dimanche 23 août 2026

La modestie comme terrain de recherche en architecture : une église

Vous l'aurez compris si vous êtes un ou une fidèle de ce blog, en ce moment, je range. 
Tentative de mettre de l'ordre une bonne fois pour toute pour l'anniversaire des vingt ans de ce blog qui arrive rapidement ? Signe d'un désir de clore un fois pour toute ce blog, de tout ranger pour ceux qui viendront récupérer ce travail ? Nécessité de se régaler à nouveau de mes propres archives qui ressemblent plus à des tas mal ordonnés qu'à un inventaire Penser/Classer perecquien ?

Un peu de tout cela sans doute.

Je m'aperçois donc que mon très gros classeur consacré (c'est le cas de le dire) à l'Art Sacré du Vingtième Siècle est plein, qu'il déborde et que nombres de cartes postales d'églises modernes ne peuvent plus l'intégrer. Il faut faire quelque chose...je vais donc ouvrir un autre classeur. En attendant, je m'émeues de cette paire de cartes postales nous montrant une bien attendrissante réalisation, une petite chose moderne, un concentré de modestie de gestes architecturaux. Oh..ici pas de grandiloquence de gestes, pas de signes trop évidents de faire mÔderne, pas de posture de l'architecte. Une sorte de modernité a minima comme on les aime tant ici sur ce blog, petites bâtisses de Province que l'on trouve au coin d'une rue sans le dédain prédateur des photographes contemporains en safari de trophées de la France oubliée, oubliée de leurs yeux uniquement...
On sait comment le génie de l'architecture vient souvent de l'accord parfait entre un certain ordre de l'économie et la qualité d'une écriture. Comment faire maigre sans que cela se voit et même en proposant un signe qui suffira à faire l'événement architectural. C'est là que l'on reconnaît un bon architecte tirant parti de la parcelle ingrate, du peu d'argent d'une paroisse, de l'élan d'une communauté, parfois même travaillant pour pas grand chose, juste pour s'offrir et offrir une église à des croyants : un geste.
Je suis très sensible à cette économie comme base d'un travail architectural. 
Le béton pas trop cher permet souvent cela ou bien une carrière de pierres pas trop loin ou, pour certaines régions, une production de bois permettant de faire rapidement un mur, un plafond, un autel.

Ce sentiment de modestie parfois est lui-même la vedette de l'église. On se doit d'en chanter sa pauvreté, mettant l'accent non pas tant sur le lieu et son esbroufe mais sur le rassemblement des fidèles, véritable raison de sa fonction. Après tout, on le sait, on peut faire église partout et de presque n'importe quel espace si on le veut ce qui n'est pas le cas d'autres programmes architecturaux.
On pourrait dire d'ailleurs que le vrai Brutalisme (pas celui galvaudé d'aujourd'hui) est un néo-brutalisme provenant de la lecture immédiate de ce désir de modestie, d'évidence des choix, de lecture sans camouflage des options prises : tout est là sous nos yeux.

Alors je vais vous montrer d'abord un espace intérieur, celui d'une organisation spatiale prise par les enjeux de la Foi mais certainement aussi par ce désir d'économie :


Avouez que l'image de cet espace est particulièrement belle à ce titre. Tout pousse, tout converge dans cet arc de cercle vers l'autel qui est ramassé dans un coin dont la croix si fine est le centre. Mettre Dieu au coin en quelque sorte. N'est-elle pas saisissante cette mise en scène ? On devine aussi la structure de béton depuis le toit qui prend appui sur le pilier du fond qui semble porter tout à lui tout seul. Il sera facile de faire ici une analogie poétique sur ce soutien unique. L'ensemble est baigné d'une lumière un peu mauve, délicate que l'événement des grandes baies mette en scène. La lumière est assez violente pour qu'on comprenne le désir d'en faire un signe liturgique. La lumière surgit. Pour le reste...pas de mobilier liturgique d'un grand sculpteur abstrait se payant un lieu de culte, pas de vitraux rugissant par des couleurs et des compositions bavardes, pas de matériaux étonnants  ou de contre-pieds spatiaux mettant en cause la liturgie et ses moyens. Non. Tout est calme, tendre, silencieux, à prendre ou à laisser en quelque sorte. Mais comment le photographe des éditions Erté a-t-il trouvé sa hauteur ? Est-il sur un escabeau ?
Et où sommes-nous ? Nous sommes dans l'église Notre-Dame de la Paix à Saint-Raphaël. On notera que l'éditeur éditions "Arts Graphiques" pour Erté ne nomme pas son photographe ni l'architecte qui serait J. Vineïs dont j'avoue ne rien savoir. Comment a-t-il eu ce chantier ? comment a-t-il travaillé avec les paroissiens ? Par quoi a-t-il été formé ?

