jeudi 28 décembre 2017

Michel Holley aux Emmaüs

Mon frère Christophe est un vrai chineur et un vrai fouineur et il sait aussi comment me faire plaisir. Parfois nous allons aux Emmaüs ensembles, parfois il y va seul. C'est l'un de ces jours qu'il a déniché cette belle surprise :



Ce livre de Michel Holley retrace sa carrière. Il faut le dire, Michel Holley est en passe de devenir une sorte d'icône d'un Brutalisme à la française, c'est un dire un Brutalisme d'état, parisien, un Brutalisme d'aménageurs et de promoteurs. Il est surtout pour nous amateurs de belles architectures radicales et monolithiques l'auteur des Olympiades à Paris, sommet de l'architecture arrogante au Paris Haussmannien, sorte d'apogée des Trente Glorieuses et modèle décrié pendant des années avant son retour en grâce par le jeu amusant du Vintage, des utopies bazardées et aussi, parce que notre génération, stupidement nostalgique et déçue d'un avenir qui n'a pas eu lieu, aime à replonger dans les errements urbanistiques gaullistes, pompidoliens et enfin giscardiens comme on replonge dans un coffre à jouets dans lequel aucun n'est indemne.
Je suis de ceux-là, tout ce blog raconte ce à rebours.
Les Olympiades c'est tout de même une immense carrière de béton, une sorte de mines de gemmes totémiques, une violence donc sans égard mais qui, dans certaines délicatesses, offrent l'opportunité de faire de l'architecture c'est à dire une émotion spatiale dont les images fictionnelles remplissent aussi les manques. Et puis toujours cette belle incertitude, voir incompréhension que cela a bien été, que cela existe pour de vrai, comme si l'échelle démente (folle vraiment), le matériau et son moulage, le vide de sa dalle formaient une sorte d'absolu de la Ville moderne.
Il faut aller aux Olympiades pour vivre ce sentiment magistral, cet écrasement, cette surprise aussi d'aimer ça et de savoir immédiatement que l'on est quelque part de vraiment spécial, d'unique et de surtout théâtral. J'adore ça, j'en prends un shoot dès que je peux, notamment pour aller voir mes amis Ruihan, Jing et Xuefei qui n'habitent pas très loin.
Sur ce blog, nous avons déjà vu Les Olympiades et maintenant des émissions de radios, des articles en chantent aussi leur place dans l'Histoire des aménagements de Paris. Je parie pour un classement bientôt et cela serait justice.
Mais dans ce livre, Michel Holley nous raconte toutes son histoire architecturale. On y croise d'ailleurs beaucoup Raymond Lopez que nous aimons aussi beaucoup sur ce blog et un très long article raconte la genèse de la Caisse d'Allocations Familiales que j'avais attribuée comme tout le monde à Raymond Lopez. Michel Holley rappelle avec force qu'il en est sans aucun doute l'auteur principal et il donne toutes les informations sur cette réalité. C'est passionnant. On s'amuse d'ailleurs que Michel Holley commence chacun de ses chapitres par une même phrase : "Lopez rentre tard, il pose son chapeau, s'assoit sur le tabouret voisin et vide sa gibecière : aujourd'hui c'est..." donnant ainsi à Raymond Lopez, tout au long de ce livre, le rôle de déclencheur et offrant à Michel Holley l'opportunité de s'exprimer seul. Le livre est ainsi construit, un chapitre par projet réalisé ou non, quelques textes théoriques sur les aménagements de Paris et un interview final. On s'ennuie un peu, ça manque de débats, la pagination est triste, l'iconographie quoique riche nous laisse sur notre fin. Dommage. La radicalité des propositions de Michel Holley méritait mieux, méritait, oui, un vrai travail de composition textes-images  ainsi qu'un choix de photographies disons plus significatives du talent et de la spécificité de cette personnalité maintenant incontournable. Mais le ton de l'ouvrage, l'écriture très directe de l'auteur, le sautillement joyeux de l'époque et la vivacité du travail, tout cela transparait tout de même. On sent que l'auteur est étonné lui-même de l'occasion qui lui est donné de faire ainsi un livre, d'enfin pouvoir être rattrapé par l'Histoire de l'Architecture parfois oublieuse des grands architectes et surtout des grands constructeurs. Et puis, cerise sur le gâteau, cet exemplaire acheté aux Emmaüs porte une dédicace de l'auteur ! Rien moins que cela. En effet cette dédicace est écrite pour Dominique Monsaingeon, grand promoteur dont on trouve une trace ici dans un article du Monde. Comment ce livre est arrivé aux Emmaüs...Mystère...


Alors ne boudons pas le plaisir de se sentir ainsi un peu en proximité avec l'un des architectes qui m'a donné à Paris des occasions de jouir de l'espace, du béton, du métal, d'une poésie invincible, celle d'une architecture sans compromis, puissante, faisant enfin monter Paris vers le ciel, un urbanisme vertical en quelque sorte.
Merci Christophe pour cette très belle découverte aux Emmaüs et ce livre ne sera donc pas perdu, il trouvera dans ma bibliothèque des amis naturels.

Urbanisme Vertical et autres souvenirs
Michel Holley
éditions Somogy, 2012

Quelques extraits :







































Je vous propose pour fêter cela de voir ou revoir quelques cartes postales dont j'hésite maintenant à reclasser certaines en les faisant passer du classeur de Raymond Lopez à celui de Michel Holley ! Nous continuerons de toute manière à chercher et montrer l'œuvre de Monsieur Holley sur ce blog.

Pour moi l'une des plus belles réalisations, des plus modestes aussi  :



Cette carte postale JOS, nous montre le centre de Thalassothérapie Louison Bobet à Quiberon, je ne résiste pas à vous donner aussi une partie du texte de Michel Holley et surtout sa conclusion d'une désarmante honnêteté sur les dérives (navales et maritimes) de l'aménagement du littoral !






































 Voici deux cartes postales du Front de Seine, dalle de Beaugrenelle. Certainement aujourd'hui l'un des lieux les plus photographiés et visités par les aficionados du béton parisien, on y tourne même des clips ! Malheureusement, aujourd'hui en partie défigurée, cette dalle dont toute la force naissait de sa minéralité et du canyon des tours est aujourd'hui passée sous les fourches d'un verdissement commercial stupide et raté.
Une carte postale des éditions Yvon, photo aérienne de Thomas d'Hoste non datée :


Une carte postale des éditions Chantal sans nom de photographe :


Une indispensable carte postale des Olympiades par les éditions P.I. dont l'architecte pour l'éditeur n'est pas Michel Holley mais Jean Chaillet ! Ce nom n'apparait nulle part dans le livre de Michel Holley...Tiens donc... 






































Pour finir et démontrer que les écoles du béton ne naissent pas toujours des mêmes imaginaires, voici comment Michel Holley, l'air de rien (vraiment...) règle son compte à Paul Virilio et Claude Parent mais aussi au Brutalisme dont pourtant aujourd'hui de par la franchise structurelle, l'intelligence de la construction et surtout par l'image violente de son architecture, il porte tout de même une certaine forme d'héritage. On sait ici quelle école nous défendons.







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