lundi 19 janvier 2026
Royan, un premier janvier pour un retour lent vers septembre
mercredi 24 décembre 2025
La situation étant tellement grave que je ne ferai pas de voeux...
...à part pour le départ immédiat de la Ministre de la Culture et de ses collaborateurs et collaboratrices du Patrimoine...
Depuis au moins vingt ans maintenant, on vit dans l'incurie des Ministres de la Culture qui se succèdent et se ressemblent : un petit tour en attendant un autre poste et puis s'en vont...Ailleurs, souvent dans des institutions prestigieuses qui n'ont que des rôles protocolaires. Suivez mon regard...
Que sont devenus Riester, Pellerin, Nyssen, Azoulay, Filipetti, Bachelot, Abdoul Malak....
La prochaine devrait rejoindre le privé en étant conseillère-image pour une marque de Luxe. Car c'est clair elle n'aura pas sa Mairie. Sans doute travaillera-t-elle pour une marque de chaussures ou des bijoux. Selon ce qui trainera sous le canapé, on verra. Pas trop de travail mais beaucoup de représentation. Il y a là un Patrimoine aussi.
La situation du Patrimoine moderne et contemporain en France est tellement grave.
Je le dis ici depuis longtemps, les institutions en charge de la défense du Patrmoine sont paralysées par les enjeux politiques et par les expériences désastreuses de l'ANRU par exemple ou par des maires (hommes ou femmes) qui n'y comprennent rien à leur Patrimoine et surtout qui le méprisent. Cela n'a pas beaucoup changé depuis vingt ans, cela s'aggrave même avec les fameux enjeux climatiques ou les nouvelles couleurs d'une politique baignée dans le vocabulaire contemporain d'une écologie bon tain, pistes cyclables, herbes folles et végétalisations à tous les étages. Une sorte de dégout des surfaces lisses ou de la minéralité.
Alors que faire ? Continuer à mobiliser ? Dire ici quelque chose ? Quel impact cela a-t-il ?
Et puis, il faut ajouter que le monde n'aime que les icônes. On n'en peut plus de Jean Prouvé fétichisé, des Piscines Tournesols, du brutalisme dont plus personne ne sait très bien de quoi il est fait. On n'en peut plus de voir et revoir les mêmes "pépites" rabâchées, remâchées par les réseaux sociaux. On n'en peut plus des émissions de radio traitant le béton de fasciste. On n'en peut plus.
Si vous voulez une caricature de la situation regardez chez moi à Rouen. D'un coté, le socialisme écologique qui détruit des "verrues" qui ne sont rien d'autres que des immeubles classés au titre des Monuments Historiques déclassés pour permettre...Une opération immobilière...Ah...la Gauche d'aujourd'hui c'est quand même autre chose...Et de l'autre, en face, des vieux Guy Deboridens qui croient faire la Révolution en instrumentalisant la défense du Patrimoine pour faire mousser leur indignation bourgeoise sur la situation d'ouvriers africains. Entre les deux, quelle "gauche" choisir ? Quelle politique patrimoniale est juste ou efficiente ? Aucune bien entendu.
Dernière attaque en règle : l'église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson.
Encore un maire qui cède à son incurie patrimonial, encore un qui ne voit rien, ne veut pas apprendre, se croit démiurge. La bêtise patrimoniale à son point le plus haut. Monsieur le Maire veut détruire non seulement un édifice mais aussi la rencontre avec cet édifice. Il ne comprend rien à l'architecture du XXème donc, forcément, si lui ne comprend rien c'est qu'il...n'y a rien à comprendre. La bêtise patrimoniale de ce type de représentant de l'autorité ajoutée à la certitude de son petit pouvoir de maire et voilà encore un Patrimoine qui va disparaitre sous les yeux des responsables locaux du Patrimoine...Qu'on n'entend pas beaucoup.... Y a quelqu'un à la Région, à la Ville, au Département , au Ministère ?
Il y a bien un problème systémique de la défense du Patrimoine et de sa gestion en France. ABF, Label, commissions, CAUE...tout ce fatras inefficace et toujours en retard de 25 ans...qui regarde la destruction du Patrimoine moderne et contemporain (et pas seulement) avec la larme à l'oeil du regret perpétuel.
Oh lalala...on regrette, on regrette tellement...mince...si on avait su....
Et, comme toujours avec le soutien de la presse locale qui parle de "bunker" et de "béton" mais pas d'espace, de paysage, de déambulation ou d'écriture sculpturale. Tu m'étonnes, le pauvre journaliste ou la pauvre journaliste est bien incapable de mesurer l'importance patrimoniale d'un édifice et ne fait que répéter les argumentations qu'on lui sert.