Retrouvons-nous à l'extérieur :



Voilà un parfait exemple de comment un désir d'image fabrique une certaine architecture. La mise en scène ici est totale et on devine bien que tout le geste de l'architecte aura trouvé son expression dans la fabrication de ce point de vue ! D'abord l'érection soudaine de se clocher de pierre qui par contraste semble presque étranger à la construction qui, si on enlève ce clocher, ressemble plus à une modeste salle des fêtes ou un foyer rural qu'à une église. Faites comme moi le geste avec votre main de couper le haut du clocher et vous verrez...
Tout est triangles et pointes. Tout est élan vers ce clocher qui est l'événement de cette petite architecture, le morceau de bravoure, la certitude d'une reconnaissance immédiate de la fonction du lieu. Ici la modestie est presque campagnarde, du moins comme l'image que l'on a du petit campanile ou clocher d'une église de village montée pierre à pierre par les villageois eux-mêmes. Le plan est bien un triangle dont la pointe reçoit donc à la fois l'autel et le clocher. Simple, efficace et symbolique.
Comment la Grande Histoire de l'Architecture se doit de prendre avec elle ou pas ce genre mineur ? Comment faire Patrimoine ou pas de cette modestie ? La religion catholique et chrétienne en général qui nous chante souvent la force de la résilience pourrait-elle supporter la disparition de ce lieu de culte ? Comment animer dans les imaginaires des futurs architectes la possibilité justement d'une architecture modeste, peu bavarde, efficace mais aussi sachant rester symbolique ? Qui pour, justement face au désir du Patrimoine de surtout souligner et défendre ce qui est exceptionnel, qui donc pour dire qu'il y a bien là un geste, une école, un chemin vers une forme de justesse ?
Est-ce par hasard si sur le fronton de la porte d'entrée de cette modeste et touchante église Notre-Dame de la Paix est inscrit :
VENEZ et VOYEZ.

Je retourne à mon rangement.






vendredi 21 août 2026

Architectures avec des autorités dedans

 Ah...les joies du rangement et du tri...Faire disparaître les tas de cartes postales trainant sur le mobilier Ikea vers les classeurs du rangement salutaire qui permet très souvent de croiser les noms des architectes et de faire les liens entre des cartes postales nouvellement arrivées et les anciennes un peu endormies depuis vingt ans.

Je tombe sur ça...

...et je me dis que vraiment c'est le genre de machine architecturale que j'adore. C'est implacable, raide, parfaitement bien dessiné et la photographie, au soleil un rien dure, donne à la façade toute ses chances.
Purée...c'est vraiment ce genre de cartes qui me fait vibrer, heureux de cette architecture donnant à voir en quelque sorte le sérieux et la rigueur que nécessite ce qu'elle abrite. Ça rigole pas, on est pas là pour faire du bulbeux érotico-auto-construit, de la courbe naturelle, du machin bizarre, on est là pour que le formulaire 2B trouve le bureau du troisième étage ou Mademoiselle Dubreuil  saura le classer : une préfecture. Une belle et bien sérieuse préfecture. Celle de la Drôme en l'occurence, celle de Valence. La carte Lumicap malheureusement ne nomme pas son photographe. On le regrette car cette image est saisissante dans sa lumière. Par contre, oui, nous avons le nom des deux architectes : Maurice Biny et G. Goldfard.
Ah que j'aimerais m'y perdre dans les couloirs, y attendre trop longtemps en salle d'attente mon tour de passage au guichet pour un renouvellement de carte grise, sentir sous mes fesses une chauffeuse en tube d'acier et moleskine ayant au moins cinquante ans, entendre dans les bureaux fermés les téléphones qui sonnent sans que personne n'y réponde. Muriel est en congés et ce n'est pas à Jean-Claude de faire son travail. Bref...j'adore cette préfecture.
Mais...comme elle est bien encombrée maintenant, disparaissant derrière un machin courbé prétentieux avec grand effort de faire moderne et respectueux. On ne voit plus le bel escalier et l'écriture de la façade. Tant pis...j'ai mon image pour mes rêves et mes fictions.
On notera qu'une église à Pouzin, dessinée par Maurice Biny est publiée dans Architecture d'Aujourd'hui en 1957. On en reparlera le temps venu.
Sur cette autre carte postale, on retrouve bien la Préfecture, cette fois, prise dans son tissu urbain. On voit bien sur quelle parcelle l'agrandissement récent a été effectué mais aussi comment le bâtiment contrastait alors avec le reste de la ville. On notera que la carte postale Cellard (célèbre pour ses prises de vue aériennes) se trompe sur l'orthographe du nom de l'architecte, Bimy en lieu est place de Biny. Ça arrive souvent.


