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mercredi 6 novembre 2013

Dieu est structure

Au commencement (de l'architecture) était la structure.
Associer ensemble trois pierres plates, lier quatre branches sont encore parfois le meilleur début pour former un abri, déterminer un lieu.
Nous allons regarder aujourd'hui, trois cartes postales de trois espaces bien différents mais tous consacrés (c'est le cas de le dire) à une activité religieuse. C'est un peu le hasard, c'est beaucoup par une volonté et mon goût pour les Arts Sacrés Contemporains qui m'y poussent.
On retrouvera des bons amis bien connus mais vus, grâce aux éditeurs de cartes postales sous des angles inédits. On passera du plus ouvert au plus sombre.
Allez ! On commence fort !



Cette incroyable carte postale italienne nous montre la "Fase di costruzione" de l'église de Alvar Aalto à Riola. Nous avons vu cette église il y a peu sur ce blog. La photographie est de A. Masina. L'ensemble est un peu éteint par un gris très Grautag qui plaira à notre ami Nicolas Moulin. On peut d'ailleurs s'interroger sur cette définition de l'image ! Mais surtout on voit cette très belle structure qui formera sous la succession de ces arches d'un dessin superbe, le lieu sacré. Quel espace ainsi ! Regardez au fond on devine une structure d'échafaudage qui forme un cube et qui vient jouer avec ces courbes. Et, devant ce moment de l'architecture, déjà en lui-même superbe et puissant, je m'interroge sur l'absence de ce type de cartes postales du chantier de l'église de Royan...
Allez ! Plus pointu...



Nous sommes à Jambville dans les Yvelines au Centre National de Formation, devant la Chapelle des Pionniers, réplique de celle construite au camp des jeunes à Lourdes en 1985, dite "tente de la Charte" (sic).
Ce que j'aime dans cette petite architecture c'est bien sa structure fermement mise en avant. Le lamellé-collé fait merveille dans sa simplicité, joue parfaitement son rôle. J'aime aussi cette forme ouverte qui se projette vers l'extérieur et qui se donne à voir dans l'intimité de sa fabrication comme une cabane joyeuse et solide, dans sa franchise, un peu comme le Christ en croix posé devant la tente de bois. On a déjà également sur ce blog aimé voir que Dieu aime les pointes et les triangles !
Allez ! On pousse !
Et ça pousse fort !



Quelle architecture ! Quelle photographie !
Le sanctuaire de Lourdes doit faire partie avec la tour Eiffel des constructions les plus populaires en cartes postales. Je pourrais, je crois, en ramener à chaque vide-grenier ! Mais c'est justice et nous nous sommes si souvent régalés de cette incroyable construction française que je croyais n'avoir plus grand chose à vous montrer. Mais voilà !
Cette carte postale en véritable photographie nous montre un détail qui dit la grandeur et la force de cette architecture en nous montrant les points d'appui que la carte postale nomme "les béquilles triangulaires supportant les portiques."
On a droit aussi à quelques chiffres : longueur 201m et largeur 81m. Regardez cette photographie, regardez ce lieu. La courbe glisse doucement et s'éclaire dans le fond de l'image, les triangles ajourés font circuler l'œil dans la succession des appuis, nous pourrions être entre un échangeur d'autoroute et un pilier gothique. Que j'aime ce lieu souterrain ! Il faut aller à Lourdes rien que pour ce lieu superbe dont malheureusement l'éditeur de la carte postale oublie de nous nommer les architectes : Messieurs Vago, le Donné et Pinsard.
Vous pouvez retourner là pour voir le chantier et ici pour apprécier ce lieu encore plus.
Ainsi, avec trois cartes postales, nous aurons apprécié trois méthodes, trois dessins, trois techniques pour trois programmes très différents dans leurs échelles mais proches dans leur fonction : rassembler les hommes pour écouter : "au commencement était le Verbe construire."

lundi 29 février 2016

Une dernière lettre

 


Monsieur Parent,
J'avais acheté cette carte postale pour vous l'envoyer à votre anniversaire. Comme un imbécile, j'ai oublié de le faire, alors, parce qu'il n'est jamais trop tard, je vous la dédie.
Cette carte postale me parle de vous. D'abord par son sujet qui est la grotte de Lourdes, celle par laquelle vous avez en partie commencé votre carrière, première grotte de votre œuvre, la grotte réelle, fendue et largement ouverte sur le monde, architecture des gens à genoux, architecture du miracle. Vous l'avez respectée, aimée cette première grotte, je me rappelle comment vous m'aviez dit dans un rire que vous aviez toujours été suivi par Bernadette, mystérieusement, comme ça, comme si c'était une cliente de l'agence.
Vous avez fait peu de choses dans cette première grotte, on dit, modestement, que vous l'aviez réaménagée. En fait, vous nous l'avez offerte au regard, vous l'avez redonnée à la prière, vous en avez donc redéfini le programme architectural en quelque sorte. Quelle drôlerie ! En vidant les lieux, les donner à voir, permettre enfin que le rocher, sa surface, sa courbe, puisse à nouveau par l'œil et par la main, être touchés. Une table, un autel d'une grande simplicité viennent dire sa fonction. Un devant, un dedans, une circulation. L'une de vos plus belles réalisations avant l'autre grotte, celle de Nevers.
Ici, cette carte postale a plusieurs effets parce que, simplement, ce n'est pas celle de Lourdes... C'est une maquette d'une copie future de celle de Lourdes mais, comme vous pouvez le voir, elle reprend votre travail ! Étonnement et compréhension parfaite et populaire de votre travail. Ici, les habitants de Neunkirch-les-Sarreguemines ne savent sans doute pas qu'ils rêvent par cette maquette à l'une de vos interventions. Et puis, c'est modeste. C'est presque joyeux cette maquette, c'est touchant de gentillesse au modèle, à la religion chrétienne et à l'amour. C'est vouloir une image dans le réel d'un lieu loin, c'est une transposition d'une architecture cryptique. Tout cela, c'est vous.
Car, si nous nous sommes rencontrés, si j'ai eu ce plaisir qui était d'abord un immense honneur et une incroyable surprise, c'est parce que vous aviez aimé comment je disais que le bunker de l'église de Nevers était d'abord une image de bunker, comme un déplacement, un glissement. Car les coques de béton font semblant d'être défensives alors qu'elles sont fines et séparées par un vide, vide qui est la vraie grotte de Nevers.
La voici :