Alors, il faut qu'un citoyen ou une citoyenne se bouge pour que tout cela remonte aux oreilles de ceux...qui sont normalement en charge de ce Patrimoine...
Toutes les semaines, je reçois des demandes pour dire un mot sur tel bâtiment, pour défendre telle action de sauvetage. Et c'est toujours le même schéma de la honte.
Non, aucun voeu pour 2026 autre qu'un grand coup de pied dans le cul des institutions du Patrimoine, toutes. Et ne me demandez pas quelles sont les solutions ! Il y en a plein. Plein ! Mais pour ça il faut travailler, défendre une certaine idée du Patrimoine, avoir de l'imagination et apprendre en regardant ce qui se fait ailleurs. Il faut aussi du....courage.
Walid Riplet.
Pour montrer dans quel monde de merde on vit. voici la très belle Église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson, (oui...rien que ça) qualifiée de bunker par un journaliste au fait de la Culture Patrimoniale et Architecturale.
Voilà ce que les "autorités Patrimoniales" (Ministère, CAUE, Conservation, ABF, etc) laissent détruire. Vive la France !
On notera qu'aujourd'hui l'église Sainte Marie-Magdeleine est enfouie sous des arbres, sans doute pour cacher ce "bunker"... On notera que l'architecte Remondet a fait ici un travail remarquable, d'une grande puissance de dessin, d'un radicalisme poétique que son époque, elle, savait comprendre et aimer. Il s'agit d'une carte postale Combier sans nom de l'architecte ni du photographe. Il nous restera au moins ça pour pleurer.
samedi 20 décembre 2025
Abbé Pierre et Béton, maisons ballons
je reçois, je diffuse :
dimanche 14 décembre 2025
Chandigarh to Ronchamp by air mail
J'achète une carte postale de Chandigarh et je m'aperçois assez rapidement qu'il ne s'agit pas d'une édition mais d'une carte-photo. Il s'agit donc d'un tirage d'un particulier transformé en objet postal. La carte postale ainsi créée est plus petite qu'un format habituel et nous propose une très belle vue de Chandigarh, assez douce, un peu flou mais touchante par sa simplicité. On y devine l'échelle immense du bâtiment. Dans ma collection, les cartes postales de Chandigarh sont très rares. Il faut dire que les voyageurs vers cette contrée devaient être bien peu nombreux...Alors quand une carte postale m'arrive de Chandigarh dans les mains, je me réjouis immédiatement.
Mais cette carte postale a une autre particularité bien amusante. Elle fut expédiée par Jean Petit qui n'est rien moins que l'un des éditeurs de Le Corbusier et notamment du très beau livre sur Ronchamp. Elle est adressée à Alfred Canet à Ronchamp qui n'est rien d'autre lui que le Secrétaire de la Société Immobilière de Notre-Dame-du Haut ! Comment faire plus corbuséen ? Ne manque que la signature de l'Architecte pour que cet envoi soit complet !
Il est très rare que les cartes postales à ce point parlent de relations directes entre l'image envoyée et les expéditeurs ou receveurs. C'est donc émouvant de voir un exemple d'une carte postale qui plus est est une carte-photo.
La carte fut expédiée le 11 mars 1963, du vivant de Corbu. Un must de ma collection donc...ne soyez pas jaloux, je vous la partage.
Et...depuis Ronchamp, peut-être que Alfred Canet a pu renvoyer cette carte postale à Louis Petit :
Cette très belle carte Janin nous montre...nous montre quoi en fait ? Le chemin qui mène à La Chapelle bien plus que La Chapelle de Ronchamp elle-même ! Et la neige qui s'y pose. On aime ainsi voir la belle polychromie sur la façade du refuge jouer avec le bleu du ciel, on aime les dessins des branches nues venir chatouiller les courbes de La Chapelle. On aime ce "moment" où, pas encore sous la puissance de l'Architecture, celle-ci se donne à voir d'un peu loin, doucement, comme une promesse au bout du chemin creux, dans la fraicheur lumineuse d'un matin d'hiver.
Nous ne bouderons pas cette joie.
dimanche 26 octobre 2025
En France et en Architecture, la sévérité est un hédonisme
Voilà une belle série de cartes postales d'un lieu majeur, certes un peu moins connu que Eveux mais qui en est presque l'ombre, une ombre blanche d'ailleurs car la particularité de cette architecture c'est justement l'usage technique et esthétique de son béton blanc.