L'autre merveille :


Nous sommes devant un très bel ensemble mais sauriez-vous me dire ce qu'il contient ? Car, vous avouerez que son beau dessin, sorte d'Architectone blanc aux verticales sombres très appuyées ne manque ni d'élégance ni de force. Alors ? 
Il s'agit du Quartier Lieutenant Pichard pour la Gendarmerie Nationale à Drancy. La carte postale qui ne souffre d'aucun défaut éditorial est de la maison d'édition Raymon dont on connait sur ce blog sa grande rigueur et sa poétique de la Banlieue, maison d'édition qui nous régale depuis si longtemps maintenant. Mais où sont vos archives ? On notera que J.N Duchateau, le photographe est devenu ici une véritable star tant nous l'avons croisé de fois. Que sont devenus vos clichés ?
Malheureusement je n'arrive pas à attribuer cette architecture qui mériterait tout de même de retrouver son dessinateur. Un architecte-gendarme travaillant dans une cellule spéciale pour fabriquer toutes les architectures des casernes des gendarmes de France ? Pourrait-il y avoir ce genre de services dans la gendarmerie ? 
En tout cas, la Google Car nous en montre toute sa beauté encore bien préservée. Ouf...



samedi 15 août 2026

Pierre Jeanneret à Chandigarh et finalement chez Noz

 J'ai hésité à vous donner à voir cette carte postale. Non pas que son objet ne soit pas intéressant (bien au contraire), non pas parce qu'il ne s'agit pas d'un lieu et d'une architecture en France mais simplement parce que cette carte postale est particulièrement mal imprimée. Ça pique un rien les yeux.
Pourtant nul doute que nous sommes bien quelque part d'intéressant et même d'important dans le siècle dernier car nous sommes en Inde à Chandigarh exactement devant le très beau et spectaculaire Gandhi Museum que l'on doit à Pierre Jeanneret.
Le contraste entre la pauvreté éditoriale et le luxe des formes de l'architecture me fait penser à ces cartes postales de la période soviétique où le brutalisme le plus échevelé et la Modernité la plus innovante étaient  diffusés par des cartes postales en version euh...économique.
Pourtant cette image est (par cette raison-même) incroyablement poétique et forte car le mauvais calage de la quadrichromie procure à la masse de ce musée une vibration dont je ne suis pas certain que le scan que j'en ai fait rende bien toute la mouvance optique. Ça vivre, ça tremble, ça chatoie un rien.
La composition est parfaite avec son contre-point obligatoire, une silhouette rouge sur la pointe de la courbe du bassin. Pour le reste...il n'y a que peu à faire (ou trop ?) et l'architecture baroque et lyrique s'exprime toute seule, un peu trop bavarde de pointes et de courbes mêlant dans un subtil cocktail la douceur de Ronchamp et le lyrisme du Pavillon Philips. Enfin...c'est mon avis.



Je m'interroge une fois de plus sur le chemin qu'à fait cette carte postale pour finir dans l'un de mes classeurs. L'Inde (c'est tout de même loin...) puis Londres et enfin la Normandie...La carte est datée de 1976 ce qui fait que je suis contemporain de son envoi. On notera que l'expéditeur ou l'expéditrice (j'ai du mal à déchiffrer) parle d'un lieu dessiné par Le Corbusier...Ce qui est vrai mais pas tout à fait non plus...
Le voyage, si on en croit la correspondance, se finira au Taj Mahal...Ce n'est pas si mal.