Là aussi, on est surpris. On est surpris parce que ce que l'on voit d'abord c'est bien une architecture défensive, massive que l'œil avant le corps reconnaît comme un bunker. On est autant surpris par son surgissement que par la réalité de son existence, que vous ayez pu avec Monsieur Virilio convaincre de la nécessité de sa construction. On est aussi saisi par l'existence même d'une carte postale et que, sa photographie permette aussi, force de l'image, de croire au bunker. Une image populaire pour une architecture expulsant une image. Mais on sait aussi la surprise de cette église, on sait ce que Sainte-Bernadette-du-Banlay cache de lumière et aussi d'expérience du corps devenu actif sur les deux pentes, brisant les perceptions, ruinant les habitudes. On sait aussi que vous veniez vous y asseoir pour entendre et voir comment les habitants vivaient votre architecture. Vous la viviez au milieu de ceux qui en ont l'usage. Vous leur étiez à eux disponible. Aviez-vous envoyé des cartes postales de votre église à vos amis ?
Celle-ci est toujours debout. Classée comme on dit.
D'autres constructions n'ont pas eu cette chance comme la maison des jeunes et de la Culture de Troyes ou comme le très beau centre Thomson-Houston dessiné avec Monsieur Virilio et abandonné par les institutions aux démolisseurs. D'autres attendent des réhabilitations à la hauteur de votre héritage comme la Fondation Avicenne qu'il ne faudra pas abîmer, avec laquelle il faudra être extrêmement délicat. Nous serons vigilants.
Nous avons partagé un combat, celui de Sens, puis un autre, toujours en cours, celui de Ris-Orangis. Nous avons réussi avec une énergie folle à sauver Sens. Sens... ce nom de ville à lui seul maintenant suffit à résumer cette architecture. Je ne dis plus centre commercial de Sens mais simplement Sens. Valeur d'usage du nom d'une ville pour dire l'importance d'une architecture. Nous sommes arrivés à le protéger contre tous ceux qui ne savent pas voir, contre tous ceux qui ne savent pas qu'ils ont un corps. Sens...
Mais je suis déçu. Je n'ai pas dans ma collection de cartes postales, l'ensemble de votre œuvre. C'est ainsi. Tous les bâtiments n'ont pas droit à cet honneur populaire. Alors je me les invente, je me les édite pour nous battre.
Je finirai sur ce verbe car c'est bien toujours d'une bataille dont il a été question dans votre travail. Une bataille contre les préjugés, contre nous-mêmes, contre une architecture parfois oublieuse de l'usager, parfois trop soutenue par l'histoire sans savoir y renoncer. Vous n'aviez peur de rien dans ce domaine.
Sans doute que comme votre ami  Yves Klein vous aimiez les sauts dans le vide.
Bien à vous Monsieur Parent.
Et merci.
David Liaudet










jeudi 22 août 2019

Pierre Pinsard en exposition


































Les amis Franck Delorme et Dominique Amouroux m'invitent pour une exposition : 
Pierre Pinsard, architectures sacrées dans l'Ain
Nous aimons Pierre Pinsard sur ce blog et nous avons déjà eu la joie de parler plusieurs fois de son travail d'ailleurs fort riche pour l'Art Sacré. Bien entendu, une exposition mettant en lumière cet architecte et dirigée par ces deux amis ne peut qu'avoir sa place sur ce blog. C'est donc avec joie que je vous annonce celle-ci et que je vous conseille d'aller la visiter.
Peut-être aurais-je le courage de m'y rendre moi-même, Bourg-en-Bresse c'est un peu loin.
Mais Franck m'informe également de la publication d'un ouvrage consacré à cet architecte. Voilà qui est une belle autre manière d'apprendre et d'aimer. Nous en reparlerons donc.
Tous à Bourg-en-Bresse !

 Pierre Pinsard, architecture sacrée dans l'Ain
L'exposition aura lieu du 28 août au 19 septembre
du mardi au samedi de 14h30 à 19h30
H2M, Hôtel Marron de Meillonnas 5, rue de Teynière, Bourg-en-Bresse
Renseignements : 04 74 21 11 31

Vous pouvez retrouver Pierre Pinsard dans ces articles :
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/04/poncharra-pinsard.html
https://archipostalecarte.blogspot.com/2013/11/dieu-est-structure.html
http://archipostcard.blogspot.com/2009/08/pie-x-et-claude-parent.html

Et je vous redonne au complet le dernier article :

Crypte est un mot important pour le Comité de Vigilance Brutaliste.
D'abord parce qu'il raconte une typologie, celle d'un lieu clos, sombre, enterré ou souterrain, d'un accès souvent unique, et qui, par le déploiement de sa surface contredit parfois l'impression de son extérieur. La crypte est bien un espace à deux détentes qui offre deux lectures différentes.
Le choc provient souvent de cet écart entre l'extérieur laissant imaginer un espace intérieur dont l'apparition soudaine sous une lumière inattendue déstabilise le visiteur.
Paul Virilio défendit ardemment cette qualité avec les bunkers dont l'instabilité du sol basculé est accusée par l'émergence d'une lumière crue parvenant des meurtrières et des trouées des visées. En fait, c'est la parfaite définition d'une architecture dont la qualité principale serait bien la gestion d'une spatialité ouverte à une sensibilité très corporelle.
Il y a en France un très grand architecte de ce genre qu'est la crypte. Il s'appelle Pierre Pinsard.
Nous n'arrêterons pas de chanter Lourdes et l'immense basilique souterraine qui est un chef-d'œuvre de l'architecture du siècle passé. Il faut aller à Lourdes. Il faut aller voir et surtout vivre cet espace gigantesque caché sous le sol pour comprendre ce que l'architecture du béton a pu produire de plus fort et de plus saisissant et cela, que l'on soit croyant ou non. Ici on a foi d'abord dans le génie constructif.
Aujourd'hui nous allons voir un autre très beau bâtiment de Pierre Pinsard : la Grande Crypte de Ars.



