesol de Bernard Schœller, ici à Muret par les Éditions d'Art Larrey. Il semble bien que cette piscine Tournesol fut fauchée. Quelle ville aura la dernière ?

 

 


lundi 28 décembre 2015

Candilis en résidence, en miroir.

J'hésite toujours.
Je veux dire que, si le choix m'est donné, entre une carte postale vierge et une carte postale sur laquelle les correspondants ont fait des croix pour se situer, j'hésite toujours.
Cette fois, j'ai pris les deux.
Mon début de collection ayant commencé par ce que j'appelle des cartes postales situées (et surtout pas situationnistes s'il vous plaît, soyons sérieux) je vous présente la première :


Cette carte postale OC Carte Occitane de F. Loubatières nous montre le Parc public de Bellefontaine à Toulouse-le-Mirail, chef-d'œuvre en perdition patrimoniale de Georges Candilis. D'un point de vue de collectionneur lambda, elle est en mauvais état car écrite, marquée sur l'image et présente même des traces de ruban adhésif au verso ! Pour moi, c'est une merveille. Je n'aime rien moins que, sur de telles machines architecturales, les usagers se placent, se reconnaissent, se retrouvent ainsi sur ce fragment de lieu. Ils y figurent en quelque sorte. Et là, par deux fois et par deux méthodes. D'abord on écrit Michèle et Maman puis on ajoute une croix et même un trou d'aiguille ou de punaise. On aime ainsi visualiser le voisinage des correspondants et comprendre le choix de cette carte postale plus qu'une autre. Celle-ci rend lisible l'habitat, elle raconte la pratique, l'usage même du lieu depuis un point de vue qui regarde et non qui donne à voir. Il n'existe que peu de cartes postales offrant à tous la réalité de la vision depuis le lieu. Il ne faut jamais oublier cela, on regarde l'objet de vision et non la vision elle-même. Michèle aurait peut-être aimé trouver une carte postale permettant de montrer son point de vue. Vous me direz que cette carte postale est bien le point de vue de quelqu'un d'autre. On notera que la correspondante ne fait aucune description de son lieu que ce soit en termes d'habitat ou d'architecture. Elle ne dit rien de cet état dans cet objet de Georges Candilis. Ni en bien, ni en mal. Il s'agit simplement d'un constat, constat délégué à la photographie de cette carte postale.
L'autre :


Sur celle-ci, identique en tous points, peut-être même achetée sur le même tourniquet, la correspondante ne se situe pas, n'informe pas, n'ajoute rien à la photographie de cette carte postale du Parc Bellefontaine. Expédiée en 1977, pour un franc tout rond, la carte postale fait son travail habituel : salutations amicales, petites histoires familiales (achat d'un poulet), plaisir de se revoir.






Pourquoi ici l'usage ne déborde pas de son rôle ? N'y-avait-il pas pour Georgette une nécessité à marquer cet espace de sa présence dans ces lieux. Peut-être en est-elle étrangère ? Comment s'y est-elle reconnue ? On ne peut rien en dire. Il y a eu simplement un choix pour cette représentation d'un lieu. La verdure, le parc, l'immeuble comme perdu dedans, le soleil et son ciel bleu, et même avec la tour d'angle un peu de patrimoine ancien qui raconte comment les architectes ont travaillé sur cet espace en préservant du vide, en ajoutant de la densité. C'est la campagne...
Alors je ne sais toujours pas laquelle de ces cartes postales parle le mieux de son usage. Je sais simplement que, entre indifférence à l'architecture et désir de s'y inscrire, entre cadrage décidé et choix inconnu, la carte postale permet encore de vivre un moment avec l'architecture.
Pour continuer avec Georges Candilis, je vous propose cette fois des photographies faites par votre serviteur au Havre. Il s'agit de la Résidence de France, immense ilôt d'habitations d'un tout autre ordre que le Mirail ! Ici, l'architecte Candilis et Jacques Lamy jouent le jeu parfait de la vue sur mer, de l'immeuble de standing, comme un Playtime au bord de mer, avec un certain luxe affiché sans ostentation (le vrai luxe donc...) On reconnaît tout de même ce plaisir à inventer des espaces intérieurs, à faire grappe, à ouvrir le lieu sur la ville et offrir des circulations entre espaces privés et publics même si aujourd'hui la paranoïa sécuritaire nous impose un petit roquet qui fait son travail.
Faites-le travailler ! Justifiez son poste ! Allez-y voir !










dimanche 27 décembre 2015

Mazzocchio en Bretagne, Jean Guillon architecte.