Nous sommes à Orsay et nous allons visiter la Clarté-Dieu, ensemble superbe et raide, que l'on pourra sans remord qualifier de vrai brutalisme à la française. Le programme ? Un séminaire franciscain avec tout ce que nous pouvons deviner de ce que cela suppose comme enchainement des espaces : réfectoire, chambres, bâtiments conventuels, église etc...La série est pratique, elle nous permet de faire la visite. On ne s'étonnera pas d'ailleurs que l'éditeur de cartes postale fasse faire le tour des espaces à son photographe pour rendre compte justement des emboitements spéciaux. On a l'habitude sur ce blog que l'époque soit à l'inventaire et qu'un lieu sacré, église moderne ou couvent moderne, ne puisse pas se résumer à un seul cliché. On notera qu'aucune des photographies n'est signée, que le ou les photographes sont restés en retrait derrière l'appellation générique de "Cliché Édition Franciscaines". On notera tout de même l'incroyable qualité photographique de l'ensemble et le très bon niveau d'édition. Les images sont bien contrastées, mettent bien en valeur les matières et les lumières tombant dans les lieux, lumière assez douce certainement choisie pendant une météo un peu grise pour que la lumière ne durcisse pas trop les lieux.
Là encore, on fait le choix d'une description non vivifiée par la présence directe des usagers des lieux. Aucun corps, aucun geste, personne n'est visible ici pour donner à l'ensemble du sens ou une échelle. Difficile donc de bien comprendre parfois les échelles des lieux, en ce sens la chambre donne une idée par ses meubles de la petitesse des espaces, d'une forme de sévérité dépouillée, d'un contentement de peu, celui de la lumière entrant dans la cellule par une fenêtre debout pour faire sans doute plaisir à Perret et moins à Corbu !
Mais c'est bien ce qu'on aime dans ce genre de lieu sacré, ce dépouillement, cette tendresse du presque rien où l'oeil et l'esprit doivent se contenter d'aimer ici le banchage du béton, là la rugosité de sa surface prenant la lumière. Tout est un peu raide, rigoureux mais laissant ainsi à la poésie l'essentiel : le rapport du monde à l'architecture, le dehors dans le dedans, un hédonisme naissant dans l'économie d'une architecture vue comme une interface avec le Divin, le Sacré. En regardant les images, on s'entend faire Chuuuttttt......et demander le silence pour ne rien gâter de cette joie simple des choses bien regardées.
Mais je ne vous ai pas dit qui sont les architectes de cette merveille ! Il s'agit des Frères Arsène-Henry et de E. Besnard-Bernadac. Vous trouverez sur ce site toutes les infos nécessaires et bien complètes. Allez-y !
https://journals.openedition.org/insitu/5394
Les plus fidèles d'entre vous se souviennent sans doute des Frères Arsène-Henry que nous avions découverts ici en 2017 grâce à Jean-Michel Lestrade :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2017/05/les-freres-et-leur-ciment-superblanc.html
Sans doute que cette première carte postale aurait pu suffire à dire la qualité du lieu. On aime, bien entendu, la qualité du béton, le jeu des ouvertures offrant presque toujours un noir profond et l'incroyable rigueur de l'image, toute de gris délicats venant d'un ciel chargé et filtrant. Les photographes contemporains d'architecture et leur mode de blanchir les ciels sous Photoshop n'ont donc rien inventé...Cela objective sans doute le sujet. On perçoit, au rythme soutenu des fenêtres, l'étroitesse des chambres...
D'un peu loin, l'ensemble de la Clarté-Dieu est comme perdu dans un brouillard de lignes végétales, d'ombres projetées voulant sans doute montrer une certaine intégration de ce beau rationalisme que nous appelons parfois un peu vite du Brutalisme.
Le Cloitre intérieur nous permet de voir la beauté presque classique des banchages. On se croirait en Suisse. Admirons comment l'alternance des planches forme le seul chatoiement pour l'oeil. On sent la main caresser les joints.
Cette carte est sans doute pour nous ici sur ce blog celle qui nous fait le plus kiffer comme disent les jeunes ! Perfection absolue de la rigueur, de la dureté, de l'âpreté des lieux. Les colonnes sont réduites à des poteaux raides et sublimes n'offrant presque que leur succession comme jubilation. C'est...implacable...Quel pied le brutalisme !Vous savez comme j'aime ce genre de cartes postales ou le collectif est réduit à l'expression de son mobilier esseulé dans ses espaces. Là encore comment ne pas être amoureux du bois brut des tables dont la perspective contraste à l'orthogonale des poutres du plafond. Tout le cadrage donne au crucifix sa puissance. La symétrie ici, ne vous y trompez pas est une poésie. Silence ! Silence !