Oui.
En voyant cette carte postale, je sais bien que ceux qui nous suivent ont dû pousser des cris de joie quasi hystériques devant la qualité à la fois de la carte postale et du lieu. Le noir et blanc produit par l'éditeur Combier sert à merveille le travail de l'architecte et nous donne à voir un espace continu strié dans son plafond de poutres solides dont le béton banché reçoit la lumière venant de la gauche. Comment ne pas aimer cet espace solide, dur, en défense, presque baroque dans son économie ? Comment ne pas y voir la citation immédiate de la vie de pauvreté partagée, de rusticité même du Saint Curé d'Ars ? Il s'agit bien là de dire que le lieu parle de celui qui est invoqué. L'alignement des bancs, bancs d'une extrême simplicité, ajoute aussi à ce retrait de toute fantaisie. La lumière est la seule à avoir droit de cité, offrant l'occasion de lire la structure, le matériau, l'espace qui fondent en quelque sorte l'architecture.
Regardons encore :
Nous nous sommes rapprochés de l'autel :



Les bancs ont disparu et l'éditeur nous précise que "la crypte est en voie d'achèvement". Nous ne savons rien de ce degré d'achèvement depuis ce point de vue car tout semble bien à sa place ici. Regardez la matière du mur au fond qui laisse presque lire la coulée du béton. Regardez comment les petites meurtrières du fond de l'autel laissent passer la lumière. Regardez le très puissant dessin de l'autel, construit pour les millénaires à venir. Regardez le rectangle de lumière décentré découpant le plafond d'un blanc pur. Regardez la chaire à gauche faite d'un simple cube. Regardez à nouveau les détails superbes du béton banché sur les poutres. Ne voyez-vous pas dans cette volonté quelques restes d'absolument romans, primitifs, et essentiels ?
Une mise en scène parfaite de la pauvreté et de la retenue qu'il ne faut pas confondre avec une indifférence ou une économie. C'est une abstinence heureuse et conceptuelle.
Rapprochons-nous encore :



La couleur pourrait presque être en trop, presque dure.
Pourtant la tonalité grise tirant sur un bleu naît bien d'une photographie faite au flash qui fait monter des ombres trop dessinées et écrase la matière du béton. On remarquera l'apparition d'une croix fine posée depuis peu et remplaçant celle suspendue dans le vide des cartes postales précédentes. Mais comment ne pas remercier les éditions Combier de la fabrication d'une telle image rendant hommage à la rigueur abstraite de Pinsard ? Comment ne pas croire que nous ne pourrions pas être ici dans la Chapelle du béton armée, celle d'une nouvelle religion nucléaire, celle d'une idéologie de la grotte tellurique, celle qui raconte que le vivant des corps doit s'opposer à la minéralité coulée du béton ?
Il s'agit bien d'une sculpture. Il s'agit bien d'un lieu disant le déroulement d'une cérémonie dont la plasticité absolue, parfaite, claire à son origine de pauvreté est tenue par la plasticité intelligente d'un architecte. C'est d'une beauté éclairante. On osera enfin le lyrisme.
Et dehors ?



La voilà la Crypte. La voici, posée dans le champ donnant l'impression d'un balcon, d'une terrasse portant l'ancienne église et le village. Elle est un socle puissant, modeste, éteint comme un ouvrage militaire n'ayant comme esthétique que son utilité.
Mais Pierre Pinsard fait ce travail en conscience. Il le fait avec cette qualité de retrait dont seule la nécessité constructive devra faire voir le bâtiment. Il ne construit pas un machin orgueilleux, il construit une absence, une discrétion solide qui ne dit rien d'autre que sa nécessité d'espace et de recueillement.
Quelle merveille !
Ma main glisse sur la peau rugueuse de l'édifice. J'imagine comment Pierre Pinsard à chaque moment de son dessin et de sa pensée a dû tout mettre en œuvre pour tenter de ne pas concurrencer l'histoire sans croire à la disparition. Affirmer une forme silencieuse c'est savoir composer avec le bruit des autres. C'est poser une tonalité basse et continue.
Une ascèse.

 

 



 


 






jeudi 1 mai 2025

le goût des églises rudes

L'effet de masse de mes classeurs où sont rangées les églises modernes et contemporaines me permet d'avoir une appétence  pour une certaine école, une certaine typologie de l'Art Sacré du Vingtième Siècle.
On sait que ces églises dans cette période ont eu le droit à toutes les formes et toutes les écoles possibles : du béton rationaliste d'un Auguste Perret, de la fantaisie lyrique d'un Le Corbusier, ou du génie constructif d'un Gillet, la multitude des formes et des écritures est à son comble. Mais il y a donc aussi une école d'une écriture plus modeste, plus paysanne, plus historiciste voulant concilier la Modernité à une tradition, une volonté de modestie un peu revancharde qui, à force de vouloir jouer la carte de l'effacement, hurle un peu trop ce désir de tradition pour ne pas dire de réaction
Il n'y a peut-être pas pire que cette modestie face à l'Histoire, modestie qui voudrait surjouer sa disparition, une architecture d'églises un peu taiseuses, églises un peu rudes, revêches se refusant un peu ostensiblement aux gesticulations modernistes ( et à Vatican 2 ?) ce que par ailleurs, à la vue de certaines expériences, on peut comprendre. Faire la messe dans un bunker est certes l'une des plus belles et subversives idées mais n'est pas forcément une expérience qui est nécessaire à tous et toutes.
Suivez mon regard à l'oblique...

Alors je tente un rapprochement qui je l'espère sera bien compris non comme une vérité mais bien plus comme une certaine sensibilité à cette écriture. Maurice Novarina est sans aucun doute le chef de file de ce genre. Et quelle chance de le revoir, puisque je dois justement ranger ces deux cartes postales de l'église Notre-Dame-des-Alpes à le Fayet.