Comme ce travail est parfaitement encadré d'un point de vue historique, je ne vous ferai pas la leçon. Je vous laisserai juste comme moi avec le plaisir de ce surgissement et de sa poétique. On notera que j'aime tout particulièrement le minuscule petit lapin des éditions M.T.C mais que ces éditions oublient de nommer leur photographe et même le nom de l'architecte.
Ce n'est pas grave. Vous connaissez l'histoire. Moi, maintenant il faut que je range et je crois bien que pour des raisons pratiques qui disent quelque chose de l'histoire de ce lieu, je vais ranger cette carte postale dans l'un des classeurs Le Corbusier. On ne se refait pas.

On notera qu'il y a peu on trouvait de belles copies très inspirées du mobilier de Chandigarh chez Noz, soldeur professionnel. J'ai laissé cette chaise avec un dédain profond, non pas que je me moque de la popularisation de ce Design mais, justement, pour ne pas tomber dans le piège de son appropriation iconique. Vous appellerez ça une certaine hauteur si vous voulez , moi j'en ai juste marre du Design et des signes sociaux de sa reconnaissance culturelle qu'il nous oblige à produire. Vive les copies ! On attend avec impatience les copies chinoises de bonne qualité d'un Jean Prouvé épuisé par l'icône qu'il est forcé de devenir. On veut des millions de chaises sortant des chaines de Guangzhou pour dix balles. Retrouvons le vrai esprit populaire de ces chef-d'oeuvres du Design fabriqués et pensés pour nous tous. Les pilleurs de Chandigarh ont eu raison et il faudra aussi, dans le même mouvement de reconnaissance remercier les futurs copistes de nos icônes. Du Prouvé chez But ou Gifi et vite ! S.V.P !
Pour revoir Chandigarh :








vendredi 14 août 2026

Un Sextant familial par le Corbusier

 J'aurais pu faire semblant et voir ceux ou celles parmi vous qui sont assez fidèles à ce blog pour me dire dans un message personnel que j'avais déjà publié cette carte postale. Mais s'il est vrai que je ne publie que rarement la même carte postale (ou alors par erreur ce qui sur vingt ans, est bien normal) il ne faut pas se priver trop tôt de cette chance surtout quand, d'une certaine manière, la publication d'un doublon pourrait prouver la diffusion plus généreuse de cette carte postale, une rareté moindre donc.

Dans la collection de cartes postales sur Le Corbusier, certaines ne furent croisées qu'une seule fois et restent des exceptions bien appréciées de mon sentiment de collectionneur. Alors, lorsque, pendant longtemps une carte qui semblait très isolée trouve son double, on reste toujours interloqués.

Voilà :




Cette carte postale de la Villa Le Sextant vous la reconnaitrez. Mais elle soulève beaucoup de questions et apporte peu de réponses. D'abord donc son existence démontre que cette carte postale de la Villa Le Sextant fut plus diffusée que ce que nous pourrions le penser. La rencontrer deux fois dans l'immense hasard des recherches montre bien que cette diffusion fut assez généreuse. (Pas non plus en exagérant trop...)

On remarque qu'il s'agit exactement de la même, qu'il n'y a aucune différence entre les deux exemplaires. Qu'aucune des deux, dans leur édition ou dans la correspondance, ne nomme Le Corbusier comme architecte ! Comme si cela aller de soi...On sait bien comment Corbu suivait toutes les images de sa production, on reste donc étonnés que celle-ci lui soit passée à côté. Le nom du photographe restera aussi anonyme une fois encore. Mais si la première fut expédiée en 1948 ce qui peut sembler assez proche de la construction de la Villa le Sextant (ou de sa reconstruction d'après-guerre) on s'étonne que la seconde fut expédiée (cachet de la Poste faisant foi) en...1974 ! Quoi ? 1974 !

Comment diable cette carte postale a-t-elle pu ainsi se maintenir jusqu'à cette époque et dans quel cadre ? On imagine mal cette carte postale perdue sur les tourniquets des Mathes jusqu'à cette date ? Disponible aux touristes ne sachant sans doute rien de l'importance de cette Villa dans l'Histoire de l'Architecture ? Peut-on l'imaginer trainant dans un tiroir de quelqu'un ou quelqu'une concerné directement par cette Villa le Sextant et utilisant un reste de cartes pour, de temps en temps, en envoyer à des amis ? À la famille ?

