mercredi 24 décembre 2025

La situation étant tellement grave que je ne ferai pas de voeux...

 ...à part pour le départ immédiat de la Ministre de la Culture et de ses collaborateurs et collaboratrices du Patrimoine...

Depuis au moins vingt ans maintenant, on vit dans l'incurie des Ministres de la Culture qui se succèdent et se ressemblent : un petit tour en attendant un autre poste et puis s'en vont...Ailleurs, souvent dans des institutions prestigieuses qui n'ont que des rôles protocolaires. Suivez mon regard...

Que sont devenus Riester, Pellerin, Nyssen, Azoulay, Filipetti, Bachelot, Abdoul Malak....

La prochaine devrait rejoindre le privé en étant conseillère-image pour une marque de Luxe. Car c'est clair elle n'aura pas sa Mairie. Sans doute travaillera-t-elle pour une marque de chaussures ou des bijoux. Selon ce qui trainera sous le canapé, on verra. Pas trop de travail mais beaucoup de représentation. Il y a là un Patrimoine aussi.

La situation du Patrimoine moderne et contemporain en France est tellement grave. 

Je le dis ici depuis longtemps, les institutions en charge de la défense du Patrmoine sont paralysées par les enjeux politiques et par les expériences désastreuses de l'ANRU par exemple ou par des maires (hommes ou femmes) qui n'y comprennent rien à leur Patrimoine et surtout qui le méprisent. Cela n'a pas beaucoup changé depuis vingt ans, cela s'aggrave même avec les fameux enjeux climatiques ou les nouvelles couleurs d'une politique baignée dans le vocabulaire contemporain d'une écologie bon tain, pistes cyclables, herbes folles et végétalisations à tous les étages. Une sorte de dégout des surfaces lisses ou de la minéralité. 

Alors que faire ? Continuer à mobiliser ? Dire ici quelque chose ? Quel impact cela a-t-il ? 

Et puis, il faut ajouter que le monde n'aime que les icônes. On n'en peut plus de Jean Prouvé fétichisé, des Piscines Tournesols, du brutalisme dont plus personne ne sait très bien de quoi il est fait. On n'en peut plus de voir et revoir les mêmes "pépites" rabâchées, remâchées par les réseaux sociaux. On n'en peut plus des émissions de radio traitant le béton de fasciste. On n'en peut plus.

Si vous voulez une caricature de la situation regardez chez moi à Rouen. D'un coté, le socialisme écologique qui détruit des "verrues" qui ne sont rien d'autres que des immeubles classés au titre des Monuments Historiques déclassés pour permettre...Une opération immobilière...Ah...la Gauche d'aujourd'hui c'est quand même autre chose...Et de l'autre, en face, des vieux Guy Deboridens qui croient faire la Révolution en instrumentalisant la défense du Patrimoine pour faire mousser leur indignation bourgeoise sur la situation d'ouvriers africains. Entre les deux, quelle "gauche" choisir ? Quelle politique patrimoniale est juste ou efficiente ? Aucune bien entendu.

Dernière attaque en règle : l'église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson.

Encore un maire qui cède à son incurie patrimonial, encore un qui ne voit rien, ne veut pas apprendre, se croit démiurge. La bêtise patrimoniale à son point le plus haut. Monsieur le Maire veut détruire non seulement un édifice mais aussi la rencontre avec cet édifice. Il ne comprend rien à l'architecture du XXème donc, forcément, si lui ne comprend rien c'est qu'il...n'y a rien à comprendre. La bêtise patrimoniale de ce type de représentant de l'autorité ajoutée à la certitude de son petit pouvoir de maire et voilà encore un Patrimoine qui va disparaitre sous les yeux des responsables locaux du Patrimoine...Qu'on n'entend pas beaucoup.... Y a quelqu'un à la Région, à la Ville, au Département , au Ministère ?

Il y a bien un problème systémique de la défense du Patrimoine et de sa gestion en France. ABF, Label, commissions, CAUE...tout ce fatras inefficace et toujours en retard de 25 ans...qui regarde la destruction du Patrimoine moderne et contemporain (et pas seulement) avec la larme à l'oeil du regret perpétuel.

Oh lalala...on regrette, on regrette tellement...mince...si on avait su....

Et, comme toujours avec le soutien de la presse locale qui parle de "bunker" et de "béton" mais pas d'espace, de paysage, de déambulation ou d'écriture sculpturale. Tu m'étonnes, le pauvre journaliste ou la pauvre journaliste est bien incapable de mesurer l'importance patrimoniale d'un édifice et ne fait que répéter les argumentations qu'on lui sert.

Alors, il faut qu'un citoyen ou une citoyenne se bouge pour que tout cela remonte aux oreilles de ceux...qui sont normalement en charge de ce Patrimoine...

Toutes les semaines, je reçois des demandes pour dire un mot sur tel bâtiment, pour défendre telle action de sauvetage. Et c'est toujours le même schéma de la honte.

 Non, aucun voeu pour 2026 autre qu'un grand coup de pied dans le cul des institutions du Patrimoine, toutes. Et ne me demandez pas quelles sont les solutions ! Il y en a plein. Plein ! Mais pour ça il faut travailler, défendre une certaine idée du Patrimoine, avoir de l'imagination et apprendre en regardant ce qui se fait ailleurs. Il faut aussi du....courage.

Walid Riplet.

Pour montrer dans quel monde de merde on vit. voici la très belle Église Sainte Marie-Magdeleine du Plessis-Robinson, (oui...rien que ça) qualifiée de bunker par un journaliste au fait de la Culture Patrimoniale et Architecturale.