Cette très belle carte postale des éditions Yvon est imprimée en héliogravure certainement pour l'économie de son édition, la carte postale servant à envoyer un don à l'Abbé Domenget. On note que la carte nous donne quelques précisions architecturales qui semblent importantes à donner aux visiteurs : perron entouré de jardinière, immense toit d'une seule tenue descendant très bas et recouvert de tuiles vieillies, claustra de 10m2 d'ouvertures, clocher en forme de cheminée de chalet savoyard. Oui !

On devine facilement que tous ces détails tentent bien de montrer que l'église hésite entre sa modernité et des signes de la tradition, on dirait aujourd'hui son intégration ou mieux sa...contextualisation...Par contre, le nom de Maurice Novarina comme architecte est absent...L'ensemble est massif, volontairement très ancré dans le sol, la pierre apportant à l'oeil ce sentiment de solidité, de construction faite pour durer, une permanence qui devra traverser le temps des Hommes. On pourrait presque la croire fortifiée, le rapport entre les surfaces et les ouvertures ne laisse que peu de place à un accueil généreux même si les deux cylindres de l'entrée font croire à un geste d'ouverture. 


Cette autre carte postale nous montre que l'église joue avec son terrain en pente. Là encore, tout respire la massivité et la couleur ne permet pas de relativiser ce sentiment, au contraire même. C'est quand même un rien raide. Aujourd'hui, une visite sur Google Maps nous fait comprendre que l'église est littéralement encaissée, enchâssée dans un creux très peu amène à nous laisser rêver à un quelque élan que ce soit. Au contraire, l'église est comme tapie dans son trou. C'est assez triste...ou, au contraire, à l'image de ce désir d'indifférence au Monde. Cette carte postale C.A.P nomme bien l'architecte Novarina mais pas son photographe. La carte fut expédiée en 1964 avec le beau timbre de Jean Cocteau. 



Vous ne lui trouvez pas un petit air de famille ? Cette fois, nous sommes en Bretagne à Vannes-Trussac dans le Morbihan devant l'église Notre-Dame de Lourdes par l'architecte Meyer qui est bien nommé sur cette belle carte postale coloriée Artaud. On retrouve ce sentiment de rigueur, d'âpreté que la pierre massivement utilisée renforce. J'adore ça ! Ça se refuse un peu, ça ne veut pas tout donner de suite ! Car les images de l'intérieur sont assez spectaculaires surtout pour ce qui est du traitement superbe de sa charpente. Rien ne doit être plus étonnant que le contraste entre le dehors et le dedans au moment du passage du porche. On a l'impression que le toit sous son poids a enfoncé les murs dans le sol. Toute la place est donnée au toit et au jeu des tuiles. Est-ce que la Bretagne et la Montagne se retrouveraient sur le terrain d'une certaine rigueur de la Foi ? Est-ce que Meyer connaissait les églises de son camarade Novarina ? Sans aucun doute...



Cette autre carte postale, Combier cette fois, nous permet de mieux apprécier les proportions de l'église et donc la place gigantesque accordée au toit devenu l'épiderme essentiel de la construction. Notez à nouveau le beau jeu des tuiles agissant comme des pixels éparpillés. Les huisseries des portes en bois massif et appliques de métal forgé ne laissent aucun doute sur le désir d'historicité du lieu. Il faut sans aucun doute que l'église Notre-Dame de Lourdes donne immédiatement à l'oeil son sentiment de solidité. J'aime beaucoup ce dessin très épuré, très radical, un peu générique et sans fioritures dont le seul agrément est la lumière qui fait friser les ombres des pierres qui s'opposent au lisse des tuiles faisant image. On sent sous la main le grain des blocs de pierre. C'est une déclaration claire et un peu appuyée d'un désir d'appartenir à une histoire du granit.



Beaucoup plus modeste, voici donc La Chapelle de la Toussuire en Savoie. l'architecte est nommé sur cette carte postale Combier, il s'agit de Mr Toulouse, architecte à St-Jean-de-Maurienne. 
Quel objet modeste ! Quelle plaisir de voir sur un si petit projet cette envie tout de même de faire signe, de porter à la fois un élan et un abri, presque une cabane, un refuge. Le pignon et le petit campanile en pierres brutes font tout le travail de sa radicalité, on devine à l'arrière un travail de parpaings ou de béton. Cette Chapelle est donc un lieu et un signe. D'ailleurs, maintenant, elle s'appelle Notre-Dame du...ski !
Vous trouverez ici des images de son intérieur et les amateurs de design devraient en aimer les chaises...
Il s'agit donc bien d'un lieu d'accueil dont la modestie de son architecture correspond parfaitement au désir d'abord d'une altérité, d'un lieu simple mais chaleureux de repos et de recueillement. En ce sens, son architecture remplit son rôle et c'est très bien comme ça.

Pour revoir Novarina si joyeusement présent sur ce blog :
...et sur le premier volume :

Pour les églises modernes allez-là, 166 articles vous attendent...
...ou encore là...où 110 autres articles vous attendent également :


dimanche 22 juin 2014

Depuis la hauteur

Il arrive que l'architecture sacrée, dans sa plus belle expression, soit attentive à des formes discrètes, reconnues, même neutres.
On a vu des églises bunker qui invoquent la grotte de Lourdes, des paraboloïdes hyperboliques qui chantent la technologie et l'élan français. Regardons à nouveau, dans la ville, le hangar pour Dieu :



À Lunéville, l'église St Léopold est posée au milieu de la ville comme pour recevoir les dirigeables. Elle forme un contraste simple avec le reste du bâti dont certaines ruines indiqueraient la nécessité d'une telle construction. Pourquoi construire une église aussi particulière dans une forme qui ne l'est pas, dans une forme qui est celle connue d'autres types architecturaux ?
Vous me direz que Notre-Dame-de-Royan doit beaucoup de sa forme à celle des silos à grain. Pourquoi ne pas évoquer ainsi la typologie du hangar ?