Car qui donc a bien pu mandater un photographe et un éditeur (sans autorisation de Corbu) pour faire ainsi une carte postale et qui pour soutenir l'idée que sa diffusion serait un atout touristique ou familiale ? Qui ?

Peut-être que la famille étant encore en possession des lieux, au vu par exemple des plantations sur la parcelle, pourrait nous dire déjà la période. Avant-guerre ? Juste après ? Une édition en hélio ne peut pas avoir été éditée trop tard.

Le hasard veut aussi que, sur les conseils de la famille propriétaire des lieux, je viens de terminer la lecture de l'excellent ouvrage consacré à cette Villa Le Sextant pour en préparer la visite avec mes étudiants en septembre.

Le Sextant, maison de vacances, Le Corbusier et Pierre Jeanneret aux Mathes.
Cyril Brulé, Christelle Lecœur.
Collection Lieux d'architecture, Bernard Chauveau éditions




Le livre est passionnant car il engage d'abord les témoignages directs, les archives, les correspondances ce qui rend très familier l'aventure de la conception et de la construction. Je ne saurai conseiller à tout corbuséen qui se respecte de faire l'acquisition de ce très beau petit livre qui ne souffre d'aucun défaut éditorial, c'est même un bel objet plein de surprises de mises en pages et d'images. 
Mais, dans ma camionnette, le colis à coté de moi, j'étais impatient d'ouvrir le livre pour y trouver des explications sur l'origine de cette carte postale...Et je fus bien décontenancé de ne rien y voir, même pas une allusion. Mince...Le mystère reste entier pour moi. Car, une architecture aussi personnelle et familiale que la Villa Le Sextant aurait bien pu échapper à une telle édition. Les villas de Royan, à quelques minutes de là, pourtant si signifiantes, n'ont pas eu, elles, la chance d'avoir individuellement le désir d'être ainsi diffusées par leurs propriétaires. Et c'est bien dommage...
Si l'exception de celle-ci vient du nom de son architecte pourquoi donc ne pas le nommer ? Qui a eu donc l'idée d'une telle production et diffusion de cette architecture si singulière de Le Corbusier qui d'ailleurs n'est jamais venu aux Mathes ? (aurait-il aimer cette "image", cet hommage ?) 

J'attends donc avec impatience de me retrouver devant la Villa et d'avoir peut-être enfin une réponse sur l'écho de cette carte postale dans la famille. Ma maison est en carte postale reste tout de même une chose peu fréquente. On imagine les enfants envoyants aux amis ou à la famille cette carte postale encore disponible en...1974 !

Pour vous donner envie de lire et d'acquérir le livre (il faut soutenir les éditeurs et les auteurs) je ne mettrais pas d'images sur ce blog. Le livre est disponible partout. Et je dois pour finir dire que je fus particulièrement touché par le petit hommage qui est fait à Junzō Sakakura, architecte chez Corbu dont l'histoire semble magnifique. On aimerait mieux connaître son parcours et son œuvre.


Petit rappel de quelques cartes postales de Corbu "rares" dans ma collection :

Etc....


jeudi 30 juillet 2026

Zaha chinoise et ses ouvriers

 Voilà bien (sans doute) les deux cartes postales les plus contemporaines de ma collection et elles viennent de loin puisqu'elles viennent de Chine, de Guangzhou exactement. Ça fait de la route et du bilan carbone un peu lourd mais j'en ai cure car c'est Claude qui me les a apportées dans sa valise.



On y voit donc l'opéra de Guangzhou dessiné par Zaha Hadid, magnifique construction désorientante, en tout cas par ce que les images nous en donnent à voir, véritables noeuds de lignes où on est vite déstabilisés pour trouver le haut et le bas. Comme je n'ai pas (encore) fait l'expérience réelle de cette architecture, je ne peux que croire Claude qui m'indique que c'est bien ce choc esthétique que l'on éprouve en visitant cet opéra. On sait le goût des courbes chez Madame Hadid, parfois même à la limite d'un baroquisme sans doute surjoué mais on peut aussi y voir l'envie d'une expérience permanente de l'oeil et du corps au bord du naufrage de l'équilibre mettant en scène plus le design, c'est à dire parlant plus des obsessions de Madame Hadid que de ce que faire un opéra veut dire vraiment.