On retrouve, une fois encore, un centre de vacances proposant des énigmes et curiosités architecturales :

















Cette carte postale en Communicolor (sic!) nous propose une vue aérienne du Village de Vacances de Ker Al Lann à Guitté en Bretagne. Sur un terrain verdoyant s'étalent trois programmes différents qui prennent chacun une forme particulière et originale.
Au premier plan, des constructions circulaires, en couronne, formant au centre un patio et qui m'évoquent les mazzocchi (mazzocchio au pluriel) de Claude Lothier.





On devine qu'il s'agit sans doute de bungalows de couchage ainsi regroupés en cercle comme pouvaient le faire les pionniers américains avec leurs chariots pour se protéger des indiens ! On notera aussi le dessin très curieux des modules ainsi reliés entre eux, dont le toit descend jusqu'au sol.
Juste derrière on devine la piscine elle aussi très originale dans son plan semi-circulaire, fragmentée en parts et pouvant laisser croire que, par un mouvement rotatif, une partie de la piscine pourrait être découvrable.













On voit aussi qu'une partie de la construction possède un toit végétalisé et semble semi-enterrée. Tout cela se fragmentant autour d'un point central situé au milieu de la piscine : un dessin fait au compas donc.
Puis, au fond de l'image, dans la verdure, bien camouflés et pour cause, on devine une autre série de constructions éparpillées-serrées.





Cette fois, on comprend bien que ces petites constructions sont en béton brut de décoffrage et possèdent chacune une cheminée (barbecue ?) et une large baie. On retrouve cela dans l'autre carte postale :



















Mais qui a dessiné et construit cet ensemble bien curieux ? Est-ce le ou les mêmes architectes qui ont réalisé l'ensemble de ce programme ? Je ne sais pas...
Pourtant, l'ensemble propose bien des particularités, des modernités certes peu spectaculaires mais présentes faisant preuve d'un désir de faire une forme nouvelle et même audacieuse, je pense même ludique. On voit aussi un désir fort de fusion avec la nature et le paysage avec les toits végétalisés.
Alors, bien caché dans ce paysage breton, il doit faire bon partir de son petit bunker de béton pour se rendre en maillot à la piscine et à la salle à manger de ce petit village-vacances perdu dans la verdure.
Une idée de ces architectes ?
Pour retrouver tout le travail de Claude Lothier sur la perspective et sur les objets qui y sont liés comme l'œil, le mazzochio de Paolo Uccello, les joies de la spatialité de papier et des images, allez ici :
http://leblogdeclaudelothier.blogspot.fr/search/label/Mazzocchio 

Dernière Minute ! Dernière minute !
Le 4 juillet 2019.
Le rangement ça a du bon, surtout quand la mémoire va avec. Voilà que je retombe complétement par hasard ce matin sur cette carte postale :


On y reconnait bien entendu le centre de vacances présenté ci-dessus mais cette fois, en lieu et place d'une photographie, nous avons un dessin. Et grâce à lui, nous avons donc le nom de l'architecte puisque ce dessin est signé et que l'éditeur de la carte postale précise bien au dos : architecture et dessin de Jean Guillon.
Difficile de savoir si ce dessin est celui du projet ou un dessin effectué après la construction de ce beau et curieux centre de vacances de Ker Al Lann à Guitté.
La carte postale fut expédiée en 1992 mais je crois bien que sans trop de risque d'erreur  que nous pouvons dater la construction à quelques années auparavant.
Et pourquoi éditer un tel dessin ?
le vacancier aime-t-il mieux ce type de représentation ? J'en doute.
On remarque aussi que le point de vue imaginaire (?) de l'architecte est bien celui de l'avion et on peut presque superposer les deux vues l'une sur l'autre.
En tout cas, nous reste un beau centre de vacances, bien dessiné, original à la fois par son parti pris architectural mais aussi maintenant par sa représentation.
Merci Monsieur Jean Guillon !