Parce que c'est beau.
La beauté ici tient dans cet écart entre l'attendu d'un programme et l'étonnement de sa réalisation. Dieu peut bien être chanté dans un hangar, il le fut dans une crèche... Et si l'église est avant tout l'assemblée des fidèles, alors un béton courbé d'un seul geste pourra faire l'affaire. Et la hauteur, la douceur un peu sereine de cette courbe, son contraste avec la ville, la lecture même de cette forme comme indifférente à sa fonction, presque ready-made, sa modestie tranquille fabriqueront un lieu simple, dépouillé qui convient parfaitement à ce qu'il y a à faire là. Une tige tournoyante comme un foret s'élançant dans le ciel et s'enfonçant dans le sol fera le seul signe nécessaire à la reconnaissance de la fonction d'appel : le campanile.
Mais Dieu pourrait aussi aimer ça :



Olivier Caplain, l'architecte de l'église Saint François d'Assise à Gonesse dans le quartier de la Fauconnière fait un geste, une forme moderne qui doit se lire immédiatement comme un événement urbain au milieu d'un grand ensemble. On connaît cette pratique qui fait de l'église posée au milieu des barres, une sorte de monument particulier, d'objet d'art, comme le bibelot exotique posé sur une étagère.
L'objet est beau, offrant une forme circulaire qui se brise vers l'intérieur pour former l'entrée. Le toit est une petite merveille de plis comme une collerette et permet d'ouvrir à l'alternance de ses angles, l'église à la lumière. L'ensemble tente d'afficher une épaisseur des murs, quelque chose de retenu vers l'extérieur comme pour isoler l'intérieur du tumulte de la vie. Du moins, en donner à l'œil le sentiment.
La pierre et le jeu d'eau d'un bassin ainsi que le clocher accentuent enfin l'événement architectural. Il ne fait aucun doute que cette église contemporaine est un objet de... culte.
On remarquera que le photographe des éditions Yvon est allé chercher un point de vue en hauteur comme pour affirmer un peu plus l'importance du dessin du toit de cette église Saint François d'Assise. Peut-on affirmer que l'architecte, Olivier Caplain, sachant que les habitants seraient surtout logés en hauteur dans des tours, auraient plaisir à voir du dessus cette église et, en conséquence de cette prédominance du point de vue, l'architecte aurait particulièrement soigné le toit de son église ?
Difficile de l'affirmer mais, ce qui est certain, c'est que Dieu, depuis ses hauteurs, doit aimer ainsi voir ce beau dessin d'un hangar à Lunéville et d'une collerette à Gonesse.



samedi 11 juillet 2015

Pourtant c'est Prouvé, pourtant c'est Fillod



Des fois, il n'y a rien à faire, c'est moche.
Pourtant...
J'essaie souvent ici de déborder des images, de sortir de leur représentation, de comprendre qu'elles ne disent pas tout et que, lorsqu'on essaie d'apprendre souvent on apprend aussi à aimer.
Mais voilà, cette église Notre-Dame-de-Fatima de Creutzwald avec son toit en tôle ondulée, ses pierres trop lourdes, ses ouvertures de pigeonnier, son implantation sans grâce dans le sol, rythmée par la succession des travées, la forme générale d'une tente, la porte en bois, tout cela donne à cette église quelque chose de lourd, de triste, manquant singulièrement de poésie.
Pourtant...
Cette église appartient à une série construite et dessinée par Jean Prouvé. Oui.
Il faut dire immédiatement que le dessin d'origine, celui de l'ingénieur était fait pour une église de métal et surtout pour une église provisoire et démontable devant répondre à l'urgence de la demande.
De l'idée de Prouvé, les architectes Sommermatter et Voltz n'ont gardé que la forme générale et le principe constructif. Tout le reste a disparu.
On peut même se demander si l'on peut encore parler d'œuvre de Jean Prouvé tant l'écart est grand. L'église semble ainsi totalement ancrée au sol par une multitude de pattes courant le long de l'église. On ne peut sans doute pas en vouloir aux architectes ayant eu à jouer avec un système constructif certes moderne et innovant, certes proposant le nomadisme comme image, mais sans doute, dans sa légèreté et sa spatialité, trop loin du désir de lieu sacré et de stabilité que les croyants ont le droit aussi de réclamer. Si la fragilité de l'édifice religieux peut servir son esprit, il faut aussi reconnaître que le lieu de rassemblement de la Foi religieuse a certainement besoin d'une forme de... Certitude.
Alors on pourrait dire que les architectes n'ont sans doute pas saisi le génie de Jean Prouvé qui lui-même n'a sans doute pas saisi ce désir d'image d'un tel programme. Tout le monde ne goûte pas la légèreté, le démontable, la poésie subtile d'une tôle pliée.
Tout cela produit un ensemble bancal, mal posé dans son histoire, aux désirs contrariés de deux visions d'un objet architectural.
Alors mon avis et certainement aussi mon goût n'ont aucune importance sur le jugement de cette histoire et sur cette réalisation. Il ne fait pas de doute que cette église et ses sœurs représentent un moment de l'architecture religieuse en France et méritent d'être préservées et aussi aimées.
Mais, excusez-moi, je les trouve moches.
Regardez :