Après tout, qu'un opéra propose dès sa vision du spectacle (on aurait vite fait de dire du spectaculaire bavard) c'est assez normal depuis celui de Charles Garnier. On sait alors que l'on va à la rencontre de quelque chose sans la vanité de croire que l'économie des lignes servirait une attitude zen voire calviniste comme celle du Louvre-Lens où, à force de vouloir calmer le lieu culturel pour ne pas effrayer le petit peuple, on en fait un open-space, un garage Audi de Province, une aire d'autoroute un peu moderne et oublieuse du sacré que réclame un musée ou, oui ,la jouissance de la Culture...Excusez-moi...

Voyez ici : https://archipostalecarte.blogspot.com/2014/08/lens-un-autoportrait-au-jeune-homme-de.html

Donc ici la générosité formelle et sa presque indécence amusent l'oeil, font des images, fabriquent l'événement avant même le spectacle. Et c'est tant mieux. Et donc cela fait des photographies pour cartes postales car, oui, en Chine, on fabrique encore des cartes postales. Désolé mais je ne pourrais pas vous donner ni le nom de l'éditeur ni celui du ou de la photographe...On remarquera juste que le nom de Zaha Hadid est bien indiqué sur le verso. Le choix d'un noir et blanc un peu bleuté accentue la force graphique de l'ensemble, permet aux lignes de s'exprimer entre un MerzBau de Schwitters ou un certain cinéma de CoopHimmelblau.

Ah ! que Monsieur Parent aurait aimé cette Chine là ! L'oeil perdu, le pas hésitant, la courbe facile et l'oblique permanente... Sauf pour les murs et les planchers...pour une architecture d'un bloc fracturé. Il parait qu'on distribue des niveaux à bulle à l'entrée de l'Opéra de Guangzhou aux visiteurs pour qu'ils puissent, avec leurs deux yeux, retrouver l'horizontale. Il parait...

J'irai voir un jour avec mon Verascope cette merveille et je remercie Claude pour ces deux cartes postales d'un format peu usité chez nous.

Mais Claude me prête aussi un livre sur la construction de cet Opéra, livre luxueux, parfaitement édité, avec de très belles photographies dont je ne connais pas l'auteur. Je ne pourrais pas vous en dire plus car le livre est entièrement en chinois mais on comprend vite qu'il est à la gloire des équipes techniques de la construction et c'est là que mon oeil glisse vers un sentiment peu usuel dans le livre d'architecture.

Ce qui me touche immédiatement c'est que l'ouvrage nous montre des photos des groupes d'ingénieurs, d'ouvriers, de tous ceux qui ont construit le délire de Madame Hadid et immédiatement, je me dis que c'est très rarement que l'on voit ça dans l'édition de livres sur l'architecture. Je crois même que c'est la première fois que pour un ouvrage d'une telle importance on fait un livre-hommage à ceux qui ont bâti. Et cela me touche à un point que je n'aurais pas soupçonné. Je regarde ces hommes, ces femmes, je regarde leur joie, leur sourire et je les remercie de loin, comme ça, par mon émotion de les savoir, eux aussi, présents. Je vous salue tous et toutes !

Et, au lieu de vous montrer des images de cet opéra de Zaha Hadid, images qui existent en nombre partout, je vous propose de faire comme moi la rencontre de ces hommes et de ces femmes. Et je les remercie. Je remercie aussi Claude pour cette occasion de comprendre que nos icônes n'existent aussi que par ceux et celles qui les fabriquent, les pensent, permettent leur éclosion, trouvent des systèmes, adhèrent simplement à la pensée d'une architecte, comme on dit, adhèrent à sa projection...

Merci.

Pour comprendre ce que Claude Lothier fait en Chine : https://leblogdeclaudelothier.blogspot.com/ ou son Instagram : claudelothier


































mardi 7 juillet 2026

Faire et refaire les Emmaüs

 Aux Emmaüs de Saint-Pierre, c'est devenu la dèche ou pire, une boutique Vintage pour bobos. Plus rien à voir avec l'esprit lancé il y a bien longtemps maintenant. On regrettera aussi la politesse disparue en même temps que les bonnes affaires. Plus important de regarder son téléphone que de dire bonjour aux clients qui arrivent. Où est passée la convivialité ?