Depuis le ciel satellitaire :





jeudi 24 décembre 2015

La lumière entre, la lumière entre tout



















Premier plan :
Un peu en hauteur, dans l'ombre de ce qui est derrière, placer le cadre, placer l'objectivité. Ne rien perturber, ne rien refuser, laisser monter, le temps de la pose, les gris chatoyants. Des arbres maigrelets, un terrain lisse et vide dont seules les courbes des engins jardiniers disent encore leurs passages et laisser à gauche une silhouette si minuscule que son sac blanc est comme un accroc dans l'image. Il y a beaucoup d'entre : entre les tours, entre les chemins, entre les fenêtres, entre les absences. Ça fait croire au silence. Mais soudain, il faudra tout de même se poser la question : d'où vient cette lumière et qui sert-elle ? Les murs renvoient, le ciel répond. Perfection.
















 


Deuxième plan :
Être debout et en face. Il faut que ça tienne dans le cadre, il faut que le rangement tranquille soit lisible. Une, puis deux, puis trois tours. Leur équidistance est justice. L'urbanisme croit bien faire, il avait raison sans doute. Combler l'espace libéré mais avec quoi ? On n'a pas encore appris avec quoi. C'est tout neuf cette idée. Là, aussi les arbres feront croire au jardin, à la nature. Et encore cette blancheur dure qui signe l'écran des murs. La grille est décorée de rideaux, il faut faire l'intimité même à 15 mètres de haut sans vis-à-vis. L'autre ? Il est sur le palier. On lui écrit à Noël et en juillet.



















Troisième plan :
Les fils électriques zèbrent le premier plan. Laissons-les, ne tentons-rien, ça dit la modernité. Un parking où les arbrisseaux devront grandir, alignés comme à la revue. Sur la route pas encore goudronnée, restent les traces de notre demi-tour. Il a donc fallu hésiter, se tromper. De ce côté, les balcons racontent les petits aménagements. Les fenêtres sont debout. Les pilotis sont une concession heureuse et bien apprise. Après tout, ça marche.
Et cette lumière encore qui s'écrase sur l'ensemble, le grand ensemble. Elle ne fait pas semblant, elle tape dur. Elle sert le photographe, elle sert la géométrie, elle souligne les arêtes vives des formes. Et partout, à tous les étages, on s'en réjouit et on la calme à coup de mousseline. La lumière est présente, l'eau est courante, l'air est tournant.
On remerciera plus tard Messieurs Toumaniantz et Horn. Plus tard. Les enfants viennent de rentrer, il faut préparer le diner.

par ordre d'apparition :
- Arras, cité des Hauts Blancs Monts, architectes Toumaniantz et Horn. Édition Estel sans date ni nom de photographe.
- Arras, cité des Hauts Blancs Monts, architectes Toumaniantz et Horn. Édition Estel sans date, sans nom de photographe.
- Arras, cité des Hauts Blancs Monts, concession Chambre de Commerce d'Arras. Édition Combier sans nom d'architecte, ni de photographe et non datée.

mercredi 23 décembre 2015

L'autre belle église du Havre

On évoque souvent ici et à raison la très belle église St-Joseph du Havre dessinée par Auguste Perret, mais cela fait longtemps que je voulais vous parler d'une autre très belle église du Havre, cette fois c'est Saint-Michel.
La voici :