Nous sommes à Saint Nicolas-en-Forêt. un petit ensemble d'immeubles très typés M.R.U est construit dans un jardin. Le photographe des éditions Estel cadre avec soin. Il place les arbres et leur idée de nature au centre, laisse au loin comme perdus dans ce parc, les petits immeubles et vient placer... oui... l'église provisoire.
Elle aussi est démontable, elle aussi est provisoire, elle aussi est une église.
Mais voyez-vous, j'en aime mieux sa radicalité, sa simplicité et je dirais même son dessin. Non par défi mais simplement qu'ici, on reconnaît à la fois l'objet architectural et sa fonction, tous deux liés ensemble non pas par des "visions d'architectures" mais par une fonction jouée et vivifiée par ceux-là mêmes qui y viennent.
Avant d'être une construction, une église est l'assemblée des fidèles.
Et ce baraquement de tôle du type de Ferdinand Fillod, de ceux que l'on croisait sur les chantiers de la reconstruction ou sur les terrains militaires n'a rien à envier à l'aventureux et génial Jean Prouvé.
Ici, je lui trouve même une belle élégance dans son dessin et dans sa clarté constructive que les églises du dessus oublient. Il serait temps de revoir cette histoire du métal et de servir un peu plus tous ces constructeurs un peu oubliés et écrasés par une histoire trop souvent répétée.
À quand une belle baraque Fillod à la Biennale de Venise ou dans une galerie parisienne ?
Alors j'entends déjà les sirènes me chantant la différence des programmes, la taille des constructions etc. Oui.
Mais si on aime une radicalité, un brutalisme serein né d'une nécessité, si on aime une forme efficace et non contrariée par des enjeux d'images, alors comme moi, on préférera allumer son cierge à Saint-Nicolas plus tôt qu'à Creutzwald.
C'est dit. Mais rassurez-vous, il me suffira d'y aller, d'entendre parler de démolition, de lire une ânerie sur les églises modernes et Vatican 2 et vous me verrez défendre comme il se doit les belles églises de Forbach, Creutzwald ou Behren-Nord !
Merci vivement à Daniel Leclerc pour cette carte postale de Creutzwald et tous les documents envoyés qui m'ont permis de faire cet article un peu polémique !
Merci également à Pierre Lebrun pour son remarquable livre Le temps des églises mobiles qui rappelle bien, c'est le cas de dire, la genèse de ces églises nomades de Jean Prouvé. 
Rappelez-vous cet article.
Pour voir plein de Fillod, je vous conseille vivement la visite de ce site plein d'incroyables images :
http://www.zapgillou.fr/fillod/index.php








vendredi 14 août 2020

Ça se Corse

 


Oh, je sais que l'on pourrait bien passer notre tour, ne finalement pas trop s'attarder sur ce type de constructions que nous aurions vite fait de classer dans un dossier brutalisme de promoteur ou bétonnage de style.
Certes, c'est vrai que moi aussi, je n'ai d'abord pas cru nécessaire de vous montrer cet Hôtel des Calanques à Ajaccio, sur le bord de la Route des Sanguinaires. J'ai mis longtemps même à m'apercevoir que j'avais deux vues différentes de cet Hôtel dans ma collection mal rangée. Mais quoi ? N'est-ce pas la vocation de ce blog de nous obliger à regarder aussi ce type de constructions peu ambitieuses, seulement désireuses d'être dans son temps, jouant des codes de ce qui est contemporain à son époque pour croire qu'elles font œuvre... N'est-ce pas là aussi la suite amusante de la réception des idées et des styles internationaux que de finir  dans quelques signes architectoniques sans prendre l'ampleur des vrais mouvements, des vrais radicalités ?
Et est-ce si grave de les aimer aussi pour ça, pour l'usure en quelque sorte des aspérités modernes ? Car, tout de même, par deux fois, dans les milliers de cartes que j'ai regardées, j'ai sélectionné cet Hôtel. Ce qui avait dû me plaire pourrait bien vous plaire aussi. D'abord la masse contre le paysage, l'Hôtel oppose son volume, s'impose, dur et minéral comme s'il croyait faire partie par sa couleur et son ampleur de la roche de la côte. J'ai toujours aimé les architectures qui poussent du coude le paysage et qui, dans leur boursouflure, tentent de l'inventer de nouveau. C'est bien le cas ici. Bien entendu, toute la réalité de cette construction sera d'offrir la plus large ouverture maritime, le plus grand dégagement sur la mer. Ce n'est pas tant une architecture qui doit être regardée mais bien plus sûrement une architecture pour offrir la vue sur l'horizon maritime.
Le caractère de cet Hôtel tiendra donc tout entier dans sa masse définie, étirée, affirmée par les coursives sculpturales dans un dessin raide et imposant, coursives un rien lourdes, un rien épaisses qui offriront l'impression générale du bâtiment et de l'ombre aux habitants. Mais qui a dessiné ce morceau ? Je ne sais pas. On notera le traitement du rez-de-chaussée en grosses pierres agissant comme un socle, un contre-fort donnant à l'ensemble une sensation de solidité ou aussi, certainement, comme une citation obligée à la roche environnante. Il faut bien dire la nature quelque part. Edmond Lay était-il venu en Corse ? À moins que l'architecte de cet hôtel n'ait même rêvé d'un peu loin à Franck Lloyd Wright...
Je sens que vous me trouvez un peu dur, un peu aride alors que non, vraiment, j'ai de la tendresse pour cette belle tentative presque brutaliste en Corse. Et comme la vue doit être belle ! Je n'ai aucun mal à m'imaginer posant mes coudes sur le parapet, à regarder la mer, et, là-bas, sur un autre balcon, au même étage que moi, un autre homme fait de même. La peau du bras prendra alors l'empreinte de ce béton corse tout comme le sable sur la plage prend l'empreinte de mes pas. Il fait beau. Arrêtons donc de parler d'architecture. Il y a mieux à faire le long de la Route des Sanguinaires.
Informations pratiques : la première carte postale est une édition Ape Genova datée par le correspondant de 1983. Aucun photographe nommé, aucun architecte nommé. La seconde carte postale est une édition Papecor avec un cliché provenant de l'Atelier de Photographie d'Ajaccio. Cette carte nous donne les informations suivantes : 230 chambres avec salle de bain et douche privée, toutes avec loggia, vue sur mer et mini-bar. Cela doit suffire à notre bonheur. Pourquoi nous donnerait-on le nom de l'architecte Mais si vous l'avez...
dernière minute, dernière minute, dernière minute :
Daniel Leclercq nous trouve l'architecte qui serait Jean-Rémi Eyssautier en 1975. Merci.

 

mardi 15 avril 2025

La main de Fatima El Khili risque d'être bien lourde pour Marcel Lods à Rouen

En France, il y a donc un club très fermé d'élus qui rêvent de devenir des stars par la destruction ou l'éradication de Monuments Historiques. Faire du bruit autour serait leur manière d'accéder à un certain statut social, d'être repérés en quelque sorte. Fontainebleau, Clichy, Grand Quevilly, Nanterre...Et maintenant Rouen.

On sait que les Lods de Rouen, aussi appelés "verre et acier" n'ont jamais été compris par les bourgeois rouennais. Voici, alors même que les derniers exemplaires sont protégés au titre des Monuments Historiques qu'il y a donc des personnalités de la petite bourgeoisie locale assez courageuses pour se croire plus aptes à juger de leur importance historique. Sans doute une manière de venger sa classe comme dirait Annie Ernaux.