Je continue de les fréquenter ces Emmaüs par habitude, pour maintenir avec mon frère quelque chose d'une tradition familiale et parfois...très rarement maintenant...Il faut attendre les "grandes ventes" pour trouver quelque chose. En temps ordinaire, des caisses de livres pourrissent dans la cour alors que rien n'est renouvelé dans les rayons de la librairie et soudainement, pour ces "grandes ventes",  on voit surgir quelques nouveautés tarifées certainement à coup d'identification rapide sur Google...Un "expert" fait les prix m'avait ainsi répondu la vendeuse un jour...Un expert ! On rigole. Puis on est triste devant une telle stupidité d'argumentation.

Il faut donc se réjouir du peu que l'on trouve. Cette fois ce sera un livre de Paul Andreu, faire et refaire, et quelques cartes postales dont je vous montre un exemplaire.


La carte postale Magne était en état très moyen et j'ai dû en partie la nettoyer en arrivant. Mais elle valait le coup tant le bâtiment  est spectaculaire et correspond parfaitement à tout ce qu'on aime sur ce blog : l'église Sainte-Thérèse de la Z.U.P d'Amiens. La vache ! Quelle bâtisse ! 

La massivité est vraiment très marquée et toute la poésie tient dans quelques décrochements, quelques meurtrières, quelques ombres portées. Le message de la sévérité est bien envoyé en quelque sorte. Mais que c'est beau cette église qui fait bien penser à des églises fortifiées du roman. Remarquez les deux petits contre-forts sur la façade dont, j'avoue, je doute de leur utilité technique de raidisseur pour ce mur de pignon. Ils sont sans doute là surtout pour briser la monotonie de ce grand pan de briques. Mais il est à peu près certain que cette brique n'est qu'un décor posé sur un mur de béton armé qui, lui, effleure dans l'écriture de la bâtisse par quelques signes : rectangle au dessus de la porte, campanile et, bien entendu, (mais moins visible ici) sur la structure sur les bas-côtés de l'église apportant donc le contraste nécessaire.

Mais quel beau dessin ! On pourrait tout de même aussi se dire que ce point de vue est un peu aussi une trahison du bâtiment. Il ne permet pas de voir comment le campanile est plein de vide, le mur de façade venant se coller à la brique de ce dernier et on ne perçoit pas non plus la double pente du toit. Cette massivité est donc accentuée par la photographie. Si on ne peut pas parler de trahison, on peut tout de même dire qu'il faut toujours relativiser une impression depuis une image. Mais je crois aussi en cette image comme une image désirée sans doute aussi par les architectes Devillers et Langlois. Se pose donc encore une fois la question de comment l'architecture et son projet porte en soi son image idéale, sa photogénie, l'axe-même de sa communication. Une sorte de message avant même l'exploration de sa spatialité. Imaginons un Monde où les architectes n'auraient pas le droit aux images pour évoquer leur projet mais seulement la parole. Il ne fait aucun doute que la projection spatiale en serait bien différente !

En attendant, nous allons ranger cette carte postale dans le classeur adéquat. Elle fait maintenant (l'image et l'architecture) partie des icônes. Un pan de mur comme un écran de projection, un lieu d'accueil, une sérénité puissante.

Et malgré tout, j'irai aux Emmaüs ce samedi.









mercredi 1 juillet 2026

Serqueux et la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie

 On a donc, sous nos yeux et dans le temps présent, l'opportunité de voir la ruine de la pensée patrimoniale en Normandie, en Seine Maritime, à Serqueux. Si je fais ce tour des géographies c'est pour montrer que ce drame patrimonial a eu lieu sous les hospices de toutes ces territoires sans qu'à aucun moment l'un ou l'autre (avec leurs institutions respectives) ne permette de sauver l'église de Serqueux pourtant inscrite au Label Architecture Contemporaine Remarquable dont il est (encore, encore, encore) fait la preuve de sa totale inefficacité à protéger et que sa fonction de signalisation, de communication au grand public de l'Architecture Contemporaine et Moderne est finalement peu efficace à retourner les opinions négatives sur cette architecture.

Échec à tous les niveaux donc, le pire étant celui de la démagogie locale, ayant par référendum municipal décidé de l'avenir d'un bâtiment qui n'appartient pas seulement comme héritage à cette commune. Ah la démocratie participative qui passe par dessus l'expertise de la Patrimonialisation...! Magnifique petit tour de passe-passe démagogique d'un maire sans souffle patrimonial, sans idée, encombré par un bâtiment dont il ne sait quoi faire et qui, par la peur de sa responsabilité qu'il a pourtant réclamé en se faisant élire, se trouve fort dépourvu devant une architecture dont il n'a rien compris de son rôle comme jalon de l'histoire.