La carte postale des éditions Société Nouvelle en Belcolor d'après Ecktachrome (sic!) nous donne beaucoup d'informations. D'abord le nom de l'architecte Henri Colboc mais aussi la date de la construction de l'église : 1964.
On est frappé par le registre formel de cette église faite d'un bloc dont le toit se détache pour s'ouvrir en aile et laisser passer la lumière. La porte au centre sous un dais somptueux de béton et les dalles de béton gravillonné aux joints visibles finissent une composition austère, sévère mais d'une très grande puissance plastique. Ajoutons un campanile bien détaché qui semble enregistrer dans les courbes de son altitude les ondes des sonneries des cloches et nous aurons un superbe objet architectural un rien coincé dans le fond de sa parcelle. On devine aussi que l'architecte a parfaitement joué avec le vocabulaire du Maître Perret et que l'ensemble de la construction s'intègre parfaitement à l'histoire de l'architecture de ce Havre reconstruit.
On retrouve ici l'église Saint-Michel :



Cette édition Yvon en Draeger procédé 301 (un top !) nous montre d'un peu plus près la construction. Si le point de vue est similaire c'est que simplement il est difficile d'en trouver un autre et même, je crois d'expérience, que c'est bien le seul qui puisse rendre l'église lisible. On peut même dire que sans doute, dans ce point de vue, Henri Colboc a placé tous ses atouts d'architecte. L'arrière de la construction n'offre pas vraiment de surprise. Pour l'intérieur... je n'en sais rien ! L'église est fermée à chacune de mes visites ! On imagine pourtant que le jeu des ouvertures et la simplicité de l'élévation doivent réserver de belles surprises. Dommage que dans une ville d'attrait touristique et architectural, une telle œuvre ne soit pas plus visible pour les amateurs...
On ne peut pas toujours vouloir du Perret au Havre ! Ouvrez vos églises ! Surtout quand elles ont cette force !
Je vous mets également quelques images prises sur place il y a peu de temps. Et un ou deux petits rappels... Ça ne fait pas de mal !



 

