En l'occurence, on sait qui se croit ainsi investi de ce pouvoir de jugement historique : Madame Fatima El  Khili.

C'est cette dame, rappelez-vous en, la veste verte c'est pour faire écolo-responsable et qu'on la reconnaisse dans la rue, genre méthode Tondelier (puissance de la sémiologie, Barthes aurait adoré) :



Tout le monde sait comment cette personnalité est une spécialiste de l'Architecture Moderne, comment elle est une grande connaisseuse des enjeux patrimoniaux. On le sait. Remarquez que l'on n'attend plus grand chose de la politique écolo-socialiste de la Ville de Rouen en matière de Culture. Allez faire un tour dans la cour de l'Aitre St Maclou pour vous rendre compte de comment un cimetière chargé d'histoire est devenu un petit centre commercial sans âme pour artisans potiers babacool, ce qui est un comble pour un ancien cimetière et une ancienne école d'Art. Regardez comment la Ville de Rouen a laissé le Palais des Consuls être totalement dans les mains de la grande Hôtellerie qui en a fait... 

La Ville de Rouen en ce sens est bien écolo-socialiste c'est à dire qu'elle fait semblant. Et ce que Madame Fatima El Khili appelle une verrue (c'est pas bien d'attaquer le physique) est juste l'un des plus beaux et rares exemples d'architecture métallique et préfabriquée de France, certes, architecture qui a tendance à prendre feu facilement quand elle dérange les plans des aménageurs de territoire et promoteurs immobiliers...oups...oh...mince...trop tard...quel hasard...on voulait justement s'en débarrasser...vraiment...c'est ballot...

Pendant des années, les "Verre et Acier" ont marqués l'histoire d'un aménagement humaniste et moderne de la Ville de Rouen. Pendant des années, ils ont participé à l'Histoire de l'Architecture, au point donc qu'une commission des Monuments Historique avait cru bon de les protéger comme un exemple à maintenir sous les yeux des français. Mais voilà, Madame Fatima El Khili elle, elle sait, elle est une personne qui a du pouvoir, qui veut exister politiquement en étant celle qui aura pris la responsabilité de détruire du Patrimoine Rouennais, rien moins qu'un Monument Historique ! Faut en vouloir en terme d'ambition personnelle, le matin, se lever et pointer du doigt ainsi un coupable. Ne rien avoir à faire d'autre ?

Et rassurez vous, Fatima El Khili, les cathédrales brulent aussi. Voulez-vous aussi, au nom de la sécurité, les détruire toutes ? Les cathédrales ? Vous voyez ce que c'est, les cathédrales, y en a une à Rouen qui d'ailleurs a pris feu il y a peu.

Nous espérons donc que les autorités patrimoniales de la Région Normandie auront le même courage que pour le classement en s'opposant le plus rapidement possible à ce désir fou et ridicule qui disqualifie de fait ceux qui y pensent. Déclasser un Monument Historique voilà donc la ligne de l'écolo-socialisme à la rouennaise. Le maire a les dents longues on le sait, ses conseillères municipales ont les mains lourdes et les idées courtes. Tout est donc avec l'écolo-socialisme rouennais une question de longueur, de longueur de point de vue.

Et Madame El Khili qui disqualifie donc la parole des spécialistes du Patrimoine nous dira en quoi son "opinion" vaut jugement et de qui ou de quoi elle croit en avoir l'autorité. Vous verrez, elle nous répondra "mandat électoral", un truc démagogique comme ça. Il faut dire que pour fabriquer de telles verrues, il faut un peu d'intelligence conceptuelle et ça ça ne se trouve pas au fond d'une urne apparemment. Il s'agit bien de sa part et de celle de son équipe d'une attaque culturelle et politique, de rien d'autre.

L'écologie en actes à Rouen c'est donc détruire des Monuments Historiques ! Bravo Madame !


Pour revoir Marcel Lods sur ce blog et défendre l'héritage colossal qu'il a laissé dans l'agglomération de Rouen : 

https://archipostcard.blogspot.com/2012/11/territoire-marcel-lods.html








mercredi 31 juillet 2013

Une donation, une tradition estivale

Il semble bien que Thomas Dussaix et Céline Dufust, deux artistes pour lesquels je ne taris pas d'éloges, aient pris tous deux la délicieuse habitude de m'envoyer depuis leur séjour estival une petite livraison de cartes postales. Merci.
Déjà l'an dernier le choix était parfait et cet été je reçois donc une nouvelle série dont le côté hétéroclite ne fait que démontrer l'ouverture d'esprit de la donatrice et du donateur.
Donc, sans autre logique interne voici un petit voyage en cartes postales :



Cette carte postale provient d'une série réalisée par Aleksandra Mir pour la Biennale de Venise en 2009 dont nous avions évoqué la jubilation ici. Notons que Aleksandra Mir nomme bien le nom du photographe qui a réalisé cette étrange vue de Venise... Kim Steele.
On ne peut que prendre plaisir à un petit retour à La Baule avec deux cartes postales nous présentant deux spots bien beaux de la ville. D'abord l'hôtel de Ville par les architectes Durand, Ménard, Mornet et Claisse dont on aime tout particulièrement la belle audace. Ici se sont les éditions du Gabier qui régalent.