Faut dire qu'il s'excusera à bon compte sans doute en rappelant qu'il ne fut que le dernier jalon municipal, tous les prédécesseurs n'ayant pas désiré entretenir le bâtiment depuis sa construction. Ce n'est pas moi, c'est l'autre.

Qui aurait laissé l'avenir de Notre-Dame de Paris dans les seules mains des parisiens ? Qui pensent que l'avenir de Versailles n'appartient qu'aux versaillais ? Personne non ? C'est bien pour cela qu'il y a des institutions dont le rôle est justement de passer par dessus les enjeux locaux pour maintenir aux yeux de tous et toutes la présence de ce qui fait histoire. Pas à Serqueux.

Mais les institutions, là, on en parle ? Dans mon département la Seine Maritime et sur mon territoire, la région rouennaise, on peut tirer un bilan assez catastrophique cette année concernant l'Architecture Moderne et Contemporaine puisque la mairie socialo-écologique de Rouen (Mayer-Rossignol) a fait déclasser de son classement au titre des Monuments Historiques (rien que ça...) un ensemble d'immeubles Verre et Acier dessiné par Marcel Lods pour le détruire. On se rappelle que la responsable écologiste El Khili (qui pense donc que détruire est le geste le meilleur pour la Nature qu'elle défend) avait même nommé cet ensemble de  "verrues"...L'expertise de la dame est puissante....On pourrait rigoler devant autant de hauteur de jugement. Là aussi la politique de la ruine à venir, sans ambition, sans idée. Et le terrain livré aux promoteurs et, pire, aux communicants. Les arbres sont sauvegardés...Ouf...je m'occupe bien de la Terre.

Alors à quoi sert de financer des commissions, des réunions, des Labelisations, de mobiliser des fonctionnaires du Patrimoine ? Â quoi sert de tenter de vulgariser cette architecture si c'est pour que les politiques mus par leur petites trajectoires personnelles puissent d'un coup décider de la destruction de ce qui est repéré comme historique ? À quoi servez-vous ? Et pourquoi on ne vous entend pas défendre plus fortement le travail d'analyse et d'expertise que vous avez, pour nous public et citoyens, réalisé ? Oû sont vos colères face à ce remugle politique qui écrase vos avis d'experts ? On vous piétine pourtant. Silence gêné...

Alors l'église de Serqueux, dernier grand exemple de voute en fusées céramiques de Normandie a disparu maintenant du paysage de sa ville, du territoire seino-marin, de la Région Normandie, de l'espace national. On connaît maintenant les noms des responsables locaux, régionaux, nationaux. Être le maire qui a détruit un Patrimoine de sa ville ça doit pas être facile à vivre tous les jours... Si ? Ah ? Aucun remord pour les démagogues, jamais ne se dédire ou s'excuser. Et pour quoi faire puisque les institutions sont d'une telle faiblesse de pouvoir. Alors ne reste que la colère et la rage citoyenne qui seront vues comme des lubies, comme des agitations d'inquisiteurs du Patrimoine, d'idiots de la réalité face à des personnes qui se veulent et se croient, eux et elles, "dans le réel" et "en responsabilité". Petites choses politiques.

On viendra à Serqueux, de temps en temps, redire à son maire et à ses citoyens, l'épouvantable erreur qu'ils ont faite, qu'ils furent complices de la destruction d'un Patrimoine essentiel dans leur ville et notre pays. 

Bonnes Journées du Patrimoine à Serqueux : j'arrive.

Walid Riplet

Pour revoir l'épouvantable déroulement de ce dossier :

https://archipostalecarte.blogspot.com/2025/07/le-socialisme-et-lecologie-rouennais.html

https://archipostcard.blogspot.com/2014/12/grand-quevilly-la-honte.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2023/09/journees-europeennes-du-patrimoine-cest.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2024/05/serqueux-in-extremis.html

https://archipostalecarte.blogspot.com/2015/10/sauvons-leglise-de-serqueux-avant-que.html

Le vide laissé par l'église de Serqueux est la parfaite analogie du vide politique du Patrimoine en France :