dimanche 22 juin 2014

Depuis la hauteur

Il arrive que l'architecture sacrée, dans sa plus belle expression, soit attentive à des formes discrètes, reconnues, même neutres.
On a vu des églises bunker qui invoquent la grotte de Lourdes, des paraboloïdes hyperboliques qui chantent la technologie et l'élan français. Regardons à nouveau, dans la ville, le hangar pour Dieu :



À Lunéville, l'église St Léopold est posée au milieu de la ville comme pour recevoir les dirigeables. Elle forme un contraste simple avec le reste du bâti dont certaines ruines indiqueraient la nécessité d'une telle construction. Pourquoi construire une église aussi particulière dans une forme qui ne l'est pas, dans une forme qui est celle connue d'autres types architecturaux ?
Vous me direz que Notre-Dame-de-Royan doit beaucoup de sa forme à celle des silos à grain. Pourquoi ne pas évoquer ainsi la typologie du hangar ?



Parce que c'est beau.
La beauté ici tient dans cet écart entre l'attendu d'un programme et l'étonnement de sa réalisation. Dieu peut bien être chanté dans un hangar, il le fut dans une crèche... Et si l'église est avant tout l'assemblée des fidèles, alors un béton courbé d'un seul geste pourra faire l'affaire. Et la hauteur, la douceur un peu sereine de cette courbe, son contraste avec la ville, la lecture même de cette forme comme indifférente à sa fonction, presque ready-made, sa modestie tranquille fabriqueront un lieu simple, dépouillé qui convient parfaitement à ce qu'il y a à faire là. Une tige tournoyante comme un foret s'élançant dans le ciel et s'enfonçant dans le sol fera le seul signe nécessaire à la reconnaissance de la fonction d'appel : le campanile.
Mais Dieu pourrait aussi aimer ça :



Olivier Caplain, l'architecte de l'église Saint François d'Assise à Gonesse dans le quartier de la Fauconnière fait un geste, une forme moderne qui doit se lire immédiatement comme un événement urbain au milieu d'un grand ensemble. On connaît cette pratique qui fait de l'église posée au milieu des barres, une sorte de monument particulier, d'objet d'art, comme le bibelot exotique posé sur une étagère.
L'objet est beau, offrant une forme circulaire qui se brise vers l'intérieur pour former l'entrée. Le toit est une petite merveille de plis comme une collerette et permet d'ouvrir à l'alternance de ses angles, l'église à la lumière. L'ensemble tente d'afficher une épaisseur des murs, quelque chose de retenu vers l'extérieur comme pour isoler l'intérieur du tumulte de la vie. Du moins, en donner à l'œil le sentiment.
La pierre et le jeu d'eau d'un bassin ainsi que le clocher accentuent enfin l'événement architectural. Il ne fait aucun doute que cette église contemporaine est un objet de... culte.
On remarquera que le photographe des éditions Yvon est allé chercher un point de vue en hauteur comme pour affirmer un peu plus l'importance du dessin du toit de cette église Saint François d'Assise. Peut-on affirmer que l'architecte, Olivier Caplain, sachant que les habitants seraient surtout logés en hauteur dans des tours, auraient plaisir à voir du dessus cette église et, en conséquence de cette prédominance du point de vue, l'architecte aurait particulièrement soigné le toit de son église ?
Difficile de l'affirmer mais, ce qui est certain, c'est que Dieu, depuis ses hauteurs, doit aimer ainsi voir ce beau dessin d'un hangar à Lunéville et d'une collerette à Gonesse.



Aucun commentaire:

Publier un commentaire