Puis on aime toujours autant :





Ce morceau que l'on dirait venu de La grande Motte est bien à la Baule. Les immeubles Santa-Barbara, le Trident, le Clipper Santa Clara, la Louisane et le le Baracouda (sic !!) sont de l'architecte Pierre Doucet. On ne peut qu'acquiescer à cette architecture joyeuse et... élancée comme la vague infinie de la mer toujours recommencée. Merci aux éditions d'art Jack.
Du maintenant très classique :



Le Centre Pompidou vu d'un peu haut et qui laisse à notre droite un tout petit fragment du Diatope de Monsieur Xénakis. On aimera la toile de cirque sur la piazza qui démontre bien qu'il fut une époque où celle-ci avait vraiment une fonction urbaine, festive et qu'elle prolongeait l'événementiel du Centre. Aujourd'hui bien triste, elle est parfois au mieux un parking à touristes attendant sa fouille pour entrer ou un dépôt d'œuvres contemporaines posées là et un peu oubliées. La carte postale est une édition Chantal qui nomme bien Rogers et Piano comme architectes.
Un autre lieu très... public :



Il faut aller à Lourdes pour y voir deux choses magnifiques. Il faut voir la Grotte dont nous devons l'aménagement à Claude Parent (oui !) et il faut aller à la Basilique souterraine St Pie X qui est sans aucun doute l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture du béton en France. La carte postale des éditions Doucet nous donne beaucoup d'informations : Longueur 200m, Largeur 80m, Hauteur 10m, contenance... 20 000 personnes ! Et les architectes de cette merveille sont messieurs Vago, Le Donné et Pinsard. Merci messieurs !
Une carte postale éditée par les Becher :



Mais non ! elle est éditée par Cim (Combier). Comme l'indique la carte postale nous sommes en face de Royan à la Pointe de Grave devant le château d'eau et l'avant-port.
J'aime tout particulièrement cette carte postale car elle raconte bien que les éditeurs pouvaient à cette époque s'attacher à des paysages et à des objets architecturaux très particuliers dans la mesure où ceux-ci soulignaient un certain état de la France, ici économique et industriel. Regardez comment cela est cadré. Le château d'eau offre une verticale mais ne doit pas être le héros de l'image, il est l'un des objets de ce lieu comme la route, les petites constructions et au loin le port. Cela forme non pas un objet sculptural dont on déterminerait une typologie mais un paysage à la fois pauvre dans sa résolution et riche dans sa fonction. Il s'agit de dire ici la particularité du lieu, c'est-à-dire son essence et non inventer un corpus de formes. Il s'agit là d'une autre objectivité... Et elle n'est ni nouvelle... ni allemande... Mais dans son bleu très doux elle est extrêmement poétique.
Et puis :



Les cartes postales, il faut bien les expédier ! Nous voici devant les bureaux de Poste de Grand Rapids aux U.S.A. On y apprend que cette poste est ultra-moderne, qu'elle a été construite pour anticiper les 25 prochaines années... C'est H. Wayne directeur des Postes qui nous le dit au dos de cette édition Water Wonderland Cards Company. A-t-elle tenu ses promesses cette Poste après 25 ans ?

lundi 13 octobre 2014

Bernadette me fait signe

Alors que le combat pour l'église Sainte Bernadette de Grand Quevilly fait rage et que, courriers, coups de téléphone, dossiers partent partout vers le Ministère de la Culture ou vers la presse locale, je reçois ça :



On sait ce que je pense de l'église Sainte Bernadette du Banlay de Claude Parent et Paul Virilio.
On sait que j'ai eu l'honneur d'être cité par Claude Parent dans l'ouvrage qui lui a été consacré.
Mais je vois dans l'arrivée ce matin dans ma collection de cette carte postale comme le signe évident d'un appui venant d'un lieu auquel pourtant je ne crois pas.
Un jour, amusé, Claude Parent me confia que finalement, il fut toujours poursuivi par Sainte Bernadette puisque des aménagements de la Grotte de Lourdes à ce chef-d'œuvre du Banlay, il fut comme entouré par l'histoire de la Sainte.
Rendre accessible une grotte pour ensuite construire un bunker, on pourrait trouver résumé de carrière d'architecte moins passionnant !
Sur cette carte postale signée du photographe André Gonin de Nevers, on voit en noir et blanc l'église Sainte Bernadette du Banlay légèrement de trois quarts et d'un peu loin.
On remarque de suite le petit arbuste en éventail que nous avions vu sur cette autre carte postale. Mais bien sûr les plus fidèles auront reconnu le travail de Monsieur Gonin que nous avions aussi découvert là.
Alors ?
Serions-nous au début de la découverte d'un photographe régional ayant travaillé
sur l'église du Banlay ?
Serions-nous simplement chanceux à la découverte de deux clichés produits pour la vente
dans l'église ?
On sait grâce à un message que Monsieur Gonin était un photographe de Nevers. Mais quelle était la destination d'un tel cliché ? Les vendait-il en boutique ?
Il me faudra mener l'enquête !
Mais regardons ce superbe cliché. Dans un ciel blanchi sans doute par le temps de pose et un peu de magouille de tirage si j'en crois les bords du béton dans ce-dit ciel, l'église Sainte Bernadette prend sa place sur de la terre fraîchement retournée. C'est le printemps si on en croit les plantations bourgeonnantes. Monsieur Gonin cadre en plaçant contre la matérialité du béton les lignes sombres des arbustes.
Le banchage retrouve le branchage.
On voit bien comment la masse ne dit rien de l'église , ne révèle rien ni de sa fonction ni de sa révolution spatiale mais fait parfaitement image du bunker jusque dans les moindres détails.
La massivité est en place alors qu'elle n'est que béton fin. C'est bien ce qui est troublant car la masse n'est que de l'œil.
Et si on a dans l'organe de la vue les typologies des bunkers de Monsieur Virilio établis sur les plages, on trouve tout de même quelques fragilités à sa défense. Le bloc est fendu, il bascule.
C'est beau.
Je n'arrive toujours pas à y croire.
C'est le miracle de Bernadette.



Plus proche d'un "ouvrage d'art" que d'une "œuvre d'art", cette première réalisation annonce notre refus des satisfactions esthétiques dues à la visualisation ; nous avons voulu créer avant tout un "lieu usuel" où l'expérimentation remplace la contemplation, où l'architecture s'éprouve par le mouvement et la qualité de ce mouvement.
Paul Virilio, Architecture Principe, Nevers Chantier,  bulletin mai juin 1966.

La matérialisation d'une forme qui n'est due en premier chef à l'expression ni de la fonction, ni de la technique, ni de la recherche plastique mais "une précipitation" à l'état brut dans une optique de lieu spirituel des principes essentiels implicites de l'engagement du groupe sur une recherche fondamentale en architecture et urbanisme.
Claude Parent,  Architecture Principe, Nevers Chantier,  bulletin mai juin 1966.