mardi 17 mai 2016

Ich will einen Liebhaber mit Lederhose gekleidet


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 - Millenouvesonsouéssante.
 - 1960 ? Mais Hans t'es sûr ?
 - Ja. ja, millenouvesonsouéssante. Écrit là.
 - Non ? On dirait une photo d'avant la guerre...
 - Ja, Ja, mais costume faire ça, en costume tous vieux, ah... costume floqueriqueux, fleuquerique ?
 - Oui ! Folkloriques !
Alvar discutait déjà depuis plus de deux heures avec son oncle Hans, compagnon de Gilles. Hans avait toujours littéralement adoré le petit Alvar, dès sa naissance. Il lui fit même toucher le plafond de la maternité en le soulevant dans ses bras le lendemain de sa naissance ce qui effraya un rien Sidonie la mère de Alvar. Du bout de ses bras, Hans porta ainsi en tournant autour du lit le nouveau né en criant des onomatopées de joies et des "wilkomen wilkomen" qui firent rire tout le monde.
Maintenant il devait être deux heures du matin et les deux complices regardaient les photos de la jeunesse de Hans et de Gilles. Alvar tentait de trouver le moment de leur rencontre dans les images. Ici, une photographie de la Grande Motte, là un des joueurs de Hockey avec Gilles un peu à part.



Mais cette photographie de Hans en costume folklorique portant la fameuse Lederhose, culotte de cuir tyrolienne, dans ce groupe de musiciens étonnait beaucoup Alvar car il n'aurait jamais pu croire que ce grand gaillard musculeux et sportif aurait pu ainsi participer à ce type d'activité un rien surannée.



Hans pointa son visage.
 - Là, moi.
Et éclata de rire.



 - Et là, mon petit ami avant Gilles. Tu vois... Pour ça que Gilles aime pas cette photographie. Tu comprends ?
 - Ah oui ! Je comprends ! Tu avais quel âge ?
 - 15 ans. Je compte bien. 15 ou 16. Lui, 18 ou 17... Beau non ?
 - Euh... bah... euh... tu sais moi les garçons affirma gentiment Alvar...
 - Ah oui ! Mais toi, toi tu aurais aimé la fille là, ma cousine !
Hans pointa alors la dernière fille à gauche sur l'image et tous deux éclatèrent de rire.
 - Et dis donc Tonton, les culottes de cuir comme ça c'est confortable ?
 - Lederhose ? Oh ja ja très ! Très à l'aise. Très sexy. Ja ! J'aime beaucoup encore... Tu veux voir ? J'ai toujours.
Alvar n'eut pas le temps de répondre que Hans alla dans le placard et ramena à Alvar sa culotte de peau et la ceinture brodée et damasquinée qui allait avec.
 -Toi, mets-la ! Si si, trop marrant.
Alvar hésita puis pris par le jeu alla enfiler la culotte de peau qui lui allait comme un gant. La vision d'Alvar avec cette culotte sous son t-shirt Metallica fit rire Hans.
 - Va bien, Ja ! Va bien ! Très mode !
Les éclats de rire réveillèrent Gilles qui trouva son neveu en culotte de peau debout dans le salon et Hans accroupi en train de rire à gorge déployée.
 - À toi aussi il a réussi à la faire essayer ! Hans... Remarque, faut dire que ça te va bien Alvar !
 - Ça gratte un peu mais c'est vrai c'est très souple, on est à l'aise ! Affirma de suite Alvar en faisant des grands mouvements de jambes pour prouver ses dires.
 - Il t'a montré Gottfried ? Son ancien ami ? demanda Gilles à Alvar
 - Ja oui, Ja, j'ai montré Gottfried ! répondit Hans.
 - Il est devenu quoi ce Gottfried, demanda Alvar...
 - Gottfried ? Il est propriétaire d'une chaîne de marchands de chaussures en Allemagne. Il est blindé ! Hans aurait mieux fait de rester avec lui !
 - Oui, oui, très riche affirma Hans mais porte pas aussi bien la Lederhose que Gilles ! Alors... je suis avec Gilles !................................................


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Il faisait une chaleur écrasante.
Un été de tôle.
Et le ciel sur Neviges tournait au turquoise.
 - Tu n'as pas trop chaud avec cette culotte de cuir ? demanda Gilles à Alvar.
 - Non, non, Tonton ça respire !
Le ça fit rire Gilles et Hans et soudain, Alvar comprit l'allusion.
 - Oui... Messieurs, ça respire.... Et Alvar entama devant l'église de Neviges les mêmes pas dégingandés qu'il avait fait la nuit de sa découverte de cette culotte ! Il avait une sacrée allure Alvar ! Une paire de Nike basse bleu nuit, pas de chaussettes, la culotte de peau aux revers retroussés, son T-shirt de hockey de l'équipe des Red Wings comme celui que portait Alan Ruck et que Hans lui avait ramené des U.S.A et une casquette de toile noire, ramenée elle-aussi des U.S.A mais offerte par Gilles.
Étrangement devant le béton brutaliste de l'architecte Böhm, il semblait parfaitement en accord, comme si, comme pour l'architecture, tout tenait dans le mélange des genres, le choc des contrastes. La culotte était comme le clocheton de la vieille bâtisse à l'arrière et le reste de son habillement comme l'église de béton. La joie aussi venait souligner les disparités.
Mais soudain, devant le rocher de béton, devant la masse puissante, Alvar comprit pourquoi Hans et Gilles l'avait amené ici. Tout lui tomba sur le crâne, l'architecture, la joie et une forme inédite de malaise. Celui d'une émotion gigantesque que le soleil écrasant venait accentuer. Gilles et Hans eurent peur. Alvar devint cramoisi, puis il dut s'asseoir.
 - Oh la, gamin ! Oh la ! Assieds-toi, assieds-toi mon gars !
Gilles soutint son neveu, et Hans lui vida doucement sa bouteille d'eau sur la tête.
Alvar assis sur les marches reprit des forces.
 - Sonnenstich ? demanda Hans.
 - Oui, insolation ou syndrome de Stendhal, reprit Gilles.
 - J'ai pas assez dormi, balbutia Alvar. La vache... J'ai pas assez dormi, ça m'est tombé dessus...
La gravité continua à jouer sur le rocher de béton. La petite flaque d'eau au pied d'Alvar sécha en quelques secondes. Un peu du cuir de la culotte resta accroché aux pavés de Neviges.

Par odre d'apparitions :
 - Carte photo, photographie de Robert Traunmüller, Hopfgarten, Tyrol.
 - Neviges-Velbert, Neue Wallfahrtskirche und Kloster, éditions Schoning, l'architecte Gottfried Böhm n'est pas nommé pas plus que le photographe.
Merci Cécile Desvignes pour ce très beau cadeau.






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