Voilà ce que les "autorités Patrimoniales" (Ministère, CAUE, Conservation, ABF, etc) laissent détruire. Vive la France !

On notera qu'aujourd'hui l'église Sainte Marie-Magdeleine est enfouie sous des arbres, sans doute pour cacher ce "bunker"... On notera que l'architecte Remondet a fait ici un travail remarquable, d'une grande puissance de dessin, d'un radicalisme poétique que son époque, elle, savait comprendre et aimer. Il s'agit d'une carte postale Combier sans nom de l'architecte ni du photographe. Il nous restera au moins ça pour pleurer.


samedi 20 décembre 2025

Abbé Pierre et Béton, maisons ballons

 je reçois, je diffuse :

Bonjour David,
Tu vas halluciné ! Regarde ce que nous avons trouvé ! La photo était glissé dans un dossier "moulage" perdu sur le haut de l'étagère. Rien à part des listes de chiffres et des calculs mais cette photographie qui nous tomba dessus avec Jean-Jean.
Bien entendu, il ne nous fut pas difficile d'identifier l'architecture et la Maison-Ballon ainsi photographiée. On voit donc celle-ci dans une rue d'une ville non-identifiée. On a pensé avec Jean à Brignais bien sur mais ça pourrait être partout...Faudrait avec accès aux Archives de la Fondation Abbé Pierre pour savoir où cette démonstration fut faite car il ne fait aucun doute qu'il s'agit-là d'un modèle qu'on pourrait dit vite "d'exposition".
La photo n'est ni datée ni située donc.
Mais elle prouve bien que l'Abbé Pierre avait donc cru en ce modèle qui change un peu de celui de la Maison des Jours Heureux de Jean Prouvé.
Au vu des habits et de la taille minuscule de la photographie, on pense que nous pourrions être très tôt : milieu des années cinquantes sans doute.
T'en penses quoi ?
Bon allez, régale toi avec cette photo. Appelle si tu veux, y a longtemps qu'on s'est vu non ? Tu vas bien ?

Walid.
j'oublie : bien entendu rien n'indique que ce soit Jean-Michel Lestrade qui ait fait la photo. Personne dans la famille ni dans les albums de famille Lestrade ne possède de photos de ce format étonnant. Donc...sans doute un envoi.




Merci Walid et Jean-Jean.
Je pense bien que vous avez raison les gars. Je regarde la photo au compte-fil pour chercher un indice sur la localisation mais je ne vois rien comme piste. Quelle ville aurait pu accueillir sur une telle place une telle expérience architecturale ? Je pense qu'il faut chercher à proximité de Brignais, voir à Brignais-même, ce serait le plus logique. Wallace Neff a-t-il participé à ce montage ? À cette démonstration ?
On note que Notre-Dame des Sans-Abri est noté sur la pancarte et qu'il existe à Lyon un foyer qui porte ce nom. Brignais...Lyon...ça se tient non ?
Oui, on s'appelle !
David.

Pour revoir les maisons-Ballons et celles de Brignais en particulier :

Pour celles de Dakar :

Etc....





dimanche 14 décembre 2025

Chandigarh to Ronchamp by air mail

 


J'achète une carte postale de Chandigarh et je m'aperçois assez rapidement qu'il ne s'agit pas d'une édition mais d'une carte-photo. Il s'agit donc d'un tirage d'un particulier transformé en objet postal. La carte postale ainsi créée est plus petite qu'un format habituel et nous propose une très belle vue de Chandigarh, assez douce, un peu flou mais touchante par sa simplicité. On y devine l'échelle immense du bâtiment. Dans ma collection, les cartes postales de Chandigarh sont très rares. Il faut dire que les voyageurs vers cette contrée devaient être bien peu nombreux...Alors quand une carte postale m'arrive de Chandigarh dans les mains, je me réjouis immédiatement.

Mais cette carte postale a une autre particularité bien amusante. Elle fut expédiée par Jean Petit qui n'est rien moins que l'un des éditeurs de Le Corbusier et notamment du très beau livre sur Ronchamp. Elle est adressée à Alfred Canet à Ronchamp qui n'est rien d'autre lui que le Secrétaire de la Société Immobilière de Notre-Dame-du Haut ! Comment faire plus corbuséen ? Ne manque que la signature de l'Architecte pour que cet envoi soit complet !

Il est très rare que les cartes postales à ce point parlent de relations directes entre l'image envoyée et les expéditeurs ou receveurs. C'est donc émouvant de voir un exemple d'une carte postale qui plus est est une carte-photo.

La carte fut expédiée le 11 mars 1963, du vivant de Corbu. Un must de ma collection donc...ne soyez pas jaloux, je vous la partage.



Et...depuis Ronchamp, peut-être que Alfred Canet a pu renvoyer cette carte postale à Louis Petit :


Cette très belle carte Janin nous montre...nous montre quoi en fait ? Le chemin qui mène à La Chapelle bien plus que La Chapelle de Ronchamp elle-même ! Et la neige qui s'y pose. On aime ainsi voir la belle polychromie sur la façade du refuge jouer avec le bleu du ciel, on aime les dessins des branches nues venir chatouiller les courbes de La Chapelle. On aime ce "moment" où, pas encore sous la puissance de l'Architecture, celle-ci se donne à voir d'un peu loin, doucement, comme une promesse au bout du chemin creux, dans la fraicheur lumineuse d'un matin d'hiver.

Nous ne bouderons pas cette joie.