On a vu chez Le Corbusier le sens de la proportion des chambres (cellules) pour le corps. On s'y retrouve presque...Admirons la projection du bureau vers la droite pour que l'oeil voit le mur...N'auriez-vous pas, simples mortels, l'envie comme moi, de faire glisser le bureau sur la gauche ? On note que le photographe a réussi à faire monter le paysage extérieur dans la fenêtre sans qu'il soit brulé par une surexposition.
N'est pas beau ce détail de La Chapelle ? L'autel est de Costa Coulentianos.Pour finir en beauté et en verticale, nous voici dans l'Église Conventuelle ! Tout est dressé devant nous ! J'aime particulièrement la puissance des pièces de la charpente et là encore le vide et la symétrie donnent à cette image sa force tranquille. Savez-vous que les vitraux du fond sont en partie de...Paul Virilio. Oui, du temps où, avant d'être philosophe et architecte, il était un maitre-verrier...Heureux de le retrouver là !
On note enfin que cet ensemble était si important déjà à son époque que la revue l'Architecture d'Aujourd'hui y consacre en 1957 un article sur une double page dont les photographies sont de Lucien Hervé lui-même ! Bonne lecture :
dimanche 5 octobre 2025
L' antiquaire, Fillod et un mystère
lundi 1 septembre 2025
Le Monstre de Tschumi et le Tournesol de Van Gogh
J'avoue que je me suis bien demandé si je devais faire entrer dans ma collection cette carte postale du Zénith de Rouen. Pas très convaincu par la photographie ni par la nécessité de ramener un bâtiment aussi récent dans ma collection, j'ai pourtant décidé donc de l'y faire entrer. Il y a des raisons :
D'abord et ce n'est pas des moindres son architecte : Bernard Tschumi que nous aimons bien sur ce blog et qui est peu représenté dans ma collection. Avoir donc une "entrée" Tschumi me semblait assez juste et normal car ce grand penseur de l'architecture méritait bien de retrouver ces paires et son père qui lui est représenté déjà dans ma collection.
Ensuite...et bien, il n'est pas si nouveau ou contemporain que ça ce Zénith de Rouen puisqu'il date de 2001, il arrive donc presque dans le temps nécessaire à un futur classement que ne manqueront pas de faire en 2026 les autorités patrimoniales de notre Région Normandie, région qui donne l'exemple de son attachement à l'Architecture Moderne et Contemporaine en déclassant des Monuments Historiques (verres et Aciers de Marcel Lods). Donc, aucun doute que la Région Normandie, la Ville de Rouen, la DRAC classeront dès sa date anniversaire de ses 25 ans ce si bel édifice...
Bon, reste la photographie de ce Zénith que je ne comprends pas bien. Est-ce l'idée de fabriquer un contraste entre "le monstre moderne" et le charme du jardinet qui a animé Thierry Chion ? Est-ce une commande et donc un certain regard réclamé par les institutions qui ont obligé le photographe à cette gesticulation jardinière et naturelle pour montrer le charme de l'intégration de ce qui, par définition, ne doit pas l'être si on en croit les habitudes théoriques de Tschumi ? On sait que les photographes de cartes postales ont toujours aimé caler un premier plan végétal pour faire leurs images. Est-ce là un indice de cet attachement à la tradition ou un penchant contemporain démagogique pour la friche, le tiers-lieu, le jardin partagé ?
L'image est aussi prise dans une résolution un rien éteinte, un contre-jour, quelque chose dans la lumière qui n'est pas très claire comme un petit matin frais bien vallée de Seine. Le photographe se met bien bas pour que son premier plan si touchant et poétique du jardinet vienne contraster avec le MONSTRE tapi derrière. Finalement, il faut saluer le désir d'originalité et la prise de risque. On aimera, si on aime les images et les analogies, que le photographe soit un genou (deux ?) à terre devant l'architecture du Zénith. On aime ça. La laitue a monté et les tournesols, depuis Van Gogh et Michel Legrand, n'en finissent pas de tourner la tête vers le soleil normand bien calmé.
On notera que cette carte postale institutionnelle puisque revendiquée par la Métropole de Rouen ne fait aucun effort pour nommer l'architecte ! C'est un comble ! Oublier ainsi le nom du créateur, du penseur, du constructeur, de l'architecte dont on use pourtant de son image de modernité est assez signifiant de la manière dont ces institutions se foutent comme d'une guigne des architectes. Monsieur Tschumi jugera comme il veut cet oubli de son nom.
Il me restera, avec mon crayon, a ajouter ce nom au verso de la carte.
Sois la bienvenue dans ma collection.
https://archipostcard.blogspot.com/2010/07/par-ordre-dapparition.html