dimanche 20 décembre 2015

L'amour à 12H58





"Je t'ai d'abord regardée arriver du fond de cette allée piétonne et les couleurs venaient rythmer tes pas. J'avais de mon côté la main d'Alvar dans la mienne et je regardais sa mère, toi, venir vers nous deux, aussi simplement, tranquillement que si nous devions toujours faire ainsi : nous rejoindre.
Depuis que nous nous sommes rencontrés à la Grande Motte (tu t'en souviens ?)  depuis ce jour nous avons su que ce serait toujours comme ça, un désir permanent de se retrouver, de revivre l'intensité de ce moment.
Ton imper jaune était un petit soleil posé sur une paire de bottes noires que tu avais achetées à Cherbourg, j'en connaissais tous les secrets et j'aimais le matin les trouver debout, vides, à l'entrée de l'appartement, comme j'aimais ce geste si particulier que tu avais pour jeter cet imper sur un fauteuil ou le plier joliment sur le dos d'une chaise d'un restaurant. Il faisait du bruit cet imper jaune, un bruit de caoutchouc, un peu. Ça crissait. Je t'ai vue tant de fois, l'ouvrant généreusement, y installer Alvar comme si vous étiez tous deux, trottinant dans la rue, réfugiés dans une petite tente de camping ambulante. Et vous couriez tous deux, Alvar et toi, et vous vous amusiez tous deux de la pluie et vous râliez après moi que je n'arrive pas à ouvrir rapidement la porte de la Renault.
À Lyon, nous étions encore séparés. Tu avais voulu prendre du recul, réfléchir. Tu m'avais dit ça comme ça. J'avais compris. J'avais expliqué à Alvar, sans lui mentir, pourquoi parfois il faut être un peu loin pour aimer mieux. Nous avions attendu tous les deux à la maison ton retour. Alvar avait posé à côté du téléphone sa chaise, celle minuscule en rotin qui venait d'Allemagne, celle que Hans lui avait offerte pour ses deux ans. Il attendait là des heures que le téléphone sonne, que tu appelles. Tu as appelé. Nous avions pris le train pour venir te retrouver. Rien de précipité, tu n'as pas couru vers nous, tu as marché sous cette lumière colorée de ce pas décidé, affirmé et joyeux. Le rythme des talons de tes bottes était la musique dont Alvar et moi avions besoin. J'ai senti une tension dans mon bras droit. C'était Alvar qui tirait dessus, qui lâcha ma main pour faire, en courant vers toi, les quelques derniers mètres. Tu as fait ce geste que tu fais toujours avec lui de t'agenouiller, de te mettre à sa hauteur, de le serrer fort. Je n'ai pas bouger. J'ai regardée, usé à mort ma rétine pour retenir ça. C'est ma plus belle image, Sidonie.
Ma plus belle image.
Momo."
 - Tu as fait une faute à bouger que tu as écrit ER au lieu de É. Mais le ton est bien. Je ne te savais pas ainsi capable d'écrire comme ça.
 - J'ai l'air si bête frangin ?
 - Oh écoute tu sais bien... Qui te faisait tes rédacs au lycée ? Qui ?
 - Ba oui Gilles mais là c'est pas une rédac comme tu dis, c'est pour un anniversaire.
 - Oui, eh bien c'est bien. C'est bien tourné comme on dit. Et vous en êtes où tous les deux ?
 - Comment ça ? Où ?
 - Ça va mieux tous les deux ? Pas de nouveau départ ?
 - Oh non non ! C'est génial ! C'est une vieille histoire maintenant. Elle a même parlé d'un frère ou d'une sœur pour Alvar mais bon, j'suis pas chaud pour ça.
 - Ah ? Ça pourrait être bien pour vous et surtout pour Alvar. Il en pense quoi le gamin ?
 - Il est d'accord mais il veut pas changer les couches ! Tu crois ça toi ! Il a 10 ans et c'est sa seule pensée ! Il veut pas donner ses jouets non plus. Ni sa chambre...
 - Pas très chaud quoi ! Je vais lui parler. Hans aussi. Hans sait bien parler avec Alvar.
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 - Allo ? Allo ?..... Allo ?
 - Oui ? Je t'entends Jean-Michel, allo ?
 - Ah.... Allo ? Oui... Tu m'entends ?
 - Oui, c'est bon, je t'entends. Comment vas......
 - Allo ? Oui, bien , je vais bien. Je rentre pas ce soir, je .....
 - Quoi ? Ce soir tu rentres ce soir ? Allo ?
 - Pardon Madame, la ligne est très mauvaise, je n'entends pas bien ma femme.
 - Oui, Monsieur Lestrade je sais, ça fait ça des fois, tenez, mettez-vous là, sur mon poste, faites le 4 pour sortir et votre numéro.
 - Ah ! Merci. Merci. Allo ?
 - Ah ! Enfin, je t'entends bien mieux, tu m'as raccroché au nez !
 - Oui, j'ai changé de poste car l'autre ne marchait pas bien. Bon, écoute, l'essentiel c'est que je ne rentre pas ce soir, je reste jusqu'à demain, le directeur...
 - Quoi ? tu n'as pas encore su dire non ! Je te rappelle Jean-Michel que Hans et Gilles arrivent demain d'Allemagne et que ce serait bien que tu sois là pour Noël...
 - Oui, écoute ne t'énerve pas, je prendrai l'autoroute mais je dois finir le rendu de ce chantier ici.
 - Ah toujours ta conscience professionnelle ! Rien de ce que tu as construit ne s'est écroulé que je sache ? Bon... Il te faut combien de temps pour revenir de Pleaux ?
 - S'il n'y a pas de neige, euh disons... 6 heures... je serai...
 - Bien, bon, je mettrai la dinde à cuire en conséquence, tu verras que c'est encore Gilles et Hans arrivant d'Allemagne qui seront là avant toi.... Bon, fais attention à toi. Sois prudent sur la route. J'aime mieux que tu arrives tard que pas du tout.
 - Oui, Jocelyne. Je te le promets. Je t'embrasse ma Princesse. À demain.
 - Oui à demain. Je t'attends.



Par ordre d'apparition :
 - Lyon, Centre d'échanges gare de Perrache, mail piétons, Atelier d'Architecture et d'Urbanisme, René Gagès. Édition Combier, non datée, pas de photographe nommé.
 - Pleaux, centre de vacances C.C.A.S, le foyer, la nuit. Photographie et édition de Sully, pas de nom d'architecte.

Merci Claude pour cette donation.